Archives de Tag: rock belge

La Sélec en soirée au Schip

Patton, « hellénique chevaleresque récital », au Schip, le 20 février 09, La Sélec en Soirée.

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C’est au Schip, salon de musique Matamore, que La Sélec 3 avait choisi de fêter sa sortie… Voir apparaître et commencer la diffusion d’un nouveau N° d’une revue que l’on aime, que l’on fait avec amour est aussi magique que de voir s’installer, dans la maison, tous les éléments d’un concert. Dans une belle continuité entre lieu de vie et lieu d’art. Cela évoque les préparatifs de toute fête domestique où l’on réunit les éléments pour, quelque part, charmer, laisser le souvenir d’un moment inoubliable. Nervosité bon enfant, trac, tension qui prélude à l’esprit des fêtes. L’agencement quotidien du lieu se bouleverse petit à petit pour se muer en espace festif, ici, autour d’un espace scénique où se produiront les musiciens, d’où jaillira la musique. Délimité par la guirlande. Un premier concert était assuré par le duo français (en anglais) de Thousand & Bramier (déjà deux albums). Belle variation intelligente et sensible sur l’héritage folk opérant par climats subjectifs, état d’âmes ralentis ou accélérés, jeu subtilement référentiel… Ensuite, Patton, duo belge, présentait son nouvel album tout chaud qui fera l’objet d’une présentation soutenue dans La Sélec 4. Ça démarre avec un engagement très physique pourtant marqué par une retenue, comme une volonté de prendre de la hauteur tout en restant « plongé dedans », pour s’assurer d’un point de vue original sur la géographie musicale complexe, mélangée, entrecroisée de multiples influences, qui les inspire, qui fait couler la musique dans leurs veines. (Ce qui doit leur valoir quelques fois, probablement, une réputation d’intellos.) Mais c’est avant tout, une manière de questionner avec des couleurs franches, primaires, et avec des formes très plastiques, un matériau musical proche de la balade, du folk, pour esquisser d’autres fils narratifs, glisser vers d’autres fictions. Narrations faussement aléatoires. En travaillant par couches successives lacérées ensuite comme ces placards d’affiches et jouant sur les parties qui font sens suggestifs. La guitare casse les phrases et les rythmes, les détourne, s’exerce à différentes coupes, franches et nettes, hésitantes et baveuses, obliques, dans le sens de la longueur, mates ou pleines d’échos, implosives ou explosives, cul-de-sac ou carrefour de plusieurs pistes. Elle construit des paravents bruts ou raffinés, de sons plaqués ou perlés, derrière lesquelles se laisse percevoir, par allusions, le déshabillage de chants très anciens, des gestes, des frises de rengaines presque effacées. Divers relents de danses traditionnelles comme prises au polaroïd et aux couleurs passées. La batterie est puissante, bavarde et tentaculaire, elle propulse des arythmies galopantes et hallucinées, habitées de légendes, elle défonce, elle détrempe, elle sculpte, elle grave les images sonores d’une dramaturgie enfouie, à même des échantillons de décors sonores fugaces. Que chaque pulsion tente d’exhumer dans un sens de l’épique décalé, dispersé, cimetière d’indices d’un grand récit dont ne surnage que des bribes, des bouts de rengaines qui chantent, en transit, dépaysés, devenus étrangers à toute mélodie, errant dans une structure musicale déstructurée… Une option musicale pas facile, exigeante et courageuse, transmise avec une tension, un engagement et une ferveur qui en imposaient. Chapeau. Pour Matamore, Patton, Thousand & Bramier, et la Sélec (mixages de Philippe et Benoît), le salon de musique était rempli, chaleureux et attentif. Une belle soirée. Restez attentifs et venez nous rejoindre à la prochaine soirée La Sélec… (PH) – Ecoutez la compile de la Sélec 3Discographie de paTTon en prêt public. 

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Les terrils chantent à nouveau!

 

 

 

 

 

 

 

C’est une toute bonne nouvelle, cette émergence de Les Terrils. Comme des icebergs qui dérivent sur l’océan de nos bêtises, de notre planète malade de la connerie des hommes, des signes grinçants avant-coureurs de la grande dégelée qui nous attend. Les Terrils creusent allègrement dans les névroses courantes, construisent des galeries caustiques dans les dérives de la société de plus en plus marchande, gérée comme un grand magasin. Ils en extraient du charbon de première qualité, brillant, bien dur et noir, qu’ils accumulent en petits terrils fumant comme les entrailles chaudes du monde déboussolés, autant de chansons costaudes, inspirées. Les Terrils ravagent le racisme ordinaire, la manière sournoise dont le « tout sécuritaire » ronge l’âme. La dictature absurde du GSM. Les compromissions avec le capital qui délocalise et exploite la main d’oeuvre non protégée syndicalement (IKEA). Les Terrils fustigent le séparatisme belge et l’aveuglement face au réchauffement.Le refus de voir et d’entendre ne sont plus autorisés: Les Terrils se dressent devant nous, il vaut mieux chanter avec eux!! C’est une voix qui manquait cruellement à la chanson francophone et au rock belges. Un groupe qui a le cran de sortir des créneaux (sons et paroles) qui cartonnent (ou cherchent à cartonner en courant après des standards mondialisés), où tout se ressemble et évite, finalement, de regarder le réel en face. Le cran d’écrire des paroles sur l’actualité, notre quotidien, ce qui nous touche, ce qui se passe, ce qui se trame autour de nous, ce qui agit sur nous, ce qui nous fait et nous fabrique. Ca a l’air si simple et pourtant, ça n’existait quasiment plus avant que ne repousse Les Terrils comme le retour d’un remords, une nouvelle conscience qui pousse…Une musique impeccable, genre rock-blues-country péquenot, bien balancé, d’apparence cradingue et rauque, mais fignolée, peaufinée, maîtrisée. Au poil. Une voix qui ne ressemble à aucune autre. C’est pas le retour de la chanson engagée à l’ancienne, même si on pourrait évoquer un mixte de François Béranger, Bobby Lapointe, David McNeil … C’est nouveau, ce sont Les Terrils, une chanson enfin qui active une vraie mémoire. A écouter d’urgence, à propager autour de vous. Courez les voir en concert, acheter leur CD via leur site myspace.