Archives de Tag: cornouiller de Chine

Visiter les roses

Roses, insectes.

Le cornouiller de Chine est splendide, comme il y a deux ans, une apparition. Que le soleil du matin ruisselle sur ses fleurs et ses fleurs de magnésium flashent. Quel air de fête. Je renvoie à ce que j’essayais de montrer dans un article précédent (le jardin, c’est un cycle), via le tag cornouiller de Chine renseigné plus bas. Ce matin, ça bourdonnait fort du côté des rosiers, pas très en forme. Des dizaines d’insectes d’une même espèce étaient en tain de visiter le parterre. C’est toujours magique de voir surgir ainsi, de nulle part, une colonie d’insectes. Ça vole en tout sens, ils essaient toutes les fleurs. Certains, posés sur les froufrous ont l’air guindé, « comment entrer là-dedans ? ». D’autres ont mis à sac la corolle et, à plusieurs, saccagent les pétales de soie. Ils ne semblent pas être attirés par les pucerons, mais bien par les fleurs elles-mêmes. Leur présence, leur agitation, leurs agissements relèvent d’un mystère excitant à observer. (Mystère relatif : n’importe quel entomologiste m’expliquerait rapidement et rationnellement ce qui se passe.) Je ne vois pas le temps passer, les habitants d’un autre monde débarquent, parachutés, dans le jardin. La banale opposition entre ces envahisseurs en armure, choisissant comme point de chute les héliports floraux fragiles des roses, y posant leurs carapaces mordorées sur l’exubérance chiffonnée  de certaines variétés ou le minimalisme d’autres calices, propose un plaisir esthétique fascinant, voire troublant. Encore, s’ils tombent presque toujours pile sur leur cible, il est malaisé d’avoir la certitude que leurs vols soient rationnellement contrôlés, à la limite téléguidés de loin, avec hésitation. Tellement ils semblent voler de façon primitive, approximative, leurs deux paires d’ailes déployées et agitées leur donnent l’apparence d’êtres sans enveloppe, complètement ouverts et exposés, fragiles et proies faciles pour la moindre force traversant l’espace, à peine plus déterminés qu’une poignée de semences en forme d’hélice se détachant des branches d’un arbre et confiant sa destinée aux courants d’air. Et pourtant, par miracle, ils arrivent à leur fin, prennent pattes sur la soie, se referment, bouclent leur armure, reprennent leur apparence de prédateur et passent à l’attaque. Si le théâtre de l’action est très circonscrit, quelques rosiers rassemblés dans un parterre, le spectacle est excitant par tout ce qui l’entoure, l’immensité d’où surgissent les envahisseurs, le nulle part où sont inscrites les règles régissant les déplacements spécifiques de ces coléoptères (par exemple). C’est la dimension qui donne une forme hallucinante à ce ballet vivant qui associe détermination et indétermination, petits guerriers aux antennes à plumets (comme certains casques mongols ou japonais) et la diversité des formes florales, des couleurs, des textures, le jeu des contraires avec la rudesse et l’arrogance brutale des pattes et mandibules contre le lisse des plis et replis des pétales. On songe au caractère sexuel d’autres ballets d’insectes dans les fleurs, mais il s’agit plus ici, d’une scène de prédation (se nourrir). Cela ressemble plus à une scène de jouets automates, quand on simulait avec figurines l’une ou l’autre séquence de bataille, mêlant sans discernement les divers couples qui peuvent structurer une guerre, force mâle contre force féminine (recherche de puissance), force mâle protégeant la force féminine (besoin romantique), force mâle sauvée par la force féminine (rédemption), destruction, violence, délivrance, romantisme, tout s’amalgamait confusément dans ces représentations innocentes. (PH)

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Dialogue végétatif

cornouiller Le Cornouiller de Chine est un arbuste peu banal. C’est, dans un jardin, une présence particulière tant il perfectionne la fonction de fleurir, en cycle remarquable par sa gradation d’intensité et sa longévité. (C’est surtout par leurs fleurs, leur beauté, leur forme, leur fonction, et l’observation de leur vie éphémère que les plantes attirent notre attention, « dialoguent ».) Les fleurs du cornouiller s’installent très discrètement. Les deux premières semaines (en mai), on ne les remarque pas. Elles sont formées mais du même vert que les feuilles. Camouflées. Ce n’est que lorsqu’elles pâlissent que l’arbuste intrigue, attire le regard. Elles progressent lentement alors vers un blanc éclatant (mais, juin), mais le tissu même de leurs pétales semble s’alléger, se raffiner, devenir plus soyeux, souple. La parade est impressionnante (surtout cette année), éblouissante, presque spectrale (de l’ordre de l’apparition). Les intempéries, le travail des insectes les fatiguent. Elles s’altèrent. Quelques taches. Fin juin, les signes de dégradations s’accélèrent : certains pétales verdissent, mais plus rien à voir avec le vert frais du début, c’est un vert de vieillissement. Les traits sont de plus en plus tirés, les veines ressortent, les plis deviennent cassants. Le blanc perd sa luminosité, se rigidifie, sèche, vire vers le livide. Le brun se répand comme un peu de café renversé sur une nappe, buvard immaculée, dans un premier temps repérable uniquement de près. Puis la teinte du déclin domine. La chute commence. Les métamorphoses sont surprenantes, les restes floraux, déformés, ravagés ressemblent à des insectes inédits. Un orage ou deux et les pétales parcheminés, couverts d’écritures qui s’effacent, s’accumulent dans l’herbe. Les fruits, eux, restent bien dardés, ils deviendront magnifiques en automne, petites grenades rouges. Vie et mort des tissus, splendeurs et décadences des fleurs de la vie, symphonie légère pour cornouiller seul, ordinaire du jardinier. (PH)

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