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Gare centrale, marchands du temple…

Il y a longtemps, je sortais de la Gare Centrale par cette sortie vers la Grande-Place, aux allures désuètes, comme de vastes hangars délaissés, avec le charme du long plan incliné, courbe, le long d’une immense salle aux colonnes imposantes. Puis tout a été fermé, condamné, comme une caverne ensevelie, sous éboulements. Elle est ouverte de nouveau, profitant de la restauration générale de la gare Centrale, bâtiment Horta (les parties les plus sensibles pour les usagers sont toujours en chantier, sinistres). Je redécouvre avec surprise les escalators d’époque, en bois et ce majestueux plan incliné enlaçant cette gigantesque salle. Je les avais oubliés. La caverne est restaurée. Et arrangée. Si dans le souvenir tout est gris et terne, malgré un potentiel de brillance inéluctable, cette fois, ça y est, tout respire le frais, tout est flambant neuf. Les composantes « Horta » sont bien en valeur associés à de nouveaux éléments modernes, notamment un mur de lumières mouvantes. Flashy, amusant, ça se discute…? Pour ma part, avant même d’examiner s’il est judicieux de juxtaposer des arlequinades électro-lumineuses et du design Horta (mais pourquoi pas, ça fait remix), j’éprouvais une étrange jubilation de « sentir » un lieu qui, jusque dans ma cartographie mentale bruxelloise était muré, interdit, et tout d’un coup de nouveau accessible. Et l’effet de ce passage ouvert à nouveau, fonctionnel (permettant le passage de souvenirs, d’images anciennes se connectant à de nouvelles) créait comme la restitution d’une fonction endormie, d’une infime parcelle de mémoire engourdie… comme la restitution d’un bien (même de l’ordre du micro, ça fait du bien). Il reste que cet étalage tape-à-l’oeil est censé introduire aussi à de nouvelles galeries marchandes qu’il est de plus en plus courant de greffer sur le flot de navetteurs. La gare est aussi ce lieu de compression entre l’espace public, professionnel et privé, où l’on court, où l’on est malmené par le temps, bousculé dans un rythme de vie dépersonnalisant, où l’on ressent avec angoisse le manque d’une foule de choses dont celles-ci: du temps pour soi, la considération. Lieu de passages forcés, soumis aux aléas des chemins de fer (changement de voie, retards, trains supprimés, au quotidien), goulot où s’entassent les frustrations: l’endroit idéal pour exploiter le besoin de compensations, chocolats, bonbons, bibelots, parfums, compensations consuméristes rapides. Cet espace autour des fonctions fonctionnelles de la gare aurait pu être pensé de façon complètement différente: en ouvrant de nouveaux services tournés vers la qualité de vie, en confiant cet environnement ferroviaire aux bibliothèques, médiathèques, par exemple, qui y présenteraient, sous forme de concepts-services à inventer, de nouveaux « produits » pour exploiter au mieux le temps de transit entre boulot et dodo… « Ma ville est le plus beau lunapark« , c’est pas ce que chantait Fabulous Trobadors!

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