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Rue et bistrot en platine

La rue, ses flux, ses rythmes, ses lumières, ses exhibitions, ses bruits, ses odeurs, comme incubateurs de musiques. Les signes qui attestent de cette proximité entre rues et musiques populaires sont nombreux, comme cette taque d’égout habillée en platine. Une marque de légèreté. Comme peut l’être cette partie d’oxo qui se joue en grand à travers la ville, X et O haut perchés sur les murs (surtout des X, mais la partie est en cours). Dans ces lettres sont comprimées des figures humaines, des pièces mécaniques, elles forment rouages. La rue n’est jamais éloignée de la violence et ses flux font l’objet des « ordres sociaux » qui doivent gérer la violence (« Violence et ordres sociaux », Gallimard, 2010). Comme l’atteste cette plaque commémorant la mort de Malik Oussédine dans une manifestation. Ce n’est pas si loin que ça, on s’en souvient très bien, pas de raison que cela soit relégué dans une époque révolue. Elles coexistent, du reste, les époques violentes. Comme vient le rappeler cette manifestation qui prend à la gorge, samedi 9 octobre, du Conseil National de Résistance d’Iran. Contre les pendaisons, les exécutions sommaires et autres lapidations en Iran. Un appel lancé au Secrétaire général de l’ONU et les organisations des droits humains. Des cortèges se croisent, des réalités politiques temporelles différentes : là, une société avancée et ouverte qui s’exprime (à raison) sur un régime de retraite et ici, une société, aux représentants plus clairsemés, poussant (à plus forte raison) un cri contre l’arbitraire d’un régime sanglant. De la musique à la manif, du léger au grave, cette culture de la rue se concentre dans le havre du bistrot parisien. Avec sa banquette rouge, ses chaises en bois, sa porte ouverte sur l’été indien et un scooter noir. On y décante la gravité, sans l’évacuer totalement, pour s’abandonner, un instant, au plaisir de la légèreté, le pétillant de l’ivresse. Ça va tout seul Chez Marie Louise, pas loin du canal Saint-Martin, dans la courte rue Marie et Louise, un peu endormie le samedi. Les deux patrons sont des anciens de la Fontaine Gaillon (près de l’Opéra, restaurant décoré par Depardieu). L’accueil est franc et personnalisé. Les deux sont à leur affaire, la cuisine (Pierre) et le service (Christophe). Il y a de l’entrain derrière la porte blanche (les fourneaux), et de la malice (après le premier contact) autour des tables. Le décor est simple mais pas banal. Les reproductions de peintures, bien choisies (par exemple Jasper Johns), ont du caractère. La carte des vins est simple et fruitée. Les pichets naturels se laissent boire très facilement. De la cuisine, traditionnelle, tout est fait sur place, dans les règles. La terrine de foies de volailles. La cannette est cuite dans son fonds. Les rognons de veau rosés sont parfaits, maîtrisés à souhait, accompagnés d’orrechiettes, de fèves et de basilique (belle association tant du goût – fèves, basilique et rognons se répondent, forment une gamme -, que des « textures », pâtes, rognons, fèves, des consistances, grâce aux cuissons, qui se parlent !). Les assiettes sont fleuries, anciennes. Les prix sont petits, la bande son laisse la part belle à Gainsbourg, Niagara, Rita Mitsouko… Voici ce qu’en disait Le Monde : « Saveurs exquises, cuissons parfaites et vins sans esbroufe ». Mille fois oui. De cette cuisine, on connaît toujours déjà une partie si on a eu une grand-mère ou une mère cuisinière). On en a des souvenirs idéalisés. Mais de s’asseoir au bistrot, c’est un rituel, comme de placer une plaque « oubliée » sur sa platine, et redécouvrir les merveilles de son interprétation. Comme si elle était nouvelle. (Oui, ce charme, cet enchantement très particulier de redécouvrir une musique via l’aiguille qui tourne dans le sillon, de réentendre, avec l’effet d’élargissement des sens, cette sensation de mieux comprendre et de mieux jouir de son émotion, est ce qui caractérise bien l’effet de cette cuisine, sonore.) Il y a cette espèce de revenance qui charme et exalte les papilles, les neurones arrosés de vin. (C’est une cuisine en accord aussi avec les flux urbains, ce que brasse la rue quand on on déambule longtemps, aussi une traversée de revenances de toutes sortes.) –  Quelques touristes (peu), quelques voisins, des copains, des habituées, des vraies gens un pied dans la rue, là, pas juste de passage (comme nous). Faut y (re)passer. Sous d’autres lumières, d’autres climats, ça doit être bien aussi. (PH) – Chez Marie Louise

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Printemps

Promenade urbaine. 21 mars 09

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Soleil et lumière vive, vent piquant, cocktail tonique que l’on retrouve à l’intérieur de la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, avec l’accrochage des dessins de Julien Bismuth. Ses croquis, dessins, petites formes de papiers pliés et collés, sont vivants comme l’envol de nouvelles idées, exaltants comme ces petites choses inédites, inattendues. Le trait, les formes en mouvements ressemblent à de courtes phrases. La présence littéraire est du reste importante avec les bouts de texte de l’auteur. « La chaise malaisée », « la table instable ». Dessins et mots cernent des concepts. Concepts d’objets qui se barrent, trajectoires d’objets hors de nos orbites. Ça tangue. Des esquisses qui donnent envie d’aller exercer son regard sur les mouvements imperceptibles de la vie. (Dans la même galerie, des miniatures de Villeglé, morceaux de panneaux d’affichages transformés en peintures abstraites, avec un titre qui re-bascule dans le figuratif imagé de la rue. Eblouissements. Comment les couleurs et cette matière publicitaire, effacées, détournées, manipulées, frottées, lacérées font émerger des idées, des images, des fenêtres. Matériau qui, au départ, pollue l’espace public, usé, poli par l’imagination, libère une force poétique aléatoire. Quelque chose d’ancien, dans le geste, toujours rafraîchissant. Bonne humeur.) Dans la rue, précisément, ça continue à bouger, sur un panneau d’affichage un papier peint de « Konny ». (C’est le nom de l’artiste tout autant que celui du visage représenté.) Une sorte de rebelle « oubliée », enfermée dans une guérilla romantique lointaine, déconnectée. Même si les flingues giclent bien. Plus loin, des pochoirs de la même artiste, visage et armes de la même mercenaire, estompée dans le sol, « ignore me ». Passionaria de causes perdues, radicalité nostalgique de BD sur le retour, qui cherchent à revenir, à faire irruption, reprendre le combat, ne semble attendre qu’un signe.  (Le site de Konny Steding). Bien placé près d’une poubelle, ce pochoir fleur bleue de « Serge & Jane » réunis en une sorte de calice, d’émanation d’esprits jaillissant de son flacon, vestige, apparition, un peu tête tranchée, trophée. (Passage par le métro égayé d’une série d’autocollants aux messages culpabilisant l’usager : si le tram est en retard, c’est de votre faute !! RATP et STB, même combat, mettre au pas le voyageur.) Beaucoup de restes de la manifestation du 19/03, dont ces feuilles collées sur les poteaux de signalisation par le Comité pour l’université (« Faites des Lettres pas du chiffre »), ou ces slogans « Grèce générale » qui, par la trouvaille, démontage et montage de mots et d’idées, en appellent à une convergence des insurrections récentes (Grèce, Guadeloupe…). Passage devant la « Maison des sciences de l’homme » où, selon l’historique qu’en fait Luc Botanski, Pierre Bourdieu initia la création des Actes de la recherche en sciences sociales. Intérieur, extérieur. Dans la rue, les préoccupations sociales, derrière cette façade un mouvement sociologique, important pour les luttes, organisa la diffusion de ses idées. Place de la Paix. Rencontré les traces de la « Marche mondiale pour la paix et la non-violence » qui colle ses autocollants rebaptisant des places en « place de la paix ». Juste en dessous, un wc fraîchement conçu, question de bien-être… (PH) 

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