Légitime outrage?

Anecdote surprenante, symptomatique d’une dégradation des relations entre citoyen et politique ? Nerfs qui lâchent dans le quotidien ? Un Français voit débarquer sur son lieu de travail, sept ou huit policiers, suite à un mail insultant envoyé à Mme Rachida Dati. Vraiment bête et grossier, vraiment le genre « je ne me contrôle plus » ou « je vous parle comme j’ai l’impression que vous me parlez dans les faits ». Le type, (un peu dérangé ?), avoue envoyer des commentaires salés aux différents organes officiels du pouvoir « pour tester la limite de la liberté d’expression à l’ère du sarkozysme. » (Libération, 19/09/08).  Il risque, en correctionnelle, six mois d’emprisonnement et 7500 euros d’amende (il a déjà perdu son boulot).  La démarche n’est pas forcément fûtée. Le « délit d’outrage » a été institué en France pour défendre l’autorité des personnages publics, mais la voie pénale, procédurière, ne pourra restaurer la confiance et l’estime sans quoi il n’y a pas d’exercice sain de l’autorité. La violence symbolique, exercée par le pouvoir sur les citoyens, est actuellement vécue de plus en plus comme déplacée, non justifiée. À proportion de la perte de contrôle du politique sur ce qui détermine les conditions réelles de la vie quotidienne des citoyens. La vie est envahie par une culture de la marchandisation, de l’exploitation des émotions et des facultés mentales, l’esprit et la sensibilité sont bafoués tous les jours, et les décideurs laissent faire, sans vergogne (sans construire un autre choix). On ne peut que constater l’absence de politique culturelle publique qui prendrait soin du devenir spirituel de chacun et de tous et empêcherait que des citoyens soient obligés, pour se soulager, de se salir à envoyer des mails orduriers à du personnel politique ! La place publique est livrée au marketing (quand le modèle économique de celui-ci se cassera la gueule, l’Etat viendra financièrement à sa rescousse). Même si les propos de ce Français sont inacceptables, ne pas en comprendre la cause et enclencher un tel appareil répressif révèle l’ampleur du cynisme de l’état. C’est tous les jours que nous ressentons, dans le corps et l’esprit, l’effet d’un décalage méprisant, grossier, brutal, de la part « de ce qui dirige le monde » (flou paranoïaque qui englobe le politique et révèle que l’on ne sait plus à quel saint se vouer!). Prenons de bêtes exemples : on nous répète sentencieusement, presque pour culpabiliser : « il va falloir changer vos habitudes, pour sauver la planète, et notamment utiliser les transports en communs. » Mais est-ce que ça implique, matin et soir d’être traité comme du bétail dans des métros bondés ? Côté boulot, emploi, le ton est aussi à la performance, l’efficacité, l’évaluation des résultats, la mobilité, la formation continue, la remise en cause, « il faut s’apprêter, dans un futur proche, à devoir apprendre plusieurs métiers au cours de sa vie. » Et haor sur les chômeurs que l’on culpabilise sans vergogne. Que constate-t-on, par exemple, en Belgique ? Le politique est plutôt stable dans son emploi et, depuis plus d’un an, n’a obtenu aucun résultat concret et durable pour organiser le pays. Cela signifie entre autres que, depuis plus d’un an, il n’y a plus aucune proposition de lois, et que beaucoup d’élus, faute de grain à moudre, s’offre un chôamge doré. On dira que les élections permettent de dire son fait au politique mieux qu’un putain de mail grossier. Oui et non, pas si simple. Le pétage de plomb reste possible, compréhensible, il faut en mesurer les risques. Mais au risque de radoter (mais ce blog a vocation de répéter ça sur tous les tons) : inverser la tendance doit commencer par l’invention d’une nouvelle et réelle politique culturelle publique. 

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