Archives de Tag: SNCB

Provocation communautaire et autres confusions



Flamands et wallons au cinéma. – Le début de semaine, dans la presse (et ailleurs), était marqué par les répercussions des déclarations fracassantes (inadmissibles, c’est un fait) faites par une personnalité flamande à un quotidien allemand. Provocations politiques et communautaires. Lundi 13/12, Le Soir rendait compte d’une soirée organisée sur la RTBF, le samedi précédent : « Les Belges font leur cinéma ». Il est bien stipulé qu’il s’agit d’une initiative de la Communauté française qui « veut faire aimer son cinéma au belge francophone », il n’empêche que l’on parle surtout, simplement, de ce qu’est le cinéma Belge, à quoi s’ajoute les résultats d’une enquête sur les films et les acteurs préférés des Belges. Comme si le cinéma Belge n’était que francophone. J’imagine que la télévision flamande organise sans doute le même genre d’émission avec le même genre de discours. Ce qui signifierait que, pour chacune des communautés, le cinéma belge représentatif est avant tout le sien. Ne faudrait-il pas éviter de renforcer ces clivages culturels et que, pour chaque sujet de ce genre, tendant à mettre en avant une réelle « belgitude », on choisisse de faire se rencontrer les créations et les goûts de chaque communauté ? Est-il décent d’attribuer une belgitude aux ressortissants d’une seule partie du pays alors que cette caractéristique est sans doute constitutive des deux héritages ? Le cinéma belge n’est pas que francophone, même chose pour la musique, la littérature, etc. – Autres confusions institutionnelles. – En investissant dans la publicité pour soigner leur image, les institutions instaurent souvent des décalages entre leur message et la réalité de leurs services vécus par les citoyens. Une manière de souligner la schizophrénie d’organisations qui se calquent de plus en plus sur des principes de rentabilités du privé tout en se vendant en exploitant, grâce au marketing, les anciennes valeurs du service public. C’est par exemple la poste qui prétendra être de plus en plus au service de chaque citoyen, proche de chaque foyer alors qu’elle n’a cessé de démanteler son réseau de postes. En passant devant la poste de Charleroi (ville basse), j’étais hier « amusé » par la grande image qui décore sa façade : la poste, là derrière ? On dirait plutôt un vaste centre de bien-être accessible à tous.Même chose quand la Stib vantait sa nouvelles carte et les  possibilités de recharger son Navigo sans faire la file. Les photos de mannequins figurant les usagers pratiquant ces nouvelles manières de consommer le transport commun pouvaient donner l’impression que se mettait en place un nouveau type d’appareillage public orgasmique. – Distributeur de bonbons tous égaux. – J’ai découvert aussi récemment la nouvelle campagne de la SNCB : « Tous différents, c’est plus marrant ». L’image est celle d’un distributeur de bonbons de toutes les couleurs bien serrés dans leur bocal. La suite du message : « jeunes, vieux, noirs, blancs, beurs, homos, hétéros… ». Est-ce pour promouvoir le caractère accueillant des gares comme lieu de tolérance ? Alors que depuis dix ans, tous les aménagements entrepris (au nom de l’amélioration du service, toujours dire le contraire de ce que l’on fait), vont dans le sens de décourager qui que ce soit, et de manière effectivement égalitaire (jeunes, vieux, noirs, blancs, beurs…), de rester dans la gare. Je ne connais aucune gare où il est agréable d’attendre. Et pourtant, avec l’industrialisation de l’incidence technique, du défaut de personnel, les gares sont plus que jamais des lieux d’attente et de perte de temps. Je me souviens d’une époque où l’on pouvait rester assis au chaud et au calme dans les gares. J’y ai passé des fins de nuit blanche. C’est désormais impossible. Elles ont été rendues froides et surtout parcourues de courants d’air. Plus aucun siège confortable. Récemment, la gare de Mons a fixé sur ses banquettes des barres métalliques pour éviter que les quelques SDF qui venaient s’y reposer au matin ne s’y répandent trop. Est-il bienvenu qu’une institution/entreprise qui soigne si mal sa clientèle, au point de faire peser sur les utilisateurs, le sentiment d’être méprisé, bafoué, vienne nous chanter vertueusement les bienfaits de la tolérance ? C’est du même ordre qu’une campagne précédente de la STIB pour inciter chaque usager au civisme et au respect de l’autre, tout en en imputant à l’incivisme supposé, a responsabilité des retards et autres irrégularités!! Belle manière de tirer son épingle du jeu ! L’image de la publicité donne bien l’idée de la manière dont les transports en commun traitent leurs navetteurs : tous mélangés, certes, compressés même, sans pouvoir bouger le petit doigt, dans un bocal qui ne bouge pas beaucoup, en attente d’un mouvement automatique qui permettra aux uns et aux autres de s’extirper, de respirer un peu ! (PH)

 

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L’erreur humaine a bon dos

Il vaudrait la peine d’analyser toute la production de discours et d’images autour de la catastrophe ferroviaire de Buizingen. Depuis le voyeurisme malsain (la presse) jusqu’à l’expert qui tente de dépassionner, ce qui est certes nécessaire, mais ressemble parfois aussi à une manière de noyer le poisson : « on vit dans une société du risque, il faut prévoir le plus possible, mais le zéro danger n’existe pas, une erreur humaine est toujours possible, il reste une part d’imprévisible et il faut attendre les résultats de l’enquête… » (entre autres, Marc Uyttendaele sur la RTBF). Et tous ces discours, des plus bas aux plus élevés, quoi qu’on puisse en penser, facilitent le deuil, le « partage d’émotion »… Mais c’est justement parce que nous vivons dans une société du risque et que nous le savons que ce genre de catastrophe ne devrait plus être possible parce que relevant d’une « catégorie » contre laquelle il est possible de se prémunir. Peut-être, justement, les responsables (directeurs, administrateurs) n’ont-ils pas suffisamment pris la mesure de ce qu’implique de vivre dans une « société du risque » ? Sinon, comment expliquer la non-utilisation des budgets prévus pour la sécurité, la lenteur pour installer les systèmes de protection efficaces (pas joli d’orienter la polémique sur l’Europe) ?Les gestionnaires de pareilles entreprises peuvent-ils faire l’économie de lire des bouquins essentiels comme « La société du risque » d’Ulrich Beck ? Ce sont tout de même ces penseurs-là qui leur donnent les paramètres contextuels par rapport auxquels ajuster leurs politiques, décisions, investissements, management, culture d’entreprise, ressources humaines… Comment penser un plan stratégique cohérent pour la mobilité, pour une entreprise de chemin de fer, sans partir des penseurs qui pensent la vitesse aujourd’hui ? Au lieu de ça, les priorités restent définies par tout ce qui est lié au rendement, au profit, à la gestion libérale. Les politiques ont aussi leur responsabilité dans cet état de fait. – Résultat de l’enquête. – Il faut attendre les résultats de l’enquête, dit-on de toute part, mais on distille les termes de « erreur humaine », comme pour y habituer les esprits. Indubitablement, une enquête aboutie objectivera des faits, des enchaînements d’actions, la mécanique factuelle de l’accident. Mais, même si les directeurs de la SNCB sont convoqués au Parlement, cela donne l’impression que les réponses se trouvent dans le périmètre du choc, de l’horreur. Il est étonnant que, pour beaucoup, rien ne peut être compréhensible sans que cette enquête soit menée à terme. Comme si la réalité de la SNCB était quelque chose à reconstituer, qu’ils ne la connaissaient pas de près. (Marc Uyttendael, même défenseur du service public et de sa logique de non profit, ne doit pas passer beaucoup de temps dans les trains). Et nous avons alors un bel exemple de coupure entre la connaissance du terrain par les usagers et tous ceux qui attendent l’enquête, qui ont besoin de ces investigations pour comprendre le réel d’où procède cette catastrophe. Mais pour les navetteurs qui passent des heures quotidiennement dans les trains, il y a tout de même des signes qui ne trompent pas, des évidences : depuis des mois – depuis des mois -, tous les jours – tous les jours -, les navetteurs entendent de multiples annonces : trains supprimés ou fortement en retard pour problèmes techniques, automotrices en panne, personnel manquant, problème de signalisation… Tous les jours, sans exception (et encore aujourd’hui, concernant le train pour Gand de 17h51 à la gare Centrale…). Les habitués ont découvert avec stupeur que bien souvent la SNCB ressortait ses vieilles rames. Combien de fois, entre navetteurs, entendant toutes ces annonces catastrophiques, catastrophistes, n’avons-nous pas échanger quelques mots, partager notre inquiétude : « toutes ces pannes, de machines, de signalisation, ce n’est pas rassurant, un jour ça finira en accident » ? Toutes ces annonces sur un timbre monocorde, monotone, fatigué – je suppose que les acteurs de ces voix doivent se blinder, se blaser pour ne pas sentir le comique tragique de leurs sketches à répétitions, pour s’épargner l’angoisse que dégagent leurs propos alarmistes – toutes ces annonces ne sont-elles pas explicites, criantes de vérité, symptômes imparables, sinistres de prémonition ? Ne sont-elles pas hurlante de la culpabilité de tout un système qui oblige un personnel à gérer un flux continu de pannes, de suppression, de retards, de dysfonctionnement, et de conduire ce flux de micro accidents jusqu’à l’indifférence, « même plus la peine de réagir, ça ne sert à rien » ? Et prendre du recul pour analyser ce que signifie, dans sa globalité, le surgissement de la catastrophe ne signifie pas disculper les directeurs de la machine infernale. Pourquoi, au nom de la nécessité de dépassionner, serait-il indécent, vulgaire, déplacé de demander la démission de responsables incapables de sentir que leur gestion préparait le terrain de la catastrophe ? L’enquête aura ses conclusions, mais l’état de la SNCB favorisant l’émergence de la collision, augmentant les possibles catastrophistes, il était perceptible depuis longtemps, les navetteurs y sont plongés tous les jours, c’est un air qu’ils respirent, qu’ils ressassent, c’est une dose de stress quotidien.  (PH)

La mobilité en râlant

La SNCB étale de grandes banderoles : merci pour la planète d’utiliser les trains, les transports en commun ! Ce qui s’appelle se payer de mots, chercher à positiver son image par un slogan porteur de sens, se voulant préoccupé par le bien commun. Sauf que depuis quelques mois, tout particulièrement depuis les 4 ou 5 dernières semaines, la SNCB s’emploie à démolir consciencieusement le désir de mobilité. En tout cas chez les navetteurs des heures de pointe, particulièrement semble-t-il sur la ligne montoise. On ne compte plus les trains supprimés (plusieurs dizaines depuis le mois d’août) et les retards cumulés (et le formulaire pour obtenir un remboursement est contraignant, pas assez utilisé), la fatigue que cela engrange. L’absence d’explication et de clarification qui pourraient être suivies d’engagement à restaurer un service normal dans un délai déterminé est violente. Les annonces s’égrènent, maladroitement, comme si de rien n’était, pour donner l’impression que tout est normal finalement, simples aléas techniques, inévitables. Les rares excuses sont formelles, les justifications relèvent de la langue de bois. (Comme dans ce métro tout à l’heure, immobilisé à la station Thieffry, portes ouvertes et tout à coup rempli d’ordres aboyés « terminus, veuillez sortir du train », sur le ton de « allez dégagez, vous voyez pas que c’est le terminus, bande de lourds !? » La SNCB invoque des problèmes de matériel, absences de matériel, avanies techniques (« avanie : traitement humiliant, affront public », de l’avarie à l’avanie, traitement humiliant par l’invocation d’une défaillance technique), absence de personnel, la litanie est rôdée. Effectivement, certains trains ne roulent pas faute d’avoir pu mobiliser le personnel accompagnant réglementaire, question de sécurité. Cela donne régulièrement une situation avec deux trains supprimés, la population de trois trains en un, une surpopulation dans les wagons, une quantité de voyageurs compressés sur la plate-forme très au-dessus des normes de sécurité. Bien entendu, aucun accompagnateur n’est à même de faire son travail dans ce train, d’y circuler. Et le voyage s’effectue au mépris des normes de sécurité. N’oublions pas la quantité de voitures inaccessibles (portes bloquées, lumières ou chauffages défaillants) et quelques fois, les trains à « composition modifiée » : deux petites voitures au lieu de 10 à étages. Il est exceptionnel de vivre une journée avec un train à l’heure le matin et le soir. L’arrivée à la gare s’accompagne toujours de l’appréhension : « qu’ont-ils inventé aujourd’hui » ? Dans ces conditions, déployer cette publicité sur la participation au sauvetage de la planète grâce aux services de la SNCB, c’est cynique. Gonflé en tout cas. Cela pose la question de l’utilisation du langage publicitaire par les services publics (ou les institutions culturelles). S’agissant de la publicité commerciale, pas grand monde n’est dupe, tout le monde sait qu’il s’agit de mentir pour séduire. Le jeu est finalement de reconnaître la beauté du mensonge, son habileté, son second degré… Mais quand la publicité provient d’un service public, quelque part de l’Etat, les gens réagissent différemment. Il n’est pas concevable que l’Etat mente. Cela relève de la rupture de confiance. On l’a observé quand la STIB a inauguré son nouveau circuit : la campagne promotionnelle a été agressive, très commerciale, racoleuse, affirmant que tout allait être plus simple, plus rapide, plus gai, plus beau. Résultat, le jour arrive et c’est la chienlit : un mois au moins de galères, des rames plus espacées, des panneaux d’affichages qui ne fonctionnent pas, des trains encore plus boîte à sardines que jamais… Alors, pendant qu’elle poursuit sa compagne contre le désir de mobilité, la SNCB tente de maintenir un peu de désir dans son réseau, mais fallacieusement, par des panneaux publicitaires bien beaufs, manière de détourner l’attention, de masquer les annonces jours sur le tableau d’affichage. Minable. (PH)