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Courir dans le monochrome.

Avec l’épisode neigeux que nous connaissons (pour parler comme au JT), les cyclos laissent le vélo à la remise et partent en courant dans la campagne ! C’est agréable de fouler le tapis de neige fraîche, d’entendre la foulée qui tasse le coton blanc, de laisser des empreintes. Le ciel est laiteux, l’espace est rempli de gros pixels floconneux, la neige se fixe aux vêtements. Dans le village ou la forêt, tout n’est pas enseveli, les façades, les fenêtres, les troncs empêchent le monochrome de se refermer sur le coureur. Mais quand on quitte les dernières maisons, que l’on débouche dans les champs, le blanc devient uniforme. À peine une clôture qui trace une sorte d’épine dorsale. La route ne se distingue plus du reste. L’horizon blanc des champs se confond avec le ciel. Le brouillard pixellisé complète la sensation d’effacement généralisé. Tout est gommé, plus rien de superflu. La respiration résonne plus fort. La concentration (pour ne pas glisser, contrôler la respiration), après plus d’une heure d’enfermement dans cette solitude scintillante, est un peu hypnotique. Là, j’ai traversé le monochrome, je cours dedans, j’éprouve sa matière, sa consistance, ce n’est pas qu’une simple surface superficielle. Je fais corps avec lui. J’y penserai chaque fois que, dans un musée, je resterai face à un monochrome blanc. Je serai en train de courir à travers. On réagit plus fort que d’habitude à des choses relativement ordinaires, un groupe de perdrix effrayées qui s’envolent en rafale, un lapin qui déboule et trace d’étranges circuits pour semer un éventuel poursuivant. C’est la montée vers un plateau, le ciel s’éclaircit légèrement, le soleil filtré envoie des lumières douces, tamisées, parfois jaunes, parfois roses. Je pense aux installations de Veroncia Janssens. Mais encore plus, du fait d’être immergé dans cet ensemble de lumières pastel, la répétition du geste de courir et la ligne d’horizon blanche comme un lieu de passage vers le vide ou le renouveau, je me sens envahi par le souvenir d’une musique de Jason Kahn, Vanishing point. Alors, courir, respirer, regarder le paysage sous l’averse de neige, scruter l’aveuglant du blanc piétiné par le joggeur, revient à écouter, réécouter cet album phare de l’année 2010 ! (PH) – Article sur Vanishing Point de Jason KahnArticle sur Veronica Janssens au Wiels

 

Neige. Restes d’un dimanche blanc.

La grisaille terne de ce WE-ci fait contraste avec les surprises du précédent. Il subsiste, en bordure des champs, dans les fossés exposés nord, des ourlets de neige. Le blanc fait toujours événement. D’abord ça transforme tout, ensuite c’est éphémère. Manie un peu gnangnan, je m’obstine à photographier les dernières fleurs du jardin prise dans les cristaux. Même chose pour les tétragones (sorte d’épinard) recouverts de blanc, allez, fini le stoemp au tétragone du jardin. La météo d’exception rassemble dehors les grands « gamins » du quartier dans une bataille de boules longue et bien rangée. Cris, courses et bousculades étouffées dans la neige, balles perdues contre les vitres. Souvenirs. En soirée, après de brèves lueurs roses, le vent se lève, brouillard, rafales de neiges semi-fondante, le temps idéal pour cuisiner un faisan à la brabançonne (avec chicons). Justement, hier, en traversant un village, aperçu brièvement des chasseurs dans un garage en train de se partager du gibier à plumes. La dernière fois que j’avais cuisiné ce plat, des amis étaient invités et j’avais merdé: au lieu du fond de volaille congelé, pour déglacer la casserole de cuisson, j’avais pris le fumet de poisson… La réussite tient pourtant à la manière dont le jus de cuisson des chicons et celui des faisans se mélangent avec le fond de volaille, avant d’être montée au beurre, pour venir arroser légumes et viande découpée dans le même plat…

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