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La numérisation du patrimoine culturel européen : pourquoi oublier la musique ?

Dans un article publié mardi 11 janvier 2011, Le Soir rend compte des conclusions d’un rapport de sages déposé à la Commission européenne. La recommandation est claire : il faut investir 100 milliards d’euros pour numériser le patrimoine culturel. Afin que ce patrimoine numérisé reste propriété des pouvoirs publics et au service de politiques culturelles publiques. Les enjeux se situent du côté de la « démocratisation du savoir, d’accès à la culture, à la connaissance et à l’éducation, à tous les niveaux. » Robert Darnton, historien des lumières et responsable d’une grande bibliothèque américaine n’arrive pas à une autre conclusion. Le patrimoine culturel doit rester public pour des actions non-marchandes. La mesure recommandée par ce comité de sages (Maurice Lévy, Elisabeth Niggemann, Jacques De Decker) vise « le contenu des musées, des archives et des bibliothèques des vingt-sept pays de l’Union européenne ». Vous avez bien lu : la musique n’est pas concernée, pas mentionnée, pas intégrée au patrimoine culturel ! Il y a en fait peu de raisons d’être étonné : la musique et ses supports d’enregistrement n’ont jamais été considérés comme outils de connaissance et, d’autre part, on part du principe que toute l’industrie musicale s’est chargée de cette numérisation. Il faut radicalement s’opposer à tels présupposés. D’abord, la musique, et surtout les formes musicales les mieux inscrites dans la modernité et ses continuations, sont des documents esthétiques indispensables pour comprendre notre époque, notre civilisation et se comprendre dans cet environnement. Les musiques sont des « écritures » en création constante de nouvelles narrations et savantisations, elles sont indispensables à consulter. La musique sous toutes ses formes est partie intégrante du patrimoine culturel et pas besoin d’être « sage » pour en admettre l’évidence. Ensuite, que la musique soit pillée sur Internet, exploitée à outrance par les industries qui cherchent à rentabiliser les nouvelles technologies, mises à toutes les sauces numériques, ne signifie nullement que notre patrimoine musical se trouve actuellement numérisé en « lieu sûr », de manière professionnelle et respectueuse, dans un lieu « public », comme patrimoine collectif de l’humanité. On sait que c’est avant tout les patrimoines les plus facilement exploitables qui sont mis en avant. Même si les plateformes commerciales donnent l’impression que tout est disponible sur Internet, c’est faux, ou alors en ordre dispersé, éparpillé, sans appareil critique cohérent, sans catalographie scientifique qui en fasse une ressource incontournable et à l’abri des exploitations mercantiles. Surtout en ce qui concerne les registres moins commerciaux. La musique est massacrée par Internet et les « nouveaux accès » à la culture. Un plan ambitieux de numérisation du patrimoine culturel européen doit prendre en compte la musique. En confiant ce travail systématique aux médiathèques qui ont, le mieux, développer une attention érudite à ces esthétiques. D’autre part, et de manière plus spécifique, ce plan de numérisation devrait permettre à des outils de sensibilisation, de médiation et d’éducation de se développer, en numérisant des répertoires fragiles, indispensable à la concrétisation de la diversité culturelle, et qui seraient accompagnés d’une perspective critique, rédactionnelle et contributive. A titre d’exemple, le projet Archipel de la Communauté française de Belgique. (PH) – PS : le cinéma ne semble pas mériter non plus un investissement public pour numérisation : le commerce, les télécoms peuvent s’en charger, c’est bien assez bon.

Panade numérique et médiathèques

ACIM, 10ème rencontre nationale des bibliothécaires musicaux, Aix-en-Provence, Cité du livre

Encore une fois, la méthode adoptée pour traiter de la technologie est déterminante. Explication : Dans Libération du vendredi 2 avril, Julien Gautier et Guillaume Vergne (professeurs de philosophie en lycée et fondateurs de la revue Skole) publient un texte intitulé « L’école et les adorateurs de la technique ». C’est une réaction au rapport Fourgous définissant « les modalités de l’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication à l’école ». La position des auteurs est claire :… « .. un système éducatif public digne de ce nom devrait non pas chercher coûte que coûte à rattraper son prétendue « retard », mais à jouer activement un rôle propre et autonome, assurer une mission régulatrice, prescriptive et en quelque sorte « thérapeutique ». Notre véritable devoir à l’égard des jeunes générations n’est-il pas de leur donner les moyens de construire une solide culture numérique, plutôt que d’accompagner leur soumission aux iPod, MSN et autres Facebook ? » Il se fait qu’après avoir lu cet article, je participais à une journée d’étude de l’ACIM (association des bibliothécaires musicaux de France) sur le thème du numérique comme nécessitant une redéfinition du rôle des médiathèques (ce n’était pas la première fois que j’intervenais dans ce genre de « journées d’étude »). Les médiathèques sont à inscrire dans le dispositif éducatif, comme toutes les structures culturelles publiques, et à ce titre ce que Julien Gautier et Guillaume Vergne expriment concernant l’école se transpose aisément sur le terrain des médiathèques. Et même si on ne partage pas à 100% leur vision des choses, elle est tout de même déjà le fruit d’une analyse, d’une conscientisation, d’une prise de position, d’une vision d’avenir reposant sur une mise en perspective des différents aspects de la problématique. A évacuer : le prétendu retard. Or, à écouter l’ensemble des intervenants et des propos tenus tout au long de cette journée, il semble que le parti pris adopté soit justement de « rattraper le prétendu « retard » » et d’aller dans le sens de l’adoration de la technologie tel qu’il serait prôné par le rapport Fourgous. L’autre tendance majeure et d’associer « nouvelles technologies » à la nécessité de médiation. Le mot, comme lors d’autres rendez-vous du genre, surgit de tous côtés. Mais curieusement, à aucun moment, il n’est question de contenus, de discours, de musiques, de connaissances à transmettre, de définition de ce dont nous sommes censés devenir les médiateurs, mais uniquement de questions d’accès. Dans la tourmente de la dématérialisation, les médiathèques s’intéressent avant tout à la matérialité des accès vers la dématérialisation gérée aux bénéfices d’autres structures. Alain Giffard, qui se livre à une étude comparative poussée des lectures numériques et lectures traditionnelles, donne des armes, pourtant, pour penser un positionnement lucide à l’égard des industries numériques : « Ce qui caractérise l’économie numérique de ce point de vue, ce n’est pas le développement des « industries littéraires », mais bien celui des « industries de lecture », ou, c’est tout un, dans le jargon actuel, plutôt que le développement des « contenus » celui de l’économie et des industries de l’accès ». Et de renvoyer à des formulations similaires de Jeremy Rifkin (L’âge de l’accès) : « Les marchés cèdent la place aux réseaux ; vendeurs et acheteurs remplacés par des prestataires et des usagers, et pratiquement tout se trouve soumis à la logique de l’accès. » La tonalité générale de ce que j’ai entendu dans cette journée de réflexion sur l’avenir des médiathèques face au numérique, le 2 avril, me donne l’impression soit d’un aveuglement sur la question, soit de la volonté d’entériner cette orientation voulue par l’économie du numérique, de revendiquer ni plus ni moins qu’une spécificité d’accès en contribuant au courant dominant qui évacue le contenu. Ce qui revient bien à scier la branche sur laquelle reposent les médiathèques et qui correspond à leur utilité sociale. En introduction à mon intervention, c’est bien ce que j’ai voulu rappeler : notre force est du côté de la connaissance des musiques et de ce que nous parviendrons à en dire pour dé-banaliser l’écoute de musique et réenclencher de vrais désirs d’écoute. Mais revenons au début de cette journée… Porte-à-faux sociologique. C’est le sociologue Philippe Coulangeon (CNRS) qui se charge d’informer sur les pratiques musicales des français face au numérique (finalement il ne s’agira pas tellement de ça). Présentant un article écrit pour les Actes de la recherche en sciences sociales, il rend compte des éléments inclus dans la dernière grande enquête officielle sur les pratiques culturelles. Voici les grands axes : brouillage des frontières entre les répertoires, non rivalité des biens musicaux, éclectisme des goûts et nouvelle frontière de la légitimité… L’approche est moins nuancée que celle de Bernard Lahire dans «La culture des individus » (on sentira lors des échanges avec la salle que Coulageon occupe une place bourdieusienne très orthodoxe, léger coup de griffe à Lahire, coup de boule à Mafesolli…). De fait, les catégories utilisées et le type de questionnaire empêchent toute finesse qui puisse nous être utile dans la réflexion sur un positionnement actualisé des médiathèques en fonction des nouvelles pratiques et de l’évolution des goûts. Les publics ont toujours à se prononcer sur des entités très vagues : « musique classique », « rock, pop », « jazz », « chanson française »… Chacune de ces étiquettes recouvre des esthétiques très différenciées, des mondes inconciliables. Quand les amateurs répondent écouter plusieurs genres musicaux : de quel type de différence entre les genres parlent-ils, quel type d’écoute ? L’éclectisme dont on parle peut très bien s’avérer n’être qu’un mirage… Ces enquêtes évoquent une certaine popularisation des modes savants, mais omettent systématiquement de se prononcer sur les savantisations d’expression populaire (ça ne rentre pas dans les catégories), ce qui revient quand même à déceler et étudier une tout autre dynamique. Bref, cette sociologie-là de la musique mesure essentiellement l’impact du marché dominant sur les pratiques musicales les plus visibles, mais reste impuissante à réellement mesurer ce qui se passe avec la musique dans la société et à proposer une analyse critique de la manière dont le marché organise la consommation musicale. Sans doute parce que les sociologues ne connaissent pas assez les répertoires, les actualités esthétiques, n’écoutent pas assez de musique ? Philippe Coulangeon, lors des questions-réponses, reconnaît une part de la faiblesse structurelle de ces études sur la musique : notions anciennes, genres vagues, définition faible de ce que l’on entend par écouter… Dans son analyse des pratiques actuelles de la lecture, Alain Giffard associe la lecture numérique à ce que l’on appelle la lecture d’information. La lecture numérique ne tient jamais la place de la lecture d’étude (plus soutenue, profonde). Ça ne pose pas un problème tant que les pratiquants ont une bonne culture de la lecture et font la distinction entre ces différents niveaux complémentaires. Mais quand de jeunes générations, mal dotées de compétences de lecture, ne font plus la distinction entre les différents niveaux de lecture et considère la lecture d’information comme une lecture d’étude, alors, on a un grave problème cognitif. On transpose facilement  cette  étude de la lecture à l’écoute des musiques, l’écoute réelle étant de plus en plus remplacée par un survol, une immersion machinale, une entente qui banalise la musique et l’excluent des pratiques culturelles cognitives. Alain Giffard désigne ce phénomène dangereux par « nouveaux savoirs, nouvelles ignorances ». (« Des lectures industrielles » – Pour en finir avec la mécroissance. Quelques réflexions d’Ars Industrialis.) Voilà une base plus intéressante pour aborder l’évolution des pratiques musicales des publics que ce que propose P. Coulangeon. Car contrairement à ce qui sera dit dans une autre intervention de la journée, la crise du disque n’est pas une crise de la distribution, argument qui sert à mettre en avant des solutions pour améliorer cette distribution soit encore des questions d’accès. Le vrai problème avec la crise du disque c’est qu’elle recouvre une grave crise de la dimension cognitive de l’écoute musicale. Et c’est justement à cet égard que les médiathèques peuvent apporter quelque chose : par les contenus, en tenant un discours sur l’écoute, en valorisant d’autres pratiques, d’autres connaissances. Quel est le potentiel créatif des médiathèques ? Mais ce serait surtout intéressant que des sociologues se penchent vraiment sur ces situations, ces hypothèses de travail. – L’obsession de l’accès. – La table ronde de l’après-midi– qui n’en sera plus une tellement elle comportera d’intervenants – renforcera un sentiment que face, au « prétendu retard » (prétendu parce que si le réseau des médiathèques était créatif sur les contenus, il n’y aurait pas de retard), les solutions esquissées relèvent du cours de rattrapage (type « fracture numérique », allez, facebookez, twittez, ça ira mieux) ou de l’association avec des partenaires commerciaux. En effet, plutôt qu’une table ronde pour débattre du fond, il s’agissait en grande partie d’une succession d’offres de services : de petites entreprises recyclant ressassant un peu les tendances principales sur le Web, incapables de voler de leurs propres ailes (le modèle économique n’existe pas) et sentant qu’il y a un coup à jouer du côté de la politique publique et du non-marchand, élaborent des outils de téléchargement ou de streaming pouvant être mis au service des médiathèques. Ce n’est pas toujours d’une grande originalité dans la forme (ni graphique, ni ergonomique). Quant au fond – revoici la médiation et l’obligatoire différenciation par du contenu –, il tient parfois à peu de choses : une bio de l’artiste (copié collé du dossier de presse ou de Myspace ?), une discographie, des dates de concert… Allez, c’est quoi le « plus » médiathèque là-dedans ? Quelle spécificité, quel discours ? La priorité accordée à l’accès se lit aussi dans le genre de listes de sites ou de blogs renseignés aux médiathécaires comme représentatifs, comme outils avec lesquels se familiariser en premier. Par exemple, la lecture régulière de quelques blog de fond  n’est absolument pas abordée, de ces blogs qui se situent au-delà de la lecture de consommation, donne du grain à moudre pour une lecture d’étude, cette lecture dont le but est d’alimenter la réflexion post-lecture (par exemple le blog d’Alain Giffard, justement). La question réelle de la qualité des métadonnées sera souvent soulevée : elle est cruciale en effet, les bases de données sur Internet étant souvent médiocres. Mais là, nous développerons une force qui se fera remarquer quand nous aurons la capacité à organiser une seule base de données de type « médiathéque publique » et pas chacune la sienne. La taille, sur Internet, est fondamentale. Cette taille compte aussi beaucoup concernant ce que soulevait un peu naïvement la représentante d’une médiathèque « tout numérique » de Chesnay : les majors devraient s’intéresser à nous, faire des conditions spéciales aux médiathèques… Au stade actuel, vu l’utilisation que les majors entendent faire de la musique, on ne les intéresse pas, elles nous ignorent. Par contre – et ça relève de l’utopie – si les médiathèques parvenaient à grandir et à dégager une force de contenus incontournables en réveillant et inspirant de nouveaux désirs d’écoutes, bref à être créatives et source de créativité dans les pratiques d’écoute, elles pourraient devenir attractives. C’est dans ce sens que la Médiathèque de la communauté française de Belgique devait soumettre au débat son projet « Archipel », outil de médiation hybride sur les musiques actuelles, associant différents niveaux de lecture et d’écoute, d’information et d’étude, médiation numérique et médiation sur le terrain, supports physiques et streaming… La présentation a été perturbée, écourtée notamment par absence de connexion Internet ( on ne parlait que de ça depuis le matin : se connecter !?). Il faudra encore attendre, en septembre à la BPI !! – Chute abrupte & pistes sommaires – L’avantage de ces journées est de révéler l’ampleur du chantier. À commencer par la faiblesse du bagage théorique pour structurer les questions, leur examen, faire avancer les débats. La littérature actuelle des chercheurs sur ces sujets n’est pas assez lue par les médiathécaires. Or, pour résoudre des problèmes il vaut mieux acquérir les bons outils, les partager, se construire un appareil critique commun, avec des concepts et des vocabulaires partagés. (Je m’attendais à entendre ne fut-ce qu’une fois la notion de « capitalisme cognitif »). Et ce que je relève encore, comme à Blois ou à Périgueux où j’ai eu plaisir à prendre la parole, est l’approche strictement « française », alors que la dimension pour le moins européenne est indispensable pour exister en tant que médiathèque sur le Web et arriver à influer, à peser sur les évolutions. L’objectif doit bien être de prendre une part de marché significative de la prescription culturelle en fait de pratiques d’écoute musicale. Certains aspects de la mutation des médiathèques, abordé frontalement en ateliers, dans ce type de rencontre, ont l’avantage de faire ressortir le désarroi du terrain, de la base, mais ça tourne un peu à vide et ça localise les problèmes peut-être à l’extrême (comment faire de la place, quel espace convivial, qu’y faire, ce que ça change dans le métier, inévitable, avec ses doléances parfois fastidieuses, sa force d’inertie phénoménale). Ce niveau ne doit-il pas être traité dans un programme de changement de « culture d’entreprise », tout au long de l’année, dans chaque médiathèque, avec échanges et mises en commun par cloud computer ( !), et utiliser ces rencontres à des travaux exaltants, motivants, élargissant le champ et faisant avancer concrètement les pratiques dans l’élaboration de projets de médiation. Où l’on parlerait contenus, mises en forme de discours, de formes d’échanges, de mutualisation de la créativité médiathèque à une échelle européenne… !? (PH)

Les contradictions de Frédéric Mitterrand

Le Monde relaie un billet de l’AFP concernant une déclaration du Ministre de la Culture français sur France2 : selon M. Frédéric Mitterrand, la numérisation du patrimoine (musique, livre, œuvre d’art) doit être gérée par l’Etat et non par une société privée comme Google. « Il ne faut pas que le contenu tombe dans des mains privées ! » Belle déclaration, félicitation, mais monsieur le ministre n’a-t-il pas l’impression de prendre le train de la numérisation en marche ? Pour le livre, certes, certaines bibliothèques refusent de fonctionner avec Google, ce qui n’empêche cette entreprise privée d’avoir déjà numérisé un beau patrimoine de livres. Quant à la musique, comment, aujourd’hui, l’Etat va-t-il réguler, empêcher que la numérisation soit principalement aux mains des privés ?!? Enfin, s’il a l’intention de doubler le privé en constituant le plus grand patrimoine musical numérisé aux mains de l’Etat, la Médiathèque de la Communauté française de Belgique sera son partenaire dévoué ! Cette association peut mettre à sa disposition un des plus importants patrimoines musicaux enregistrés assortis d’une base de données exemplaire. Dans la foulée, il peut combattre pour modifier la directive européenne portant sur la transposition de la notion de prêt public dans l’environnement numérique. Ce serait cohérent, ça structurerait en bien public le marché numérique actuellement instrumentalisé sauvagement. Mais que valent ces belles déclarations du ministre ? Avec quel argent va-t-il financer un plan pour que l’Etat puisse réguler le marché de la numérisation culturelle ? Quel budget, quels moyens pour que les « contenus ne tombent dans des mains privées » ? Peut-on se contenter qu’un ministre en reste aux belles paroles ? Surtout quand on sait ce qui se passe du côté des Musées où la grève continue, en réaction aux restrictions budgétaires, au plan de réduction du personnel. Quel culot, d’évoquer, pour la beauté de la position, la préférence ministérielle pour des solutions coûteuses, irréalistes, tout en étant inflexible, incapable de conduire une négociation et d’avoir une vision courageuse et à long terme pour les musées ! Sur la question de la grève dans les Musées, il faut dire que l’étroitesse syndicaliste est, une fois de plus, criante. Les extraits d’interventions des représentants des organisations dans les articles, même s’ils sont justes quelque part, révèlent une approche caricaturale, inadaptée surtout à l’ampleur de la problématique culturelle. (Mais, du temps où j’étais syndicaliste, j’ai pu mesurer combien les appareils syndicaux n’ont aucune pensée du culturel. Le syndicalisme de la culture n’existe pas.) Le syndicat réagit au cas par cas, alors que, sur cette question fondamentale, levier pour faire bouger un nouveau projet industriel, le travail en amont devrait conduire à une stratégie d’attaque, d’initiative, et non de défense. Dans Le Monde, par contre, les déclarations du directeur du Centre Pompidou , Alain Seban, sont sidérantes : il stigmatise la diminution des moyens et l’exigence de l’Etat d’augmenter les recettes propres, ce qui conduit à « une course éperdue à la recherche d’argent privé ». (Et voilà, Monsieur le Ministre, des contenus aux mains des privés !) Alain Seban évoque un temps où les expositions événementielles rendaient possibles des expositions plus audacieuses, expérimentales, c’est de moins en moins envisageable : tout projet, tout dossier doit répondre à la question « quel potentiel d’entrées ? ». Voilà, les mentalités gestionnaires qui, de l’intérieur, font glisser les contenus dans les mains privées… La réplique syndicale est fragile, dérisoire. Et pourtant ! La difficulté de défendre le secteur culturel est qu’il est morcelé, que le syndicat n’a pas pu faire émerger une unité, une cohérence de secteur ni, surtout, une vision européenne. La culture est la matière, le secteur de travail par excellence à traiter selon une dimension européenne. Il y a dans ce secteur, des opérateurs fragiles qui n’ont aucun poids, d’autres qui représentent quand même pas mal de fric. Une médiathèque qui fait grève, surtout actuellement, n’aura pas beaucoup d’impact ! Par contre, tous les opérateurs, les faibles comme les puissants, bénéficient du travail des uns et des autres : les « effets » d’une médiathèque, pour le dire vite, contribuent à rendre curieux des publics pour des spectacles, des films, des concerts … La rivalité qui consiste à manœuvrer pour attirer à soi la plus grande part possible des subventions est aussi ce qui mine le secteur culturel. Alors, imaginons que par solidarité, parce que ce dont souffrent les musées français se généralise ou va se généraliser, tous les grands musées européens ferment. Mais aussi les bibliothèques, les médiathèques, les théâtres, les opéras… Pas seulement avec des revendications de maintien de statut et de cadres, mais aussi un projet, des revendications pour avoir les moyens de faire plus et mieux, à grande échelle ? Un projet pour que, réellement, vraiment, les Etats ne puissent laisser les « contenus tomber dans des mains privées »… !!?? (PH)