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La Sélec en juin

La Sélec en soirée # 5, le samedi 13 juin, Les Ateliers Claus, Bruxelles.

 

atelieratelier2atelier3La Sélec N°5 se dévoilait le 13 juin, lors d’une soirée musicale aux Ateliers Claus. Un numéro très coloré… Parfois le ciel, au soleil couchant, a de ces dégradés superbes avant de sembler inquiétants comme s’ils étaient le résultat d’une vaste anomalie, d’une maladie cosmique… Ce nouveau numéro n’hésite pas à tirer sur le fil reliant festif et explosif : avec du jazz et du rock en recherche de nouvelles libertés excessives, avec un fil rouge consacré aux « one man band », ces drôles de musiciens qui se mettent en danger dans leur exercice musical… Le poster. C’est l’artiste Jean-François Octave qui relevait le défi du poster. (Rappelons les règles du jeu : l’artiste reçoit les musiques et les films de La Sélec et c’est à partir de ça que, librement, il réalise son image.) Jean-François Octave, habilement, esquive et donne une image qui semble signifier qu’il n’a pu assimiler La Sélec, qu’elle est restée là, à côté de son monde à lui. Le fond de l’image représente un élément de son univers familier, plus une sorte de constellation graphique symbolisant ses pulsations musicales fortes, effectuées en 25 ans de fréquentation de la Médiathèque. À côté de cet ensemble, organigramme organique, la liste de La Sélec est exposée, brute, comme non déchiffrée. Ambiance et lettres de noblesses. On se sent tout de suite bien dans ce lieu culturel. Question d’aménagement, question d’âme. Simplement, tout est fait pour soigner l’accueil, alternatif et attentionné, bricolé et chic, l’étrangeté de l’espace et du décor titille la curiosité. Le bois du comptoir, par exemple, donne l’impression d’un point de jonction, personnel et clients, de qualité, précieux, on n’a pas prix n’importe quel bois, ni n’importe comment… La musique mixée est puisée en grande partie dans la play-list de La Sélec (DJ: Philippe Delvosalle, David Menessier). Quelques documents rappellent, sans ostentation, d’où vient le patron du lieu (Democrazy) : affiches de concert célèbres, Dog Face Herman, Nirvana, Mudhoney, le duo Brötzman… En fanfare. La première partie est assurée par la fanfare « Alimentation générale ». Cuivres et funk, punch et humour, c’est bien appuyé et débridé, musclé et joyeux, ça ne tient pas en place. Suivra une prestation de « walk-pasa-bouge » présenté comme du « cirque électrique ». Un duo homme-femme, étrange, bidouillage électronique bien jeté et danse hystérique dans les rideaux. Deux grandes voiles de tissu blanc dans la haute cage d’escalier, sous verrière. Donc, le genre de manipulation sonore qui tape sur les nerfs, qui fait typiquement grimper au mur, sons hérissés, révulsés, déchiquetés, sans recherche particulière, sans articulation, un peu trash. Par un mec accroupi sur la scène, entouré de brols divers, tripotant de la main différentes petites appareils. L’air de trifouiller à la recherche de la disjonction, un peu sale gosse occupé à bousiller méticuleusement tous ses jouets pour faire chier la réunion d efamille. La danseuse en blanc, selon un système de traction étonnant (athlétique mais « gommé », semblant se mouvoir sans effort, sans pesanteur), aérien, s’élève dans les voiles, s’y tortille, s’entortille, à trente centimètre du sol comme à cinq mètres, est happée vers le haut ou tombe en torche, silencieuse. Mimiques et tics pour mimer la contagion de ces virus sonores malsains, comment ils sortent des machines et s’infiltrent dans le corps, les oreilles, la langue, les yeux, les doigts, le ventre, les fesses, les bras…  Ça semble trop maniéré ou incongru au début, mais quelque chose fonctionne dans l’association danse et éructation électronique, saleté musicale et transcendance corporelle, abstractions soniques et matérialités organiques qui se parlent, s’invectivent, fusionnent, rêvent ensemble, se miment. (Ça ne doit pas durer trop longtemps). Diabolique. Dans la salle à l’étage, Honkeyfinger (artiste présenté dans La Sélec) se prépare. J’ai beau avoir écouté son CD et regardé plusieurs vidéos sur Youtube, sa prestation surprend. Par la force libérée d’un coup, par la rage. Tension. Il chante en jouant de la guitare, plusieurs harmonicas à disposition, une grosse caisse à portée de pied gauche, une cymbale coiffée d’un tambourin au pied gauche. Entre les deux bottes tout un attirail électrique. Ça claque fort, intensité maximale d’entrée de jeu, voix poussée, guitare hurlante et torturée, comme une tension phénoménale, tordue à l’intérieur en un ressort  qui emporte tous les organes et brutalement se détend, s’expulse du fond du gosier et des tripes. Les doigts métalliques sont diaboliques. À l’intérieur de cette furie, il maîtrise et ménage encore accélérations, dérapages, crash, pirouettes flamboyantes. Il travaille  parfois avec plusieurs couches, en faisant des boucles avec sa guitare (jetée ensuite plus loin) tandis qu’il s’époumone là-dessus, chantant et soufflant simultanément dans un harmonica. Ou bien, l’inverse, il construit une boucle en enregistrant son souffle et quelques pulsations hypnotiques d’harmonica crachés dans un micro et il se déchaîne sur sa guitare. Ce qui est surprenant est le contraste entre la force libérée, sauvage, indomptable et le contrôle qui ne faillit pas : en prenant le risque de jouer ce blues incandescent, survolté, en multinstrumentiste, en s’engageant comme un possédé dans cet agencement guitare-harmonica-percussion-corps-cerveau-pédales-électroniques, c’est comme s’il cherchait le court-circuit intégral, l’auto-immolation dans le blues. Mais au moindre couac technique ou d’erreur humaine (normal de s’empêtrer à un moment ou l’autre), il réagit à la seconde, conscient du moindre dérèglement, il rectifie, corrige ou répare au besoin, en plein vol, pleine voltige. C’est fascinant, quel as. Le public semble conquis. Il y avait encore, après, un trio de jazz (dans dans) reprenant des standards hyper connus. (Mais je n’ai pu rester jusqu’au bout). Les concerts se produisant dans trois pièces différentes (bar, cage d’escalier, salle du haut), en respectant les horaires, tout s’enchaîne admirablement, on circule de surprise en surprise, dans cette maison chaleureuse, magique, constituées de volumes différents, ici rouges, là bleu, de fenêtres, de dégagements vers les cieux, entre bâtiment industriel et maîson de maître, animée de bas en haut, de haut en bas, de sons, de musiques différentes. La disposition spatiale procure de façon intense la sensation d’être dans un lieu habité et, par mimétisme, donne des pistes pour devenir soi-même un espace vivant pour se laisser habiter par les musiques; cette sensation ne peut être offerte par des salles « fonctionenlles », professionnelles et monofonction (rentabilisation des relations publics/musiques). Merci aux Ateliers Claus d’avoir accueilli La Sélec. Ne ratez pas la prochaine fête. Passez en Médiathèque emporter La Sélec 5 et son nouveau poster. (PH) – La Sélec 5, le sommaire –  Texte sur « one man band » plus chronique du CD de HonkeyfingerCD de Honkeyfinger en Médiathèque

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Forums et approximations

Je constate dans les forums du Soir, à la suite du communiqué Belga sur notre conférence de presse, que la Médiathèque suscite toujours pas mal de réactions. C’est intéressant, c’est toujours bien vivant! Mais, force est de constater que pas mal réagissent avec des informations parcellaires, avec des visions limitées, voire en fonction de ressentiments épidermiques. Evidemment, un communiqué Belga, c’est une synthèse de chez synthèse, toute la chair engendrée pour singulariser un projet, une ambition, une démarche, a été retirée, on ne montre qu’une partie des os. Remarquons que le communiqué met en avant « le virage numérique » en plaçant en « une » la question du téléchargement. Le titre de la conférence évoquait, lui, le tournant viral. La viralité, ce n’est pas que le numérique, c’est la contagion organisée de La Sélec, par exemple. Beaucoup d’avis, dans ce forum comme lors de la pétition de soutien à la Médiathèque, marquent leur attachement au conseil et à la découverte, liée aux échanges dans les centres de prêt physique et regrettent leur disparition progressive: or, la Médiathèque investit pas mal là-dedans! Et, curieusement, cet aspect, tout de même présent dans le communiqué n’est pas relevé!? Quand nous parlons de « dématérialisation », nous ne pensons pas que « téléchargement » mais aussi « valeur immatériel du conseil ». La Sélec en est l’exemple. Certains déplorent l’appauvrissement de l’offre en supports physiques! On ne trouve plus assez en médias concrets pour les curieux? J’ai du mal à y croire à la lecture des budgets consacrés à acheter du CD, DVD et à la diversité de titres qui entrent en collection!! Bien entendu qu’il y a une diminution, budget et fréquentation étant  la baisse! Mais qui est capable d’absorber tout ce que la médiathèque présente? Qui, ailleurs, continue à présenter autant? Nous avons, dans la conférence de presse, repris à notre compte le titre d’un journaliste du Soir: « CD de combats » parce que nous restons convaincus que le CD est un outil indispensable pour la effectuer une médiation culturelle et faire découvrir des artistes. Il y en a encore qui se demandent: « pourquoi ont-ils attendu si longtemps pour mettre leur catalogue en ligne? » Parce qu’on nous ne pouvons pas, tiens! Ou alors selon des conventions commerciales, donc très chères et lourdes (négociation avec tous les labels, voire tous les artistes..)! Si le politique avait décidé de transposer la notion de prêt public dans l’environnement numérique, la Médiathèque serait peut-être leader mondial de téléchargement, nous aurions devancé I-Tunes! Il faut tout de même garder cette réalité à l’esprit. Je lis aussi qu’un lecteur a tester 10 titres sur notre plate-forme de téléchargement, ne les trouve pas et en déduit: « il n’y en a sûrement pas 600.000 »!? C’est quoi, ça, comme méthode scientifique!? Fantaisiste, oui, et gonflée! C’est bien ça, l’autorité farfelue que l’on peut revendiquer sur Internet! Je ne pense pas que ce Monsieur a en tête 600.000 références musicales et si c’est le cas, nous pourrions très bien proposer 600.000 autres références! Sa remarque dévoile aussi sa complète ignorance de comment fonctionnent les « agrégateurs ». Enfin, le plus intéressant reste cet attachement aux dimensions humaines et sociales de la médiathèque, tout en avouant ne plus trop y passer! Or, si c’est important, il faut y passer et entraîner vos amis, ne pas simplement imputer le déclin de cette superbe association au politique! Allez, vous regrettez vraiment l’esprit de « l’ancienne Médiathèque »?: faites-le revivre, venez nombreux par exemple à la première de « La Sélec en soirée », le 12 décembre, Bruxelles-Congrès, de 19 à 20H, expo + DJ + plein de médiathécaires comme vous (semblez) les aimer… (PH)