Archives de Tag: La Sélec en soirée

Les bonnes ondes de La Sélec

En soirée. – La Sélec 14 croise la célébration des trente ans de radios libres en Belgique, au sein de l’événement Radio Activities centré en grande partie au cinéma Nova. C’est là que le magazine de la Médiathèque dévoilait son 14ème look radiophonique (création de Mr&Mme) et sa table des matières en clin d’œil à la libération des ondes, samedi 11 décembre, en même temps que la Compagnie des Castors et l’Atelier de création sonore et radiophonique présentaient « Le Reflex du Cyclope », une fiction radiophonique en « live ». C’était une manière de rappeler à quel point la radio a été, historiquement, un lieu de créations stimulantes pour l’évolution des langages sonores (rencontre du théâtre, de la musique, du bruitage, du montage sonore, du field recording) et pour l’imaginaire des auditeurs (un paradis souvent perdu !). Voici un extrait du texte du flyer : « L’utilisation des voix, de leurs différents plans sonores, des ambiances, des sons seuls, de la musique, rappelle les dramatiques radio des années 1960 et 1970. Il s’agit de réussir à jouer en direct des effets habituellement réalisés au montage : cuts, montage alterné, fondus, voix de la pensée en proximité, voix réelles en plan large, voix off du narrateur, arrivée de la musique, montage en créneau pour que les voix ne soient pas « mangées » par les sons, etc. » – Des ondes et des mondes. – La salle comble est plongée dans l’obscurité et la scène est crépusculaire (nocturne ou auroral ?). Aucun recours au spectaculaire scénique, il faut écouter et imaginer. Le texte est fluide, voire fuyant, fonctionnant en métaphores et images loufoques s’emboîtant comme des poupées russes, il passe comme une eau vive dont on ne retient que des bribes, des reflets, des traînées de boues, des éclats de nacre. Mais son courant est enveloppant et, si on se prend à rêver d’autre chose, à ressasser d’autres pensées ou de se représenter d’autres rivages, en revenant ensuite dans la narration radiophonique, on se demande si ce n’était pas, somme toute, le corps même du texte qui nous préoccupait, nous dirigeait dans son jeu souple d’algues. Il est beaucoup question de poissons, d’écailles, de branchies comme lieux de passages, rideaux de scènes (ceux de David Lynch) que l’on traverse pour passer de monde en monde, de cercle en cercle, d’enfer en enfer ou de paradis en paradis, ce qui évoque des structures textuelles « classiques » (le plus célèbre étant Dante !), et des agglomérats d’images délirants (pour notre perception) à la Jérôme Bosch (en soft).  Il est difficile de détecter une tendance négative ou positive, ça semble neutre, même si, au final, il s’agit de rencontrer des monstres, mais pour les photographier. L’appareil photo (Reflex du Cyclope) étant un talisman qui, comme dans les rêves, permet de plonger au cœur des aventures, des turpitudes, sans en être vraiment altéré. Tout est donné comme immédiat mais une distance est conservée. Inquiétante étrangeté. Troublante féérie. Le tissu sonore est prenant, la ponctuation et respiration de l’ensemble sont agréables, bien réalisées, la musique pas spécialement originale mais fonctionne bien et, dans l’ensemble, ça fait divaguer. Bien entendu, la dimension nébuleuse du texte s’estompe en grande partie si l’on intègre bien la référence au travail photographique de Diane Arbus et si on a en tête certaines de ses réalisations. Il faut toujours préparer sa présence à un spectacle! (Avec Christophe Rault, Carl Roosens, Zoft, Laurence Katina, Mélanie Lamon)  – La Sélec 14, aperçu du sommaire. – Puisant dans ses collections, la Médiathèque apporte quelques profondeurs historiques sur l’histoire de la radio : des éditions d’archives,  la radio comme accessoire mythologique (Orphée de Cocteau), la radio comme personnage de cinéma (Trois cris radiophoniques dans la nuit, Carpenter, Hooper, Eastwood), la radio comme instrument de musique (de Kraftwerk à Keith Rowe) et, la radio comme outil de témoignage avec le portrait Yann Paranthoën et son Nagra. Pour le reste, La Sélec met en avant un moment fort de bascule jazz (Bitches Brew, 1970, Miles Davis, remastérisé, réédité), développe un point de vue sur des artistes qui valent mieux que leur médiatisation (Julia Fischer et les Caprices de Paganini, Aloe Blacc et son Good Things), annonce fièrement l’arrivée dans les collections de la médiathèque du cinéma de Brillante Mendoza, s’emballe pour les nouveaux album de Sam Prekop et Oval et le regard exceptionnel de Frederick Wiseman pour le Corps de ballet de l’opéra de Paris…-  La Sélec, le poster. – Le poster représente une sorte de rêve, un lieu enchanté, une vision colorée du meilleur monde possible, un ensemble urbain faussement désordonné conservant des airs de village où tout le monde se connaît. Du moins, tout le monde y est en interconnexion via les ondes créatives de la radio, des ondes qui rendent curieuses et donnent envie de capter les voix et les sons d’autres mondes, de les partager, des les renvoyer. Une idylle où la circulation immatérielle des biens culturels et associatifs n’entraînent pas d’enfermement et d’isolement : les œuvres se manifestent, entrent de plein pied dans la vie de tous les jours, tissent des liens entre les maisons, entre les gens et donnent envie de sortir aussi de la ville, d’aller voir ailleurs, puis d’y rentrer, l’inspiration et la respiration décloisonne les univers, les sons et les images. Une ville appropriée, gagnée par la diversité de ses habitants. Au moment où l’artiste fixe son dessin, c’est La Sélec qui se diffuse dans cette organologie urbaine, mais sans rien d’autoritaire, on sent que c’est un instant, après il y aura autre chose, mais c’est absorbé, digéré, ça restera, dans les dispositions de chacun à entretenir la couleur, la recevoir et la restituer. Dans les ondes positives de l’individuation psychique collective idéale, dans l’utopie de la radio libre. Une création signée Gwénola Carrère. (PH) – Reflex du Cyclope Radio ActivitiesCinéma NovaPrésentation du spectacle par Ph. Delvosalle. –  Article sur « la Danse » de F. Wiseman. Diane Arbus

Publicités

Humpty Dumpty & La Sélec à L’Eden

Le poster. C’est Daniel Daniel qui a réalisé le poster de La Sélec N°9. Il a reçu des colis de CD et DVD contenant toutes les musiques et tous les films sur lesquels les rédacteurs étaient en train de plancher. En déballant ces paquets, sons et images se sont envolés dans son intérieur comme autant de bestioles étranges, inattendues, intempestives, ne restant pas en place… (« La Sélec, disait un journaliste dans l’émission « Le monde est un village,, ça tire dans tous les sens ».) Pour les rattraper, éviter qu’elles prolifèrent librement partout ou, plus embêtant, qu’elles se cassent ailleurs, il fallait s’en emparer, par l’oreille, les yeux, les sens. Il les a poursuivies comme l’on fait pour une chasse aux papillons, image peut-être brutale (sauf à penser cette chasse à la manière de Georges Brassens) mais la collection d’insectes a constitué une méthode utile pour découvrir, connaître le vivant. Il a usé de cette méthode pour identifier chaque musique et chaque film, en capter une image qui la représente au mieux, et les ranger épinglées dans une boîte entomologique en tentant une classification. Voilà une belle méthode, entre artisanat et science du vivant, pour organiser un déboulé déroutant de contenus culturels qui ne tiennent pas en place. Il faut en fixer une idée, risquer une première taxinomie. On fait tous plus ou moins pareil, en rattachant ce que l’on reçoit de nouveau à ce que l’on connaît déjà un peu, en cherchant des familles, en esquissant une collection… La soirée. La Sélec en soirée s’associait à une soirée consacrée au label Humpty Dumpty à l’Eden (Charleroi). En ouverture, le trio K-Branding. Ce sont des segments sonores sans réel début ni fin. Ça surgit ici et ça s’esquive là-bas. Mais « avant » et « après », « en-dessous » et « au-dessus », ont autant d’importance, ça sonne dans ce que les musiciens jouent au présent, c’est dans le volume (la spatialisation). Les différents segments ne se suivent pas comme une suite de morceaux. Ils se superposent, s’imbriquent. Il y a une trame, une construction, une intention formalisée, rigoureuse et projetée. Mais la musique se constitue de l’énergie qui fait tenir ensemble les parties assemblées. De l’énergie pure organisée – ritualisée –  par le saxophone, le guitariste, le batteur. J’ai vu/entendu dans le genre des assauts plus puissants (God, Chamaeleo Vulgaris…), mais ça fait du bien de voir un jeune groupe aller dans cette voie, jouer cette liberté, sans carcan, sans début ni fin. (Lire texte de Yannick Hustache). Carl enchaînait et, en même temps qu’il réglait le son, son monde de cartons, colorés, décolorés, carnaval permanent fatigué, envahissait la scène. Le set démarre sec, montant vite en régime dans une rudesse secouée que l’on ne peut totalement prévoir à l’écoute du CD. Ni slam, ni rap, ni chanson à texte, Carl déballe ses textes dans les écarts énergétiques entre ces différents manière de dire et chanter, s’en inspire mais file dans une direction personnelle. La plupart des textes sont ceux du CD, on les reconnaît, la diction permet de les comprendre, de suivre le flow articulé d’images et de sens, et pourtant tout semble surgir à l’instant, s’écrire à l’instant sur scène, il les recrache selon une spontanéité vibrante, accroc. Violon, trompette, électro, la conception est fine, intelligente, mais la manière de jouer est heurtée, appuyée, rentre dedans, un peu crade, crapuleuse, avec présence décalée. Ils jouent à crin et à cran. Les mots catapultent le privé et le public, l’intime et le familier, la recherche de tangentes dans un monde où tant de forces – télévision, médias, Internet, l’air qu’on respire – nous disent ce qu’il faut être, comment rêver et comment jouir, où tant de vacuités envahissent nos désirs et pensées. Carl rejoue en sueur et sang l’actualité du superficiel et du fond, de l’apparence et de l’essentiel, à couteaux tirés. Un superbe chaos fluide, cru et speed, alternant crash et évasion mirifique, une respiration. Laissant derrière elle un massacre d’envahisseurs ternes et tenaces – le tondeur de pelouse, le toutou colporteur – , qui se relèvent aussitôt et contaminent tout ce qu’ils touchent, s’installent dans le mental. D’où la dureté du flux et des balancements de la techno garagiste, du bon cambouis sonore, pour décrocher les tiques de la modernité marchande (tout autant les tics et les TOC). (Lire chronique du CD) Une belle soirée dont je n’ai vu qu’une partie… (PH) – Le sommaire de La Sélec 9Label Humpty Dumpty, interview L’Eden


La Sélec en soirée au Schip

Patton, « hellénique chevaleresque récital », au Schip, le 20 février 09, La Sélec en Soirée.

 schip

C’est au Schip, salon de musique Matamore, que La Sélec 3 avait choisi de fêter sa sortie… Voir apparaître et commencer la diffusion d’un nouveau N° d’une revue que l’on aime, que l’on fait avec amour est aussi magique que de voir s’installer, dans la maison, tous les éléments d’un concert. Dans une belle continuité entre lieu de vie et lieu d’art. Cela évoque les préparatifs de toute fête domestique où l’on réunit les éléments pour, quelque part, charmer, laisser le souvenir d’un moment inoubliable. Nervosité bon enfant, trac, tension qui prélude à l’esprit des fêtes. L’agencement quotidien du lieu se bouleverse petit à petit pour se muer en espace festif, ici, autour d’un espace scénique où se produiront les musiciens, d’où jaillira la musique. Délimité par la guirlande. Un premier concert était assuré par le duo français (en anglais) de Thousand & Bramier (déjà deux albums). Belle variation intelligente et sensible sur l’héritage folk opérant par climats subjectifs, état d’âmes ralentis ou accélérés, jeu subtilement référentiel… Ensuite, Patton, duo belge, présentait son nouvel album tout chaud qui fera l’objet d’une présentation soutenue dans La Sélec 4. Ça démarre avec un engagement très physique pourtant marqué par une retenue, comme une volonté de prendre de la hauteur tout en restant « plongé dedans », pour s’assurer d’un point de vue original sur la géographie musicale complexe, mélangée, entrecroisée de multiples influences, qui les inspire, qui fait couler la musique dans leurs veines. (Ce qui doit leur valoir quelques fois, probablement, une réputation d’intellos.) Mais c’est avant tout, une manière de questionner avec des couleurs franches, primaires, et avec des formes très plastiques, un matériau musical proche de la balade, du folk, pour esquisser d’autres fils narratifs, glisser vers d’autres fictions. Narrations faussement aléatoires. En travaillant par couches successives lacérées ensuite comme ces placards d’affiches et jouant sur les parties qui font sens suggestifs. La guitare casse les phrases et les rythmes, les détourne, s’exerce à différentes coupes, franches et nettes, hésitantes et baveuses, obliques, dans le sens de la longueur, mates ou pleines d’échos, implosives ou explosives, cul-de-sac ou carrefour de plusieurs pistes. Elle construit des paravents bruts ou raffinés, de sons plaqués ou perlés, derrière lesquelles se laisse percevoir, par allusions, le déshabillage de chants très anciens, des gestes, des frises de rengaines presque effacées. Divers relents de danses traditionnelles comme prises au polaroïd et aux couleurs passées. La batterie est puissante, bavarde et tentaculaire, elle propulse des arythmies galopantes et hallucinées, habitées de légendes, elle défonce, elle détrempe, elle sculpte, elle grave les images sonores d’une dramaturgie enfouie, à même des échantillons de décors sonores fugaces. Que chaque pulsion tente d’exhumer dans un sens de l’épique décalé, dispersé, cimetière d’indices d’un grand récit dont ne surnage que des bribes, des bouts de rengaines qui chantent, en transit, dépaysés, devenus étrangers à toute mélodie, errant dans une structure musicale déstructurée… Une option musicale pas facile, exigeante et courageuse, transmise avec une tension, un engagement et une ferveur qui en imposaient. Chapeau. Pour Matamore, Patton, Thousand & Bramier, et la Sélec (mixages de Philippe et Benoît), le salon de musique était rempli, chaleureux et attentif. Une belle soirée. Restez attentifs et venez nous rejoindre à la prochaine soirée La Sélec… (PH) – Ecoutez la compile de la Sélec 3Discographie de paTTon en prêt public. 

schip2schip3schip4schip5schip6schip7schip8schip9schip10pattonpatton2schip11schip12