Archives de Tag: musique improvisée

Clair obscur sans trait d’union

« Clair Obscur », Jacques Foschia, CD1 solo, UF5745

 

 

 

 

 

 

 

Formellement, c’est un « remarquable CD de musique improvisée ». Brillant. Mais il se passe quelque chose d’autre qui habite, ici, la virtuosité de Jacques Foschia. Quelque chose dans l’instrument « joue de Foschia » exactement comme Jacques Foschia joue de son instrument. Comme qui dirait, ça sort des deux côtés, ça va dans les deux sens. (Cette sensation d’avoir à faire autant à des sons expulsés, jetés, exprimés, qu’à des formes sonores que le musicien veut happer, avaler, reprendre en lui, s’insinue peu à peu vers l deuxième et troisième morceau. Comme une volonté de rembobiner, de revenir en arrière, de remonter le son, de retrouver une origine. Des musiques « jouées en arrière » ? à reculons ?) Dialogue intime avec des entités invisibles, dématérialisées, d’un autre monde. Ce n’est pas même cette intimité qui, exhibée, intrigue l’écoute, plutôt le voile pudique qui l’entoure, l’enveloppe et suggère que là-dessous, comme les lèvres animées d’une plaie, une conversation palpite, s’installe dans son intemporalité. Voile qui murmure, tamise des lumières indirectes, esquisse des mouvements fantomatiques, lents, atténués. À travers une grande diversité, ce sont les variations du deuil qui s’expriment, dans leur complexité noueuse. Liens avec les ténèbres, ouverture vers la clarté, l’incompréhension. Les ondes de choc du mystère de la vie de la mort restitué dans toute sa brutalité (comme à chaque disparition qui touche). La tonalité d’ensemble est sombre, pétrie avec une certaine colère obscure, butée. Comme pour aller au bout de sa rage, du sentiment d’injustice, pour l’user en le triturant pour qu’en sorte la paix. Dans cette matière ténébreuse, des thèmes ténus plus clairs, de fugaces tempêtes de lumières étouffées. Des signes, des évocations. Parfois entre chien et loup : le son est comme une proie que se dispute l’instrument et l’instrumentiste, la bouche et la hanche, qui emportera le morceau ? Des ombres qui s’étirent, s’enroulent sur un ressort, s’essorent, se tordent, se déroulent en hélice, se déchirent et claquent. Sans écho, la nuit est mate. Et les prières de Jacques Foschia portent loin. (PH)

Discographie de Jacques Foschia.

Brocantes sonores.

Pastille radiophonique.

 

Publicités