Archives de Tag: dessins de rue

Des limbes de l’animal…

Les limbes du mal. – Il y a toujours bien, quelque part, un dessin de « Tristan des limbes », collé sur un mur. On finit par tomber dessus et l’on se demande où commence l’histoire, où finit-elle, ce n’est jamais juste un dessin ainsi. Il y a un avant et un après. Des sortes de gueules cassées aux orbites démesurées, vides, impavides. Gueules cassées évoquant celles qui traînaient dans les rues, après la grande guerre et que Dada ou des peintres comme Dix prirent comme modèles dénonciateurs. Ici, c’est une autre sorte de guerre qui casse les gueules, selon d’autres techniques, plus sournoises, intérieures. C’est la guerre de la communication, des flux de loisirs et de biopouvoir qui convoitent le temps de cerveau disponible des citoyens. Les personnages de Tristan des Limbes sont volontairement malsains, mal dans leur peau, habités par des forces qui les dépassent, les dépossèdent et dont ils cherchent à mettre la main dessus en se fouillant dans de délirantes démangeaisons. Cela peut aller jusqu’à s’ouvrir la cage thoracique pour dissiper l’oppression, donner de l’air aux organes vitaux. Ou s’étrangler de peur que ne s’échappent des mots contraires à ce que l’on veut dire, « va mourir » au lieu de « je t’aime ». Ce sont des questions de face perdue, de mauvais masques, de vide charnel, de corps sans substance, sans épaisseur, sans vie intérieure, plus rien où faire mijoter son vivre (« j’ai regardé en dessous/ En dessous il n’y avait rien/ J’ai enfoncé mes doigts dans la chair/ Et dedans il n’y avait rien »). C’est aussi un grassouillet en slip, souplement tordu dans une décharge – on peut croire qu’il danse, sumo rockabilly -, doté de nichons très féminins et dont l’un, caché sous la main gauche, pourrait bien être « percé » par le pouce ; la bouche a la haine, ne semble pas supporter le partage masculin/féminin. Tous ces êtres brisés, dont plus un seul ne semble intègre, sont en pérégrination dans les limbes de la souffrance, des limbes à l’envers où ils régressent vers une totale dissociation des tissus, fluides et organes qui les composent. Il faut aller sur le site de cet artiste pour découvrir la dimension d’un projet, une discipline de travail, des carnets, de la suite dans les idées, une pratique du mail art, un niveau d’intervention en perspective. – L’animal sardine. – C’est tout petit, anodin, un bout de papier avec le dessin d’une grosse molaire et, dans un phylactère, un « aïe » retentissant que l’on connaît tous. La signature tape dans l’œil : « sardine animal ». Trois fois rien, l’image de la perte, l’expérience la plus banale que nous puissions faire d’un bout de nous-même arraché, soustrait, désensibilisé, retournant au néant. Un peu plus loin, un personnage aplati contre le mur, un pendentif tête de mort, une sorte de tunique d’indien ornée de triangles (nucléaires ?), et sur le bas-ventre une inscription « ytrid » (quand il se penche vers son nombril, il lira « dirty », référence à…). Le visage est tourné vers le haut, en attente d’un visiteur de l’espace, un sauveur, la bouche grande ouverte manifeste de la surprise, la crampe de la déception ou, simplement, cherche de l’air. Immobile, tétanisé, concentré pour garder la tête hors de l’eau. Là aussi, ce sont de petits indices et, quand on tire dessus on se retrouve sur un site très personnel où l’on découvre un travail en profondeur, foisonnant, diversifié, plein d’humour et d’acide, traits économes, aux raccourcis corrosifs. Des dessins, mais aussi des publications (où l’on trouve des choses désirables comme « C’est qui Joni Alidé? »), des sténopés, des mix sonores.  – Grand smash. – Plus loin, on déguste le soleil en terrasse et les reflets d’une grande création abstraite de Smash 137, les yeux sur quelques affiches annonçant une soirée musicale « Danse avec les loops » ou des prestations de « Minitel Rose, « Botox » … (PH) – Le site de Tristan des limbes. Le site de Sardine Animal.Le site Smash 137 Smash 137, vidéos

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L’ère numérique, la critique des murs

Journées d’études 2008 de l’Association des Directeurs des Bibliothèques Départementales, Périgueux, Centre départementale de Communication.

J’avais le plaisir d’intervenir dans ces journées d’études (ADBDP) dont le thème global était les « médiathèques face au numérique, aux nouvelles pratiques culturelles, aux nouveaux accès aux savoirs »… J’ai été quelque peu surpris par la tournure du programme : si la nouvelle directrice de l’Association semble déterminée à faire bouger les choses, j’ai e l’impression que, dans l’ensemble, les Bibliothèques Départementales commençaient leur réflexion sur ce sujet brûlant. On en est à identifier l’ampleur du changement, se dire qu’il faut changer, à chercher par où commencer. Des résultats très intéressants d’une enquête réalisée par le CREDOC étaient présentées par Mr. Bruno Maresca : évolution de fréquentation des équipements de lecture public, perception de l’image des médiathèques par le public… Dans l’ensemble, les données recoupent celles que nous récoltons dans nos démarches pour mieux comprendre l’évolution des publics. Mais cette enquête repose sur des chiffres de 2005 et donnent, à mon avis, l’impression fausses que les choses se maintiennent, évoluent dans le bon sens, et que les changements s’ils sont nécessaires, ne sont pas urgents. « Pas de précipitation, gérons le changement calmement ! » était plus ou moins la note finale ! (En trois ans, les choses vont vite, la fréquentation a peut-être diminué de 15, de 20 voire de 30 % !?) On se rassure en se basant sur une perception très valorisante du rôle social des bibliothèques et qui concorde avec des résultats similaires obtenus dans des pays nordiques. Mais à quoi cela sert-il si la fréquentation est en nette diminution, ce qui est loin d’être antinomique ? Il y a eu une intervention instructive de Mr. Nicolas Georges (Directeur adjoint de la Direction du Livre et de la lecture) qui a insisté sur l’importance accordée au livre dans la politique culturelle globale du gouvernement. Il a déclaré que des mesures d’urgence sont examinées pour éviter à la filière du livre « le tsunami qui a frappé l’industrie du disque. » Ben tiens, c’est vrai que l’on a laissé crever les disquaires indépendants, mais d’autre part est-ce à l’état de protéger des filières commerciales et de soutenir des industries culturelles (si j’ai bien compris un secteur « industries culturelles » a été créé  la Direction de la Culture) ?

J’espérais surtout, pour ma part, prendre connaissance d’une politique « nouvelles technologies » des Bibliothèques françaises et de proposer des partenariats, de sensibiliser à la mise en chantier de projets européens. Heureusement, il y a eu le contact fructueux avec Lionel Dujol, promoteur de « everitoutheque ». Des prises de position intéressantes de directeurs ont été lues. Des bribes prometteuses. Pour ma part, bien que bousculé par un horaire décalé, j’ai plus ou moins répété mon intervention faite à Blois, en plus direct, et en actualisant certaines informations selon les avancements du nouveau projet de la Médiathèque de la Communauté française de Belgique. Tandis que –mais encore une fois, il s’agit d’impressions peut-être dues à un côté officiel des discours (comme le Président du Conseil régional du Périgord associant accès au savoir et couverture territoriale de la connexion Internet)- l’ébullition « secteur public » en vue d’une conception d’Internet comme « appareil critique » me semblait plutôt très réservée, je découvrais avec plaisir sur les murs de la ville, l’intervention spontanée d’un artiste anonyme : manière dynamique et inventive d’interpeller sur la publicité, l’environnement marketing (une de ses interventions est explicitement tournée vers Universal). Il s’agit de dessins collés et, le plus souvent, partiellement arrachés, hélas.