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Pourquoi Google ne peut se substituer aux médiathèques bibliothèques

L’inquiétude sociale et les médiathèques comme source de consistance et persistance. – Le potentiel des technologies ouvre des voies d’accès toujours plus intimes au cerveau et au devenir des corps, par des savoir-faire qui en complémentent ou en dérivent de plus en plus les facultés, les ramifient vers des libérations ou des aliénations, vers des possibles ou des impossibles lumineux ou obscurs. Cet état des choses alimente de très nombreuses productions intellectuelles, critiques ou non, essayistes ou littéraires (et détermine le climat dans lequel émerge de nouvelles tentatives de populisme comme seules répliques à ce débordement de l’humain par ce qu’il engendre). Il y a, dans toutes ces interrogations qui s’enchevêtrent et qui ont trait partiellement aux dimensions mémorielles des connaissances, des indices clairs que le rôle ancien des bibliothèques et médiathèques est dépassé mais aussi beaucoup de perspectives sans réponse qui justifient de repenser leur rôle et leur utilité sociale. Elles ont incontestablement certaines qualités qui les destinent à se placer au cœur des relations que la chose  publique doit tisser avec la mémoire et les connaissances,   dans un souci de consistance et persistance collective. (Difficile de penser ce genre de chose dans un pays dont la classe politique assène à toute la population d’un pays la violence de son incapacité à gouverner.) Ce sont des institutions utiles à tout système se préoccupant de la circulation du sens critique en régime démocratie, un appareillage qui peut certes tomber dans l’obsolescence, ce qui gâcherait l’énorme investissement qui a été fait dans leur passé/présent, en termes d’argent public mais aussi de contributions des citoyens (les bibliothèques médiathèques existent par le passage des lecteurs et auditeurs) et du travail de son personnel pour donner une âme à ces lieux de connaissance. – La tentation populiste, comment en sortir ? – Dans le cadre d’une interrogation sur le populisme (est-il ou non exalté aujourd’hui ? y a-t-il des risques ?), Libération publiait le 5 janvier un texte de Bernard Stiegler, Les médias analogiques ont engendré un nouveau populisme. Le philosophe rappelle l’importance de l’éducation comme soutien de la démocratie, non pas parce qu’une classe éduquée défendrait mieux l’organisation démocratique mais parce que l’éducation développe le sens critique et qu’il n’y a pas de démocratie si son organisation ne s’endurcit pas sous les feux d’une critique constructive : « Sans ce dispositif éducatif vigoureux, la démocratie réelle devient formelle, se discrédite et se ruine de l’intérieur. » Une dizaine de jours en amont, le même journal publiait des informations révoltantes sur la future diminution du personnel enseignant dans les écoles françaises. Et il n’y a pas de raison que d’autres pays, en recherche d’économie, ne suivent pas la même tendance. Ce qui donne une idée du côté chimérique des efforts que nous investissons dans la philosophie. Un tel désengagement politique public de l’éducation (malgré les déclarations de bonnes intentions) est rendu possible parce que le marché et le « populisme des médias analogiques » se substituent de plus en plus à l’enseignement, à l’éducation, à la culture, à l’autorité et autres institutions prescriptives. Les pouvoirs publics ne luttent plus, ils sont dans la « soumission au court-termisme orchestré par le marketing ». Les bibliothèques, les médiathèques, les musées, en bénéficiant de subventions publiques assorties d’injonctions qui les somment de concrétiser une politique culturelle publique assujettie au court-termisme ambiant (répondre à la demande, obtenir des résultats rapides, remplir les salles, nombre de visites à la hausse sans indicateur qualitatif), doivent organiser, dans les marges de manœuvre qui leur restent, des actions, des stratégies qui puissent freiner la dictature du court terme, en retardent la progression. Cela rejoint ce que je disais déjà de ces espaces où l’on peut réellement se cultiver en les caractérisant comme oasis de décélération, faisant le lien avec le sociologue H. Rosa. Qu’il s’agisse de musiques, de cinéma, de peintures, de littératures, l’important est d’encourager l’apprentissage de la lecture, du temps de la lecture et, par la même occasion, le temps de l’interprétation, qui implique de se libérer de la synchronisation absolue avec l’air du temps. L’alphabétisation culturelle pourrait se résumer à apprendre à perdre du temps. La synchronisation forcée empêche de percevoir, recevoir, démonter, remonter, penser, flâner, il faut coller de suite, être en adéquation aveugle. – Édouard Glissant et l’importance de la lecture : « Dans notre fréquentation de plus en plus accélérée de la diversité du monde, nous avons besoin de haltes, de temps de méditation, où nous sortons du flot des informations qui nous sont fournies, pour commencer à mettre de l’ordre dans nos hasards. Le livre est un de ces moments. Après les premiers temps d’excitation, d’appétit boulimique pour les nouveaux moyens de la connaissance que nous offrent les technologies informatiques, un équilibre est souhaitable et que la lecture retrouve sa fonction de stabilisateur et de régulateur de nos désirs, de nos aspirations, de nos rêves. » (Traité du Tout-Monde. Poétique IV) Et ce partage entre livre et numérique est de plus en plus béant. Si le numérique avec ses « réseaux sociaux » devient une entité qui surdimensionne ce que les médias analogiques avaient amorcé, il ouvre aussi des possibilités de réplique, de contre-pouvoirs, de naissance d’un nouvel esprit critique à quoi peuvent contribuer modestement médiathèques et bibliothèques (si elles évoluent et trouvent des terrains d’entente avec les autres institutions culturelles plus événementielles) comme lieu autant physique que virtuel où l’intergénérationnel peut renouer des contacts culturels innovants. « Quant aux natifs de l’analogique, baby boomers vieillissants du XXIe siècle qui ne sont plus des natifs de la lettre et de l’imprimé depuis belle lurette, devenus acritiques devant la transformation des choses publiques par les publicistes, ils peuvent et doivent compter avec la new generation qui, rejetant le consumérisme en s’appropriant le dispositif de publication numérique, a besoin d’eux dans son cheminement vers une nouvelle critique de la démocratie et de l’économie politique. » (Bernard Stiegler). Un fameux défi qui concerne la place des bibliothèques et médiathèques. Ce que confirment les réflexions de Robert Darnton… – L’usage public de la mémoire, des connaissances doit être régulé par les bibliothèques et médiathèques. – Dans Le Monde des livres de ce vendredi 7 janvier 2011 est recensé un livre qui semble autant fascinant que repoussant, Total Recall de Gordon Bell et Jim Gemmel (Flammarion). D’après ce qu’on peut lire dans l’article, de manière totalement naïve, presque kitsch, les deux auteurs se livrent au « prosélytisme technologique ». Cela semble être une exaltation très premier degré de la possibilité de transférer complètement sa mémoire sur des documents numériques (images, sons enregistrés), c’est le fantasme de la « mémoire totale » qui n’oublie rien, chacun entouré de ses appendices organisés en bibliothèque et médiathèque de soi-même, chacun devenant «le bibliothécaire, l’archiviste, le cartographe et le conservateur de sa propre vie ». L’auteur de l’article, Jean-Louis Jeannelle, rappelle judicieusement une nouvelle de Borges, Funes ou la mémoire, dont les déploiements ruinent tout l’optimisme simplet des technoïdes, la mémoire complète est une malédiction, une plaie, une paralysie. La mémoire est créative d’oublier, de perdre des morceaux, de devoir chercher, fouiller, trouver, trier, essayer, recoller des morceaux, reconstituer un point de vue cohérent avec des bribes, des sons, des textes, des images, des fantômes qui exigent qu’on leur coure après. Enfin, à lire cet article, on se dit que l’auteur principal de Total Recall, Gordon Bel, avance avec un niveau de réflexion excessivement bas, dangereux. Sa motivation principale est « de se débarrasser complètement du papier » ! Une sorte de challenge dont l’absurdité a le mérite de mieux faire connaître l’ennemi et de ne pas endormir le questionnement sur les supports de mémoire et de connaissance. (Le Monde du 24 octobre 2009 consacrait une page complète à Emmanuel Hoog, PDG de l’Institut national de l’audiovisuel (France), et qui plaidait pour la « mise en œuvre d’une politique de la mémoire face à ce qu’il nomme une « inflation mémorielle » incarnée par Internet : « trop de mémoire tue l’histoire ». (Mémoire année zéro, Seuil)). Preuve que le sujet tracasse, le supplément Livres de Libération de ce jeudi 6 janvier présente, lui, le recueil d’articles (sur dix ans) de l’historien américain Robert Darnton, Apologie du livre. Demain aujourd’hui, hier (Gallimard). Contrairement à Total Recall reposant sur un parti pris idéologique, unilatéral, cette Apologie est un livre scientifique qui examine le pour et le contre, qui ne choisit pas de camp, évite les logiques de face-à-face, recherche l’intelligence de la complémentarité par souci de l’avenir de l’humanité. Robert Darnton est « à la fois spécialiste de la circulation de l’imprimé au siècle des Lumières, âge d’or de la diffusion du savoir, et responsable d’une des plus grandes bibliothèques au monde confrontée à la numérisation de masse de ses collections par Google. » Il n’est pas inutile de rappeler, pour éviter de caler devant les remarques de ceux qui prétendent que « oh, ça a toujours été ainsi », l’accélération foudroyante des techniques qui conditionnent de près ou de loin l’exercice de l’émotion et de l’intellect : « 4.300 ans de l’écriture au codex, 1150 ans du codex au caractère mobile, 524 ans du caractère mobile à l’Internet, 17 ans de l’Internet aux moteurs de recherche, 7 ans de ces moteurs aux algorithmes de Google. » Et de son travail en bibliothèque, aux convergences entre ses recherches et les collaborations avec Google, l’auteur tire tout de même l’une ou l’autre certitude : « les bibliothèques lui paraissent plus nécessaires que jamais pour préserver le patrimoine écrit », ne serait-ce que du fait de « l’obsolescence des médias électroniques », le « papier reste encore le meilleur moyen de conservation » (ce que n’a pas capté l’auteur de Total Recall). Mais surtout, « il vaudrait mieux développer les acquisitions de nos bibliothèques de recherche que de nous fier à Google pour conserver les livres à venir pour les générations à venir » parce que, rapporte Frédérique Roussel dans son article, « il est dangereux de confier le patrimoine écrit à des intérêts commerciaux ». Ce qu’a pu mesurer Robert Darnton est bien la différence de philosophie profonde, entre la bibliothèque et sa vocation d’une part et Google et ses intérêts d’autre part, dans la manière de traiter le patrimoine. « Plus j’apprenais à connaître Google et plus cette société m’apparaissait comme un monopole décidé  conquérir des marchés plutôt qu’un allié naturel des bibliothèques… ». « Le savoir imprimé n’est-il qu’affaire de marché ? ». Voilà de quoi méditer ! Surtout, il faudrait de toute urgence – même si là, une grande partie des dégâts soit irréparable -, transposer la réflexion à la musique enregistrée. Là, le gâchis est déjà énorme parce que la musique enregistrée n’étant pas considérée comme outil de savoir, on a laissé les intérêts commerciaux conduire le massacre comme ils l’entendaient. Il faut néanmoins entreprendre de réparer, soigner, et confier ça aux médiathèques, et c’est par elle que petit à petit doit se construire le « libre accès à l’héritage culturel » que réclame l’historien américain pour le livre. (Revenir sur ce dispositif européen qui interdit la transposition de la notion de prêt public dans l’environnement numérique). (PH)

 

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Ulysse et les hikikomoris

Enrique Vila-Matas, « Dublinesca », Christian Bourgois, 341 pages, 2010

C’est l’histoire d’un éditeur indépendant et exigeant, Samuel Riba, qui entend célébrer la fin de l’ère Gutenberg condamné à la disparition par le règne du numérique. J’étais curieux de voir comment la littérature pouvait traiter, elle-même, dans le texte, ce thème qui la touche on ne peut plus près. Mais ce n’est, dans ce roman, qu’un contexte, un horizon sur lequel se profile le destin de l’éditeur dont la faillite est conditionnée autant par des facteurs personnels (mauvaise gestion, alcoolisme, fatigue de poursuivre le génie) que par ce que l’on appelle le changement des pratiques de lecture. – Catalogue et rupture– Samuel Riba est en train d’abandonner son métier d’éditeur et une bonne partie du roman remue les états d’âme, examine ce que cela laisse comme trace, comment on s’extirpe de cette passion idéale. Beaucoup de souvenirs d’écrivains côtoyés, relations personnelles, évocation de textes. Mise au clair de ce qu’était sa passion : « Maintenant qu’il se sent plus vieux, il se souvient de son ancien enthousiasme, de son inquiétude littéraire initiale, du temps infini consacré au dangereux et si souvent ruineux commerce de l’édition. Il a renoncé à sa jeunesse pour constituer un catalogue imparfait. » Et maintenant que quiconque s’intéresse à l’avenir de la littérature peut dégoter des articles déclarant « la disparition prochaine des auteurs littéraires », il sait mieux que jamais dans quel camp il est et ne renonce pas à ces rêves : « Au fond, c’est la santé qui, avant tout, l’a fait renoncer à l’édition, mais il lui semble que le veau d’or du roman gothique qui a forgé la stupide légende du lecteur passif y est pour quelque chose. Il rêve d’un temps où la magie du best-seller cédera en s’éteignant la place à la réapparition du lecteur talentueux et où le contrat moral entre auteur et le public se posera en d’autres termes. »  Le vrai point de rupture se produit lors d’un déplacement à Lyon où il restera enfermé dans sa chambre pour élaborer une théorie littéraire sur ce que doit être un vrai roman, élaboration qui se révèle n’avoir pour objectif principal que de liquider toute théorie, tout contenu théorique. Ce qui lui apporte la conviction « que ce qu’il y a de mieux au monde, c’est de voyager et de perdre des théories, de les perdre toutes. » – Entre papier et numérique – Vila-Matas n’a pas voulu dresser le portrait d’un personnage dépassé par le numérique, largué par la technologie et les nouvelles générations, forcément incapable de comprendre comment continuer à exercer son métier en état de « dématérialisation ». Non, Samuel Ribas, est carrément avalé par le numérique au point de vivre comme un véritable hikikomori, ces « autistes accrocs d’informatique, de jeunes Japonais qui, pour fuir la pression sociale extérieure, réagissent par un retrait radical. En fait, le mot japonais hikikomori signifie isolement. Ils s’enferment très longtemps dans la maison de leurs parents, en général des années. Ils se sentent tristes et n’ont pas d’amis, la plupart dorment ou restent couchés toute la journée, ils regardent la télévision ou se concentrent sur l’ordinateur la nuit. » Samuel Riba a remplacé l’alcoolisme intensif, lui-même pratiqué pour supporter les affres de cette étrange quête du génie littéraire, par la posture de l’hikikomori. (Alcool ou ordinateur, sa femme ne supporte pas ces manières de se dérober, de substituer des drogues au devoir de croire en quelque chose alors qu’elle-même glisse vers le bouddhisme.) C’est une figure bien sentie, mais peut-être mal exploitée, du littéraire attiré, fasciné par le poison qui détruit la passion qui l’habite. Car le numérique et l’ordinateur ouvrent sur des univers d’individuation par écritures, incarnent d’une certaine façon une relation très rapprochée, organique, à la création et ingestion d’écritures. Mais ce sont aussi des techniques capables de détériorer significativement, au niveau d’une société, les compétences de lectures, la capacité à maintenir en vie les textes de la littérature. Préparant un voyage à Dublin à partir des textes de Joyce, avec quelques amis écrivains, où il entend organiser, durant le Bloomsday, l’enterrement symbolique du vieux livre et de la vieille imprimerie, il cherche et fouille aussi bien dans sa bibliothèque que sur Google, « il navigue sans arrêt entre deux eaux, entre le monde des livres et celui de la Toile ». Son addiction à l’ordinateur et Internet rencontre son univers intérieur faits des livres lus : « Un hikikomori négligeant l’écran qui pénétrerait par un chemin intérieur, se promenant dans ses souvenirs, dont ceux de ses anciennes lectures d’Ulysse. » Un écran peut en cacher un autre. Il ira à Dublin pour changer, faire un saut vers la littérature anglaise et rompre avec les lettres françaises dont il s’est trop imprégné, essentiellement pour, par immersion dans l’étranger, espérer retrouver l’euphorie de premières lectures. « Pour lui, l’idéal, c’est de se rapprocher de nouveau vers l’étranger parce que ce n’est qu’ainsi qu’il pourra s’approcher du centre du monde qu’il recherche. Un centre sentimental dans la ligne du voyageur d’un livre de Laurence Sterne. Il a besoin d’être un voyageur sentimental, d’aller dans des pays de langue anglaise où il pourra recouvrer l’étonnement devant les choses. » – Bibine et fantômes – Un peu comme si le thème central ne se laissait pas saisir et mettre dans un roman – évidemment -, il y a une certaine accumulation de détails pour donner de l’épaisseur et de la complexité au personnage. Parfois un peu lourds. Des indications numérologiques, des apparitions d’individus singuliers qu’il est le seul à voir, des chansons qui passent à la radio en harmonie avec ses émotions ou raniment des souvenirs, l carrousel des citations d’auteurs qui ont compté pour lui, la pluie qui ne cesse de tomber anormalement à Barcelone comme à Londres et, bien entendu, le rêve prémonitoire qui ne se lasse pas de répéter qu’il va vraiment se passer quelque chose d’ultime lors du voyage de la « dernière chance » à Dublin. Tous ces éléments sont eux-mêmes traités artistiquement par une amie de l’éditeur dont une œuvre est en train d’être installée à la Tate Gallery, construite autour « d’une culture apocalyptique de la citation littéraire, une culture de fin de piste et, en définitive, de fin du monde. Dans son installation pour la salle des turbines, elle veut se situer dans le sillage de Godard et de sa relation dynamique avec les citations et placer le visiteur dans un Londres de 2058 où il pleut sans arrêt, cruellement, depuis des années. » Il y a, néanmoins, de beaux passages sur la découverte du paysage dublinois, des évocations non renversantes mais justes du monde joycien. Et, comme l’indique bien la quatrième de couverture, la rencontre avec le paysage dublinois fonctionne comme une bascule « d’une épiphanie (Joyce) à l’aphasie (Beckett) ». Et c’est tout son paysage mental qui change et sombre dans l’innommable littéraire, cette connivence insoutenable avec le génie cherché, jamais rencontré et qui seul pourrait justifier son existence. Il noue une relation avec des personnages de bars sortis des romans de Beckett, son délire gagne du terrain à la faveur d’une replongée dans le whisky et lors d’un enterrement, il voit apparaître, silhouette déjà entraperçue lors de Bloomsday, le fantôme de l’écrivain : « … il voit tout à coup le jeune Beckett juste derrière ses deux sœurs affligées. Ils échangent des regards et la surprise semble présente des deux côtés. Le jeune homme porte le même macintosh que l’autre soir, mais plus raide. Il ressemble à un penseur fatigué et il a cet air incomparable de ceux qui vivent dans l’obstrué, le précaire, l’inerte, l’incertain, le terrifié, le terrifiant, l’inhospitalier, l’inconsolable. » Ainsi, grâce au « tissu fané qui permet parfois aux vivants de voir les morts et aux morts de voir les vivants, les survivants », Samuel Riba sait que les auteurs littéraires ne sont pas en voie de disparition : « la réapparition de l’auteur continue à l’enthousiasmer ».  (PH)