Archives mensuelles : septembre 2008

Libération textuelle

La coutume est de chroniquer un livre quand il est lu. Ici, je ne résiste pas, je déroge à la règle, les premières pages m’ont trop fait plaisir. (Tout en dégustant le menu « plaisir » du restaurant L’essentiel, à Périgueux). Pas seulement plaisir, ça m’a ému. On y raconte la naissance d’une revue dans les années 70. Il y a l’énergie des fondateurs et les obstacles à surmonter. Obstacles des autorités intellectuelles : soumettre ses textes à d’autres, s’entendre systématiquement dire que c’est trop long. Obstacle matériel : comment imprimer une revue qui a de la gueule avec trois fois rien. (Positivement, je dédie cet article à Philippe Delvosalle. Négativement, à tous les tristes qui ont toujours peur qu’un texte soit trop long, « parce que les gens ne lisent plus ».) Extrait : « Et c’est ainsi qu’était née l’idée d’avoir notre propre revue, un endroit où on aurait pu faire ce qu’on veut, écrire comme on le souhaitait, développer des terrains qui nous intéressaient, décrire et critiquer tout à ka fois, bref, faire de la sociologie. La question de la taille des papiers était aussi importante. On voulait échapper aux formats prédéfinis. Publier une note d’une page aussi bien qu’un texte de la dimension d’un petit livre. Et aussi pouvoir publier vite… » (Là, les larmes me montent aux yeux. Le texte sans doute, mais aussi la mise en bouche : une crème de potiron avec une émulsion à la cardamome, très belle et fine association.) La première tentative aura lieu avec Jérôme Lindon, la conclusion est savoureuse : « Mais cela ne nous convenait pas vraiment. La revue était mince, de petit format et les papiers devaient être courts. »  (Un morceau de bar fumé, émergeant d’une petite marée d’émulsion au fenouil, sur une duxelle de  champignons des bois, avec un Bergerac blanc sec très fruité, avec des parfums de fruits rouges) Alors, pour la maquette, suit la description du bricolage, mais surtout la radicalité : c’est du côté des fanzines de BD que ces fondateurs d’une nouvelle de sociologie iront chercher leur inspiration, leur modèle. Ils vont cumuler toutes des options que les âmes sensibles déconseilleraient (les mêmes qui castrent les textes). « … tout cela dans un apparent désordre, mais qui prend sens et dont la nécessité s’impose au lecteur dès qu’il a pénétré dans le corps du texte. » (Succulent : la moitié de pigeon goutte de sang, caramélisée aux dragées, pastilla de foie gras, des bettes fondantes et champignons des bois, avec un verre de bourgogne.) Et cette anecdote liée à la finition de la maquette qui nécessite quand même d’ajuster ici ou là, et qui restitue tout un climat de travail dans lequel on aimerait plonger :  « « allez Bourdieu, coupez-moi ces trois lignes, ça ne rentre pas dans la page » ; il faisait d’abord un peu la gueule, le patron, puis il obtempérait, taillant dans le concept, réécrivant autrement, de façon à dire quand même ce qu’il voulait dire, avec encore moins de mots et c’était souvent mieux. » Il s’agit de la création de la revue Actes de la recherche en sciences sociales, fondamentale, une des plus importantes revues de sociologie du XXème siècle qui a marqué par son contenu et son graphisme. Les extraits sont tirés d’un ouvrage de Luc Boltanski, co-fondateur : « Rendre la réalité inacceptable ». Ouvrage qui accompagne la réédition d’un texte fondateur publié dans les premiers numéros de la revue : « la production de l’idéologie dominante ». J’ai découvert les « Actes » au début des années 80 et ça m’a marqué. Par le look et l’écriture. Au moment de sortir une nouvelle revue pour la Médiathèque : « La Sélec » en devant composer avec toutes les préventions contre l’écrit, ce témoignage me va droit au cœur. Jubilation. (Rappel du Corbières blanc qui accompagnait le foie gras poêlé aux agrumes).

 

L’ère numérique, la critique des murs

Journées d’études 2008 de l’Association des Directeurs des Bibliothèques Départementales, Périgueux, Centre départementale de Communication.

J’avais le plaisir d’intervenir dans ces journées d’études (ADBDP) dont le thème global était les « médiathèques face au numérique, aux nouvelles pratiques culturelles, aux nouveaux accès aux savoirs »… J’ai été quelque peu surpris par la tournure du programme : si la nouvelle directrice de l’Association semble déterminée à faire bouger les choses, j’ai e l’impression que, dans l’ensemble, les Bibliothèques Départementales commençaient leur réflexion sur ce sujet brûlant. On en est à identifier l’ampleur du changement, se dire qu’il faut changer, à chercher par où commencer. Des résultats très intéressants d’une enquête réalisée par le CREDOC étaient présentées par Mr. Bruno Maresca : évolution de fréquentation des équipements de lecture public, perception de l’image des médiathèques par le public… Dans l’ensemble, les données recoupent celles que nous récoltons dans nos démarches pour mieux comprendre l’évolution des publics. Mais cette enquête repose sur des chiffres de 2005 et donnent, à mon avis, l’impression fausses que les choses se maintiennent, évoluent dans le bon sens, et que les changements s’ils sont nécessaires, ne sont pas urgents. « Pas de précipitation, gérons le changement calmement ! » était plus ou moins la note finale ! (En trois ans, les choses vont vite, la fréquentation a peut-être diminué de 15, de 20 voire de 30 % !?) On se rassure en se basant sur une perception très valorisante du rôle social des bibliothèques et qui concorde avec des résultats similaires obtenus dans des pays nordiques. Mais à quoi cela sert-il si la fréquentation est en nette diminution, ce qui est loin d’être antinomique ? Il y a eu une intervention instructive de Mr. Nicolas Georges (Directeur adjoint de la Direction du Livre et de la lecture) qui a insisté sur l’importance accordée au livre dans la politique culturelle globale du gouvernement. Il a déclaré que des mesures d’urgence sont examinées pour éviter à la filière du livre « le tsunami qui a frappé l’industrie du disque. » Ben tiens, c’est vrai que l’on a laissé crever les disquaires indépendants, mais d’autre part est-ce à l’état de protéger des filières commerciales et de soutenir des industries culturelles (si j’ai bien compris un secteur « industries culturelles » a été créé  la Direction de la Culture) ?

J’espérais surtout, pour ma part, prendre connaissance d’une politique « nouvelles technologies » des Bibliothèques françaises et de proposer des partenariats, de sensibiliser à la mise en chantier de projets européens. Heureusement, il y a eu le contact fructueux avec Lionel Dujol, promoteur de « everitoutheque ». Des prises de position intéressantes de directeurs ont été lues. Des bribes prometteuses. Pour ma part, bien que bousculé par un horaire décalé, j’ai plus ou moins répété mon intervention faite à Blois, en plus direct, et en actualisant certaines informations selon les avancements du nouveau projet de la Médiathèque de la Communauté française de Belgique. Tandis que –mais encore une fois, il s’agit d’impressions peut-être dues à un côté officiel des discours (comme le Président du Conseil régional du Périgord associant accès au savoir et couverture territoriale de la connexion Internet)- l’ébullition « secteur public » en vue d’une conception d’Internet comme « appareil critique » me semblait plutôt très réservée, je découvrais avec plaisir sur les murs de la ville, l’intervention spontanée d’un artiste anonyme : manière dynamique et inventive d’interpeller sur la publicité, l’environnement marketing (une de ses interventions est explicitement tournée vers Universal). Il s’agit de dessins collés et, le plus souvent, partiellement arrachés, hélas.

L’enfer c’est la route

 

« Home », Ursula Meier, 2007, avec Isabelle Huppert, Olivier Gourmet

 Avant-première organisée dans le cadre de la Fête de la Communauté française de Belgique. Le synopsis est connu : une portion d’autoroute à l’arrêt depuis 10 ans qui fait le bonheur d’une famille qui habite là, juste à côté. Et qui a colonisé le bitume abandonné comme aire de jeux, de bien-être. Les premières séquences sont un enchaînement de bonheurs simples en vie de famille. Les enfants, l’insouciance, les systèmes D, la vie en marge et ses saveurs à nulles autres pareilles. Avec des pratiques un peu barges. C’est plein de lézardes, à y regarder de plus près, mais la dynamique tonique fait tout tenir ensemble. Le père comme un grand frère, la mère comme une grande sœur complice, etc… C’est presque trop (mais c’est un montage de moments représentatifs). L’autoroute en panne représente aussi la société en panne. Ici, on se situe dans un coin épargné, où la « vraie vie » n’est pas encore arrivée. On se rend compte petit à petit que cet étrange bonheur paradisiaque repose sur un terrain miné de névroses : la mère ne peut vivre que là, il n’y a que là qu’elle est heureuse, pas question d’aller voir ailleurs. Un retrait imposé à la famille pour cause d’équilibre maternel. Au bord de ce qui constitue un vecteur de road-movie, un cinéma de la sédentarisation. Autre chose qui cloche: la cigarette, omniprésente comme une provocation à une époque où elle est bannie, rappel stéréotypé à la place de la cigarette au cinéma, comme objet transitionnel, rendant visible des « états intérieurs »? Symbole de névrose refoule, galopante, ressortant par tous les trous, en fumée?? Puis, ce qui devait arriver arrive : en très peu de temps l’autoroute est achevée, mise en circulation. Voilà la famille rattrapée par la civilisation de l’automobile, espace saturé, plus de repères à force de se déplacer… La vie devient infernale. Bruits, pollution, perte d’identité, espace vital réduit. Les nuages s’accumulent. Les crises de nerf aussi. Les troubles du sommeil altèrent la perception du réel. Ca déjante ferme. Pour retrouver un peu de calme et d’espace privé, ils réalisent des travaux d’isolation. En clair, ils s’enferment, ils se cloîtrent, ils se murent. On sent venir une fin à la Hanneke ! Mais non, un éclair de lucidité, quelques coups de masse, et la vie reprend ses droits. Le scénario est efficace, sans graisse ; pas de pathos inutile, ça s’enchaîne, la métaphore est filée avec efficacité. Beaucoup d’humour léger de répartie et de visuel. Beaucoup d’imagination pour montrer ce qui se passe dans ces failles où l’on s’invente d’autres vies. Mécanisme implacable pour démontrer que ces échappatoires sont éphémères. La poésie est très présente. Les acteurs sont irréprochables. (Même s’il n’était pas nécessaire d’aller chercher des « noms ».) En DVD: un court-métrage d’Ursula Meier.

 

Encyclopédie musicale!!?

Musipedia, encyclopédie de toutes les musiques ? Le Soir, RTL, La Mediathèque…

Les journaux, les télés, les radios, au jour le jour constituent une certaine information musicale, qui concerne en fait une partie toute relative de ce que représente l’actualité des musiques aujourd’hui. Disons que, grosso modo, et sans vouloir instituer des barrières rigides, les médias informent essentiellement sur les événements, sur ce que les majors mettent en avant, les artistes et les musiques dans lesquels elles investissent. Bien entendu, de temps en temps, de plus petits poissons franchissent les filets. Il faut des alibis. Cette information-là est nécessaire, par défaut, parce que le marché est aussi une puissance esthétique qu’il faut suivre. Mais à côté, il y a intérêt à chercher de l’information ailleurs, écouter autre chose, explorer les répertoires non médiatisés, lire d’autres réflexions, se connecter à d’autres chercheurs pour espérer avoir une idée plus juste de la réelle complexité que représente les musiques actuelles. La profondeur se trouve ailleurs que dans les médias. Musipedia en quelque sorte est la première « encyclopédie musicale », en quelque sorte, qui ne retient que ce qui a été médiatisé et vient affirmer par là (le mot « encyclopédie » sert à ça) que toute l’histoire musicale est contenue dans cette événementialité médiatique. On ne creuse plus, on récolte les coupures de presse. C’est l’antithèse du chercheur élaborant un objet de savoir. Il est difficile d’apprendre quelque chose avec Musipedia. Juste des flashs, des rappels de mémoire, un zapping qui peut, ici ou là, engendrer de bonnes surprises. On croirait un collage laborieux de Bouvard et Pécuchet parcourant des archives de presse. Des listes pour préparer des quiz. Ne parlons même pas de la présentation de parler de « toutes les musiques » alors qu’un connaisseur pourra constater que la « censure invisible » est passée par là! Le tout se présente avec un « gros discours » rappelant (est-ce encore nécessaire étant donné que cela constitue déjà le refrain dominant sur la musique) que la musique c’est avant tout du désir immédiat. On est gras avec ça ! Ça veut dire quoi, « plaisir », il y a des tonnes de plaisirs différents ! Il y a le plaisir d’apprendre, qui vient après certains efforts, un temps certain d’application… Mais il est normal, néanmoins, que la Médiathèque s’implique comme partenaire dans ce projet. Parce qu’elle a des choses à dire, à partir du discours même le plus basique sur ce que sont les musiques. Et qu’elle peut greffer des bifurcations, des accidents, pour les amateurs qui, appâtés par Musipedia, se trouveraient déçus devant un projet éditorial si mince… (PH)

Travelling parano

Fredric Jameson, « La totalité comme complot. Conspiration et paranoïa dans l’imaginaire contemporain. », 139 pages, Editions Les Prairies Ordinaires, 2007.

C’est un petit livre ! En fait le premier chapitre d’un ouvrage écrit en 1992, « The Geopolitical Aesthetic : Cinema and Space in the World System », et pas traduit en français. Drôle d’idée de ne traduire qu’un chapitre ! Mais c’est toujours ça !La vivacité de l’esprit de Jameson est rafraîchissante. Il n’est jamais statique, ne cherche pas à figer ses objets d’étude, il saisit les mouvements esthétiques et leurs significations à l’instant même où ils surgissent et ne se consacrent pas exclusivement aux chefs d’œuvre. Ce ne sont pas les productions les plus géniales qui éclairent ce qu’est l’art aujourd’hui. Ce qui l’intéresse est d’identifier les structures narratives qui organisent l’imaginaire. Ou les schémas mentaux tels que l’imaginaire collectif les organise. Comment se dessine la carte cognitive de notre présent, comment se développe le sens de l’orientation culturelle. Ici (dans les années 90), il voit dans le « cinéma de complot » une forme d’abord originale (peut-être issue des série B) puis qui devient dominante au niveau de la représentation sociale. Le complot comme allégorie d’une perte de connaissance, comme impuissance à expliquer quoi que ce soit du monde, comme manière de masquer la perte de repères. Au fur et à mesure que les couches de présent éloignent la vie de ses sources, entourée de plus en plus d’intermédiaires technologiques… Le complot comme abîme central, infini. « ADN du fantasme collectif ». « Dans Videodrome, c’est le fait que de nouveaux complots naissent des anciens, que le complot religieux « vide » naisse du complot politique de Videodrome, qui menace de devenir un processus infini, où les retours à une réalité tangible et sûre se font de plus en plus rares. » La pensée de Jameson se construit en analysant les productions cinématographiques, des éléments de littérature proches du cinéma analysé (Thomas Pynchon, narrateur exemplaire du « nouveau complot »), le rôle des médias, la manière dont toutes les composantes s’agencent. La dynamique morcelée. Pensée qui circule, hésite, tâtonne, s’enflamme. Elle décrit ce qu’elle voit (dans les films), analyse techniquement et/ou oniriquement le langage cinématographique, s’attarde au niveau impressionniste puis formule une fulgurance théorique avant de repartir dans des plans simplement descriptifs (reproduire un fil narratif), à la recherche d’autres éléments à théoriser. Au-delà de la critique que l’on peut lire généralement quand la presse signale les « sorties en salle », Fredric Jameson montre comment penser avec le cinéma, à partir de films vus. En risquant des points de vue, des hypothèses, des interprétations. Un exemple d’exercice critique créatif. Il est capable d’éclairer des choses connues sous un angle qui ranime l’intérêt qu’elles suscitent, qui fait naître comme un jour nouveau, une expérience à revivre. Ainsi, en zone note, à propos de Proust : « A mon sens, le grand thème de Proust n’est pas la mémoire, mais notre incapacité à vivre les choses « pour la première fois », … ». Dans ce « premier chapitre », il expose notamment des considérations et analyses brillantes de « Videodrome », « Les Hommes du Président », principalement. En postface, Emmanuel Burdeau explique en quoi cette approche anglo-saxonne du cinéma déconcerte la critique cinéphile française… 

Gare centrale, marchands du temple…

Il y a longtemps, je sortais de la Gare Centrale par cette sortie vers la Grande-Place, aux allures désuètes, comme de vastes hangars délaissés, avec le charme du long plan incliné, courbe, le long d’une immense salle aux colonnes imposantes. Puis tout a été fermé, condamné, comme une caverne ensevelie, sous éboulements. Elle est ouverte de nouveau, profitant de la restauration générale de la gare Centrale, bâtiment Horta (les parties les plus sensibles pour les usagers sont toujours en chantier, sinistres). Je redécouvre avec surprise les escalators d’époque, en bois et ce majestueux plan incliné enlaçant cette gigantesque salle. Je les avais oubliés. La caverne est restaurée. Et arrangée. Si dans le souvenir tout est gris et terne, malgré un potentiel de brillance inéluctable, cette fois, ça y est, tout respire le frais, tout est flambant neuf. Les composantes « Horta » sont bien en valeur associés à de nouveaux éléments modernes, notamment un mur de lumières mouvantes. Flashy, amusant, ça se discute…? Pour ma part, avant même d’examiner s’il est judicieux de juxtaposer des arlequinades électro-lumineuses et du design Horta (mais pourquoi pas, ça fait remix), j’éprouvais une étrange jubilation de « sentir » un lieu qui, jusque dans ma cartographie mentale bruxelloise était muré, interdit, et tout d’un coup de nouveau accessible. Et l’effet de ce passage ouvert à nouveau, fonctionnel (permettant le passage de souvenirs, d’images anciennes se connectant à de nouvelles) créait comme la restitution d’une fonction endormie, d’une infime parcelle de mémoire engourdie… comme la restitution d’un bien (même de l’ordre du micro, ça fait du bien). Il reste que cet étalage tape-à-l’oeil est censé introduire aussi à de nouvelles galeries marchandes qu’il est de plus en plus courant de greffer sur le flot de navetteurs. La gare est aussi ce lieu de compression entre l’espace public, professionnel et privé, où l’on court, où l’on est malmené par le temps, bousculé dans un rythme de vie dépersonnalisant, où l’on ressent avec angoisse le manque d’une foule de choses dont celles-ci: du temps pour soi, la considération. Lieu de passages forcés, soumis aux aléas des chemins de fer (changement de voie, retards, trains supprimés, au quotidien), goulot où s’entassent les frustrations: l’endroit idéal pour exploiter le besoin de compensations, chocolats, bonbons, bibelots, parfums, compensations consuméristes rapides. Cet espace autour des fonctions fonctionnelles de la gare aurait pu être pensé de façon complètement différente: en ouvrant de nouveaux services tournés vers la qualité de vie, en confiant cet environnement ferroviaire aux bibliothèques, médiathèques, par exemple, qui y présenteraient, sous forme de concepts-services à inventer, de nouveaux « produits » pour exploiter au mieux le temps de transit entre boulot et dodo… « Ma ville est le plus beau lunapark« , c’est pas ce que chantait Fabulous Trobadors!

Subprime et faux cul

C’est incroyable, les revirements qu’entraîne la crise économique! Tous les chantres du laisser-faire, de la régulation « naturelle » selon les lois du marché, se posent en théoriciens régulateurs! « Il faut encadrer le capitalisme ». « Trop longtemps, nous nous sommes résignés à l’impuissance. » (Nicolas Sarkozy) Même à gauche, où on l’a jouait depuis des années « pragmatique-réaliste-ça ne sert à rien d’aller contre le marché », d’anciens couplets anti-capitalistes redeviennent électoralement à la mode. Comme quoi, finalement, rétrospectivement, un combat politique d’envergure contre le marché n’a jamais perdu son sens, n’a jamais été dépassé, ringard. Alors, en ce qui concerne une telle crise économique où les pertes sont tangibles, directement commensurables (les coffres vidés), où l’impact des errements passés frappent au coeur du portefeuille, les réactions se clament haut et fort. On voit encore où se placer pour donner l’impression de reprendre les rênes en main. Mais s’agissant du même libéralisme opérant sur les esprits, via les industries culturelles, libéralisme indissociable de l’autre, l’économique pur et dur (l’en sans l’autre n’a aucun impact), l’impact matériel n’est pas prêt d’être constaté objectivement et proclamé dans la presse à la face de l’électorat mondial: les industries culturelles ont vidé les caisses de l’esprit, il n’y a plus de ressources!! Ce qui fait, hélas que la régulation du marché loisir/culture est loin d’être à l’ordre du jour. Ce qui fait, finalement, que la régulation que les états envisagent à présent de mettre en place pour contrôler les banques, la finance, risque d’avoir un effet limité dans le temps…