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Moondog revient dans les vagues

Une plaquette séduisante consacrée à Louis Thomas Hardin (1016) alias Moondog. Pas une bio qui cherche à en imposer. Plus ou moins 40 petites pages. Le texte est espacé, aéré. Toutes les années de la vie de Moondog sont égrenées. Elles sont toutes importantes, pas comme dans les biographies officielles où l’on peut passer des « années creuses ». C’est qu’avec ce genre d’artistes, qui se forme à partir de tout et n’importe quoi, l’écoulement du temps se change déjà en quelque chose d’autre. « 1928 Choses éloignées, bien que proches ». Voici une année bien remplie. C’est une élégante stèle en papier fin qui rend hommage à l’oeuvre d’un musicien hors catégorie, légère et dense, fluide et insaisissable. L’objet et l’écriture, le style et la typographie ont une consistance magique. Lapidaire, la biographie mêle faits réels, anecdotes légendaires, humblement et sans pathos elle assemble des bribes de l’aura extraordinaire qui entoure Moondog.  Peut-être une figure essentielle de ce qu’est un musicien dans le monde? Moondog, c’est ce musicien inclassable, primitif et raffiné, populaire et savant, avant-gardiste et simple mélodiste. Musicien et poète installé dans la rue. « 1932. Louis T. Hardin traîne près des ballasts, rencontre des hobos, se fabrique des flûtes d’une après-midi. Il glane des bricoles laissées à l’abandon sur un terrain vague, près d’une voie ferrée. Il met la main sur une amorce de dynamite. Qui explose. » Moondog est aveugle. Et proche de la culture indienne. C’est un mythe auprès d’un public averti, un créateur vénéré par d’innombrables grands noms (du classique au blues en passant par le jazz). Sa musique contient des perles d’une simplicité populaire dans le bon sens du terme. Pourquoi n’est-il pas connu du grand public? Mystère. « Glass et Reich le considèrent comme le père du minimalisme. Moondog refuse cette paternité. » Le texte de Pierre Hill se lit comme un poème traçant les contours d’un être imaginaire, trop idéal, trop proche de l’essence musicale de la poésie pour être vrai. Pourtant il a bien existé et laisse une discographie abondante, diversifiée, un univers à explorer stimulant autant le rapport théorique aux sons et aux rythmes que les expériences émotionnelle inédites. (Pierre Hill, « Moondog Légende », Editions de l’Attente, Collection SPOOM)

 

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