Archives de Tag: street art à Bruxelles

Les urnes, les burnes, dedans, dehors

Un beau papier collé, stylé et en phase avec le rendez-vous électoral belge récent. Près des panneaux de signalisation, il pourrait signifier « attention, zone tous risques ». On peut passer devant et l’assimiler à une campagne citoyenne en faveur du « devoir démocratique » (exprimer sa voix dans les urnes quand on y est invité). L’urne est rouge et transparente, en perspective, elle a du volume et elle est présentée comme un lieu accueillant où se rencontrent différentes trajectoires de vie. En quelques silhouettes, on y voit plusieurs générations, des travailleurs, des promeneurs, des personnes à mobilité réduite… Les urnes comme boîte à idées où l’on décide de la société que l’on veut partager. Une deuxième lecture peut y voir un espace forclos, une boîte scellée, on y entre, mais rien n’en sort, l’urne cul-de-sac, à court d’idées, l’urne qui tourne vinaigre et rend la démocratie claustrophobe et se transforme en cage. On n’en est pas loin. Les murs, en général, ne sont pas optimistes pour le moment ! Voyez cette fresque sanglante qui représente la violence déchirant le monde, de bas en haut, des silhouettes fashion aux technologies sophistiques de bombardement, de la terre au ciel, le sang coule dans une atmosphère de sadisme/masochisme. Ou encore cette planète en forme de cristallin (ou vaste donut oculaire fracassé) qui se fendille, se craquelle, implose, un monde qui part en couilles. Un peu de détente grinçante avec le fumeur aventurier de Spliff Gâchette (continuation en street art de Pif Gadget, 40 années dans le sillage du PC), jeune élégant, politiquement incorrect qui fait resurgir sur les murs le plaisir de fumer. Juste à côté d’une « passeuse », elle aussi aventurière, mais ombrageuse, cigarette à la main, et indiquant la sortie. De l’importance de garder l’oeil sur la sortie. Dessin tiré de la série « Exit – Das Kapital ». Autre manière d’indiquer une sortie d’urne honorable, pour le futur ! Les petites bestioles carnassières, pochées blanches sur les trottoirs, veillent au grain, empêchent de rêvasser complaisamment, nous rappellent que les parasites anti-démocratiques, invisibles, nous rongent de partout. (PH) – Blog de Spliff GâchetteExit – Das Kapital

Publicités

La rue et le manque

Des signes d’inattention.

urbainQuand les trois adolescents qui ont braqué le fourgon de la Brinks (Tremblay-en-France, 24/04/09) disent ne pas avoir réalisé ce qu’ils faisaient, découvrir après coup la gravité de leur acte, il faut prendre ces déclarations au pied de la lettre et les entendre comme signes importants de ce qui est en train de se dérégler. Réagir, face à de telles actions, en renforçant l’appareil répressif des mineurs, c’est manifester le plus grand mépris, l’incapacité d’entendre ce qui se passe dans ces cerveaux de jeunes. Ce serait du coup nier la responsabilité d’adultes impliqués dans ce que le monde est devenu et ce qu’il occasionne comme transformations des repères du désir chez les adolescents. Nier l’impact de nos politiques sur l’état du monde et donc sur les cerveaux de ces jeunes tout en les punissant pour l’impact de leurs actes sur un fourgon transporteur de fonds, c’est engendrer, quelque part, l’incompréhension, favoriser un peu la haine. Il faut faire évoluer la législation en fonction de ces évolutions de la plasticité cérébrale déterminées par l’impact des industries de programmes (entre autres). – De même, s’il est vrai que, comme le déclare le journaliste Nicholas Carr, la pratique de l’Internet transforme les capacités cognitives, altère le potentiel de concentration, diminue l’appréhension de concepts, au nom encore une fois d’une plasticité cérébrale influencée par la manière dont les activités intellectuelles sur écran conditionne le travail de l’intelligence, de même il faudrait adapter de nombreux aspects de la législation parce que cela transforme les notions de responsabilité, de préméditation… Extrait d’une interview : « On attend désormais les informations comme elles sont fournies. Comme un flux de particules s’écoulant rapidement. Mais ce que nous semblons perdre, c’est la capacité pour la lecture profonde, compétence que nous avons acquise quand nos cerveaux se sont adaptés à une autre technologie de l’information, le livre. Il y a des centaines d’années. De nombreuses études montrent que l’hypertexte, le multimédia et les interruptions inhérentes au Web rendent plus difficiles la concentration, la mémoire à long terme, la compréhension et la synthèse de concepts difficiles… » (Libération, 28.04.09) C’est une déposition intéressante, sauf que ces modifications de l’utilisation du cerveau n’est pas un diagnostic d’idiotie galopante! – En ressassant ce genre de données, et en marchant dans la ville (genre Charleroi), l’apparition de pochoirs évoquant mai 68 génère des impressions ambivalentes. Un message de nostalgie si l’œuvre est le fait d’anciens, nostalgie pour un acte manqué, perdu, une « chance » qui ne reviendra plus. Mais s’il s’agit d’une inscription réalisée par un jeune, elle est le reflet d’un manque. Manque d’une révolte structurée. Et comme tout manque, douleur, difficulté à voir par où, comment et pourquoi lutter, sachant que Mai 68 n’a pas abouti, un coup dans l’eau, une porte fermée. Il faut trouver autre chose. – Ce manque est décliné partout dans la ville, dans les autres pochoirs, dans ce nœud coulant peint sur les murs où s’étrangle la perspective de jours meilleurs. Quand le réel ne fait rien d’autre que de tendre la corde avec laquelle se pendre… Le manque est aussi dans les affiches de distractions ringardes vantant l’exhibition de monstres préhistoriques, dans les ruines exposant les restes abstraits de vies domestiques fantomatisées par la destruction, en plein cœur urbain ; il est aussi à l’œuvre dans la réalisation de pots fleurs, en récupérant deux pots en plastiques, en les perçant de petits trous pour que l’eau ne stagne pas dans la terre et magnifiquement exposé dans le kitsch de cette épicerie polonaise qui, avec le temps et la dégradation de l’ensemble des biens et services offerts dans la rue, en devient réellement la plus belle vitrine, la plus propre, la plus riche et clinquante alors qu’elle semblait désuète il y a quelques années ! Dans ce contexte, pas étonnant que la boîte Campbell nous revienne dans la gueule fleurant bon le « concentré de conneries » ou que l’art de la rue nous renvoie une image de prostration sur le trottoir.  – Il faut trouver autre chose pour que « la vie retrouve sa place en effaçant le marché, ce n’est sans doute pas uniquement du côté des grandes manifestations, mais en mobilisant le plus grand nombre de jeunes, massivement, pour retourner vers le livre, le temps long de la lecture concentrée, c’est en évitant les modes de consommation rapide des musiques, mais en prenant plutôt le temps de les découvrir, d’emprunter les CD, de lire les livrets, de les écouter attentivement dans leur entièreté, c’est en investissant les musées, les théâtres, bref, c’est en prenant en main la totalité des pratiques culturelles, en se les appropriant, en les arrachant aux détenteurs délocalisés des grandes industries de programmes. La nouvelle révolution collective commencera sans doute au niveau des pratiques culturelles individuelles, domestiques !! (PH) – Lire l’article de Nicholas Carra, « est-ce que google nous rend idiot? » – 

urbain2urbain3urbain4urbain5urbain6urbain71urbain8urbain9urbain10urbain11