Archives de Tag: street art New York

Tha Original Pussy Ham

Au-delà de l’archéologie publicitaire, dont les vestiges peuvent persister sur la brique longtemps après leur mort, les signes graphiques apposés à même la peau urbaine – briques, trottoirs, lampadaires, ciment, palissades -, beaucoup s’estompent, s’effritent, partent en lambeaux, leurs motifs déteignent et se mélangent, forment des collages fantomatiques, des intrications d’images qui s’effacent, rejailliront ailleurs sous d’autres formes (parce que les thèmes sont récurrents, se regroupent en famille, se métamorphosent d’un intervenant à l’autre tout en exprimant des idées semblables). Certains motifs, sur une période déterminée, s’imposent parce qu’on les rencontre plus souvent que les autres, dans un périmètre plus large englobant des quartiers différents, éloignés, leur dissémination fait sens, ils dessinent un parcours, un fil, une trame. Ils accompagnent le marcheur, deviennent des images intérieures, avec le recul, parce qu’ils convoquent des choses connues, remâchées, universelles, les empêchant de s’éteindre en leur faisant subir déplacement, concentration, torsion d’intensité. En voici quelques-uns qui attestent, en outre, de la souplesse sans complexe de cette créativité, recourrant le plus simplement aux dynamiques qui font vivre les images : par exemple, le retournement de sens, recycler des images archi-connues et leur faire dire le contraire de ce qu’elles représentaient au départ. Par exemple, une belle série « Tha Original Che », en papier collé, comprenant des versions noir et blanc et couleurs où le Che est recouvert par une silhouette casquée, mussolinienne. Silhouette martiale évoquant l’exact opposé d’une révolution libératrice. (D’autres variantes du Che, moins fines, « Sucks… ») – Autre papier collé insistant, l’image graphique d’une famille autour d’une table, des silhouettes blanches, vides, entourées de traits noirs compacts, éléments bien séparés d’une cellule pourtant présentée comme un tout. Papier collé qui appelle les surdéterminations, excite les interventions, offre une page blanche pour commentaires : ce qui fait que, du fait de ce que d’autres viennent ajouter à l’image, celle-ci, au départ reproduite en des multiples identiques, se différencient, devient chaque fois une image-famille différente. Art qui évolue en fonction de l’inventivité participative. Pas mal de tête de clowns ou autres « Joeyci ». Des inventions d’objets singuliers, contractions de plusieurs référents, composés à la manière des mots tiroirs, associant ici images et mots. Par exemple, avec des référents animaliers, viandeux, sexuels, voici « Pussy Ham », travaillé, placé selon des variantes de couleurs, de tailles et de techniques (peintures ou pochoirs). Cette viande phallo-vaginale ramène au premier plan urbain, la question de la différence des genres… J’aime (et collecterai chaque fois que possible) particulièrement les pochoirs d’insecte, comme ce beau spécimen de « bed bugs » faisant (involontairement ?) écho à une campagne contre les bestioles de lit, visible dans le métro, de même que liée à une autre affiche du métro évoquant la métamorphose de Kafka. Mention spéciale pour une collection de flingues pochés (« fitschen »), version monochrome ou colorée, basique ou onirique, motif évoluant, flingue se métamorphosant, le percuteur en colombe blanche, la crosse en danseur trémoussé, la fleur jaillissant du canon. Peut-être l’œuvre de David A. Fitschen ? Sujet toujours sensible si l’on en croit d’autres affiches vues aussi dans les couloirs du métro… (PH) – Recherche après coup sur « Tha Original Che » conduit à une liaison explicite avec Mussolini… et fait apparaître que l’image de la famille est probablement du même artiste…

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Williamsburg High Hope

Il faut venir ici surtout la nuit, ou le WE paraît-il, quand l’activité artistique rencontre le flux de curiosités touristiques. Mais quand on est là pour un temps limité, on y passe quand on peut, pour établir le constat de ce qu’il est possible de flairer en plein jour. C’est un quartier qui travaille. Ici la ville n’est pas figée, n’a pas atteint son maximum de développement, ne tourne pas à vide ou dans le même. Elle est en croissance. Une base de pauvreté envahie par une autre sorte de pauvreté, faite de devenirs artistiques pas encore reconnus, cherchant à établir une base pour se développer, se faire reconnaître. Mouvances provisoires, bohèmes, mais aussi, forcément, dans la foulée, bobo. Le tissu urbain est ouvert, tout se met en place pour bien quadriller et déterminer le destin de ce territoire, mais les différentes forces en présence participent, donnent l’impression que le jeu est ouvert – depuis les visées personnelles, individuelles, les résistances des habitants d’origine, jusqu’aux projets immobiliers, spéculateurs, et intérêts plus politiques, urbanisation officielle. Le mélange est détonant et sans doute pas éternel, une stabilisation interviendra d’ici quelque temps, en attendant, le stade de brouillon apporte de l’air frais … Des boutiques de misère et des magasins de standing. Des rebus et du high design. Les investissements immobiliers se multiplient, on construit beaucoup, du clapier et de l’innovant. Les vieux hangars sont colonisés en lofts. En plein centre, au coin d’une rue, une boutique de seconde main, brocante, avec des fringues, du mobilier recyclé et de récupération, un sous-sol plein de microsillons (vu par soupirail), de vieux jouets. Les cafés branchés sont remplis par une jeunesse de gauche détendue, cultivée, qui ressemble à celle que l’on peut voir au quartier latin ou à Bruxelles. Beaucoup de graffitis, d’inscriptions, sans possibilité de vraiment établir leurs dates, leurs fraîcheurs ! Est-ce une ancienne accumulation, plusieurs couches grises, est-ce récent, régulièrement renouvelé ? Ce qu’il y a de récent, une fresque concernant Haïti. Repéré aussi un papier collé récurent avec le dessin d’un personnage féminin maniant l’épée. Plusieurs présences de Space Invader. Des lettres en lattes de bois mis en couleurs, cloués sur les panneaux d’un chantier (High Hope). Beaucoup de maisonnettes en réfection. Des poubelles. Marchands de livres et disques sur le trottoir. (PH)