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Encyclopédie musicale!!?

Musipedia, encyclopédie de toutes les musiques ? Le Soir, RTL, La Mediathèque…

Les journaux, les télés, les radios, au jour le jour constituent une certaine information musicale, qui concerne en fait une partie toute relative de ce que représente l’actualité des musiques aujourd’hui. Disons que, grosso modo, et sans vouloir instituer des barrières rigides, les médias informent essentiellement sur les événements, sur ce que les majors mettent en avant, les artistes et les musiques dans lesquels elles investissent. Bien entendu, de temps en temps, de plus petits poissons franchissent les filets. Il faut des alibis. Cette information-là est nécessaire, par défaut, parce que le marché est aussi une puissance esthétique qu’il faut suivre. Mais à côté, il y a intérêt à chercher de l’information ailleurs, écouter autre chose, explorer les répertoires non médiatisés, lire d’autres réflexions, se connecter à d’autres chercheurs pour espérer avoir une idée plus juste de la réelle complexité que représente les musiques actuelles. La profondeur se trouve ailleurs que dans les médias. Musipedia en quelque sorte est la première « encyclopédie musicale », en quelque sorte, qui ne retient que ce qui a été médiatisé et vient affirmer par là (le mot « encyclopédie » sert à ça) que toute l’histoire musicale est contenue dans cette événementialité médiatique. On ne creuse plus, on récolte les coupures de presse. C’est l’antithèse du chercheur élaborant un objet de savoir. Il est difficile d’apprendre quelque chose avec Musipedia. Juste des flashs, des rappels de mémoire, un zapping qui peut, ici ou là, engendrer de bonnes surprises. On croirait un collage laborieux de Bouvard et Pécuchet parcourant des archives de presse. Des listes pour préparer des quiz. Ne parlons même pas de la présentation de parler de « toutes les musiques » alors qu’un connaisseur pourra constater que la « censure invisible » est passée par là! Le tout se présente avec un « gros discours » rappelant (est-ce encore nécessaire étant donné que cela constitue déjà le refrain dominant sur la musique) que la musique c’est avant tout du désir immédiat. On est gras avec ça ! Ça veut dire quoi, « plaisir », il y a des tonnes de plaisirs différents ! Il y a le plaisir d’apprendre, qui vient après certains efforts, un temps certain d’application… Mais il est normal, néanmoins, que la Médiathèque s’implique comme partenaire dans ce projet. Parce qu’elle a des choses à dire, à partir du discours même le plus basique sur ce que sont les musiques. Et qu’elle peut greffer des bifurcations, des accidents, pour les amateurs qui, appâtés par Musipedia, se trouveraient déçus devant un projet éditorial si mince… (PH)

Crise de médiathèque, vue par Michel Gheude.

Sur son blog, Mr. Michel Gheude exprime son opinion sur la crise actuelle que traverse la Médiathèque de la Communauté française (mais, ce qui ne transparaît pas dans son article, l’ensemble des médiathèques et des services de prêt public, littératures et musiques confondues). Il épingle d’une part, une orientation dépassée selon lui, c’est à dire, pour le dire vite, l’option « éducation permanente » et d’autre part un aveuglement devant les réelles causes du problème: les tarifs pratiqués par la Médiathèque. Face à la dynamique des cultures jeunes, basée de tout temps sur la propagation virale, (l’échange gratuit en cours de récré trouve son épanouissement, voire sa transcendance, dans le peer to peer numérique), s’accrocher au principe d’une culture payante reviendrait à s’opposer au mouvement de la jeunesse. Il n’y a pas que du faux dans cette réflexion, mais elle me semble emprunter quelques raccourcis. D’abord la notion d’éducation permanente n’est pas condamnée à un schéma vertical, hiérarchique, condescendant. Elle peut aussi évoluer, modifier ses dispositifs, et trouver à enrichir collégialement les relations horizontales (j’imagine que quiconque participe à ces échanges a bien, d’une manière ou d’une autre, conscience ou envie de les enrichir, ou faut-il enterrer toute idée de « progrès » collectif?). Que je sache, l’échange de conseils entre pairs n’est pas lettre morte, et celui qui bénéficie d’une information différente, autre, peut la mettre à disposition, l’injecter dans les pratiques d’échanges horizontales, les rendre disponibles. C’est aussi une certaine vision d’un rôle éducatif que tout un chacun peut jouer y compris les personnes collectives, « institutionnelles ». D’autre part la vision « tout vient de la jeunesse, elle n’a pas besoin d’autre énergie que la sienne pour propager la force de ses cultures » pourrait, pour le coup, être taxé de jeunisme forcené (mais ce serait, à l’égard de Mr. Gheude, exercer le même simplisme que je déplore dans son approche)! Pour une association culturelle, ce serait une posture irresponsable. La propagation de la culture punk dans les années 70 ne s’est pas faite sur le seul côté dérangeant de cette culture. Les médias ont aidé qui n’étaient pas tous tenus par des adolescents. Globalement, les jeunes bénéficient d’un niveau de culture qui leur ouvre pas mal de portes et qui leur vient d’une démocratisation de l’accès à la culture par l’éducation. Les technologies de propagation virale utilisées par les cultures jeunes (mais pas qu’elles) ne sont pas industrialisées par des adolescents et les réseaux qui les font fonctionner ne sont pas gérés par des associations philanthropiques de jeunes. Et bien entendu, le marketing n’existe pas et n’a aucun impact, aucune incidence idéologique. Aucune de ces données brièvement citées pour évoquer la complexité de ces questions ne donne une raison de « s’opposer » à l’air du temps, encore moins à aller contre les cultures jeunes. Mais des responsables culturels doivent en tenir compte pour composer et adapter leurs missions avec cet air du temps. De même qu’au moment de prendre position sur ces réseaux d’échanges gratuits, la responsabilité culturelle publique impose d’examiner certains faits de façon professionnelle: qu’est-ce qui s’échange, quel est l’impact sur la visibilité de la diversité culturelle sur la place publique, quels sont les artistes qui s’en portent bien, quels sont ceux qui en souffrent, pourquoi cette « répartition » et cette différence, ça concerne quels types d’expressions, etc etc…

La politique tarifaire actuelle de la Médiathèque ne signifie pas une opposition idéologique au gratuit. Mais bien une impossibilité budgétaire de proposer une gratuité à l’instant! Il ne faut pas rigoler! Il y a encore 3 millions de prêts dans l’équilibre budgétaire! Et avancer que c’est le coût de l’emprunt qui fait péricliter le prêt physique est bien audacieux! Si les majors avaient vendus le CD moins cher, cela aurait-il empêché la « dématérialisation » (ou hyper-matérialisation) des supports? J’y ai cru, rétrospectivement je suis plus sceptique. D’autre part, la gratuité jeune ne vient pas du ciel! Oui, il y a forcément une réflexion sur les modèles économiques. Quel sera le modèle qui va émerger!? Bien malin qui pourrait le dire à l’heure actuelle. On peut très bien imaginer que les activités de type éducatives (mise à dispositions de contenus culturels de nature à participer à la dynamique d’échanges horizontaux entre pairs, jeunes ou vieux, nouveau modèle d’éducation permanente), dans la nouvelle stratégie Internet qu’ébauche la Médiathèque, génèrent un jour suffisamment de recettes publicitaires pour pratiquer la gratuité dans cet environnement Internet et, dans la foulée, au niveau des centres de prêt. De toute façon, dans la position de la direction, rien n’est figé, elle participe au débat qui traverse les médiathèques au niveau européen, l’important est d’évoluer dans le respect de ses missions qui sont loin d’être dépassées (heureusement car ce sont elles qui confèrent la légitimité d’une existence sociale) en les adaptant au contexte, aux nouvelles pratiques, aux attentes, aux faiblesses de l’offre qu’une politique culturelle publique se doit d’équilibrer pour maintenir une relative justice entre artistes. Ca ne se fait pas en un jour. 

Pierre Hemptinne

Une trajectoire médiathèque: la fenêtre.

 

 

 

 

 

 

 

Les raisons de donner un futur au concept de « médiathèque » (mais aussi de bibliothèque, de toutes ces choses que le numérique peut engloutir) est aussi à chercher dans les parcours de culture que les gens ont réalisé grâce à lui. Le « à quoi ça a servi » pour aider à imaginer « à quoi ça servira », en comparant des vécus et leurs contextes respectifs. Dans ma manière d’investiguer des pistes de modernisation pour la Médiathèque, mon vécu est évidemment important, on réfléchit, on invente avec les bribes de son expérience. (J’ai d’abord été longtemps un usager de la médiathèque et en y travaillant je continue à me référer aux attentes que j’avais en tant qu’usager mordu.) Je suis devenu membre de l’association en 1973, à Namur, j’avais 13 ans. Je me suis orienté vers le prolongement des sillons écoutés à la maison: nous avions un ou deux disques de Brassens, de Chopin, de Beethoven, un autre d’Armstrong (une compilation). Sinon, je connaissais la variété française qui passait à la radio. Mais c’était l’âge d’or, hein! Dassin, François, Polnareff…  Je découvre donc d’abord une réalité discographique bien plus large: l’oeuvre de Beethoven dans la diversité de ses facettes, le nombre de disques, la place que ça prend. La quantité de chansons de Brassens, les thèmes récurrents, une atmosphère, une « philosophie » chansonnière, Armstrong, ce n’est pas qu’une compile… A l’Athénée, il y avait sur le temps de midi un club d’écoute animé par des « grands ». Ils empruntaient la discographie complète d’un groupe à la Médiathèque et en faisaient la présentation. On commence à dévorer « Best », « Rock’n’Folk » chez le marchand de journaux. Avec un ami on décide de s’attaquer systématiquement aux collections de la Médiathèque: « à gauche en entrant, tout par ordre alphabétique. » Alors, ce sont des gouffres, des infinis, des montagnes, des couleurs, des éblouissements. Des accélérations prodigieuses de la sensation de soi et de la vie en générale. L’effet accéléré de ces sons insoupçonnés n’a d’égale que l’agitation dans laquelle nous mettait les ‘Illuminations », « Les Fleurs du Mal » ou le « Pèse nerfs ». Il faut savoir qu’à gauche en entrant il y avait le jazz. Et donc, on arrive vite à Ayler, Coltrane, Dolphy… Voilà des mondes que je ne pouvais imaginer, qui n’avaient jamais infiltré les cercles de la famille, qui n’étaient pas non plus très populaires dans une ville endormie comme Namur. Donc, une fenêtre extraordinaire sur le monde. Un souffle aspirant. En même temps: à part bouffer du microsillon, écouter, comparer, retenir les noms, comment expliquer ces mondes musicaux nouveaux pour lesquels nos oreilles n’étaient pas préparées, qui pouvaient réellement nous en parler? C’était un terrain de connaissance à défricher, un accès à une liberté qui désemparait aussi, beaucoup de ces musiques étaient aussi très récentes, très peu d’aînés étaient capables de servir de guide. L’accès à l’information était relativement rare. C’est un aspect qui a profondément changé. Mais la fenêtre existe toujours bel et bien. Mais encombrée, recouverte, cachée par tellement d’autres choses que l’idée de la chercher n’est peut-être même plus très présente aux esprits, n’est plus ressentie comme besoin… Il est besoin de théoriser et de politiser la nécessité d’accéder à ce genre de fenêtre. Comme un stade utile dans un engagement culturel nécessaire à un groupe, une communauté, une société. Comme une étape incontournable pour activer réellement une confrontation à la diversité culturelle et par là revendiquer la maturité. (à suivre)