Archives de Tag: cinéma et autoroute

L’enfer c’est la route

 

« Home », Ursula Meier, 2007, avec Isabelle Huppert, Olivier Gourmet

 Avant-première organisée dans le cadre de la Fête de la Communauté française de Belgique. Le synopsis est connu : une portion d’autoroute à l’arrêt depuis 10 ans qui fait le bonheur d’une famille qui habite là, juste à côté. Et qui a colonisé le bitume abandonné comme aire de jeux, de bien-être. Les premières séquences sont un enchaînement de bonheurs simples en vie de famille. Les enfants, l’insouciance, les systèmes D, la vie en marge et ses saveurs à nulles autres pareilles. Avec des pratiques un peu barges. C’est plein de lézardes, à y regarder de plus près, mais la dynamique tonique fait tout tenir ensemble. Le père comme un grand frère, la mère comme une grande sœur complice, etc… C’est presque trop (mais c’est un montage de moments représentatifs). L’autoroute en panne représente aussi la société en panne. Ici, on se situe dans un coin épargné, où la « vraie vie » n’est pas encore arrivée. On se rend compte petit à petit que cet étrange bonheur paradisiaque repose sur un terrain miné de névroses : la mère ne peut vivre que là, il n’y a que là qu’elle est heureuse, pas question d’aller voir ailleurs. Un retrait imposé à la famille pour cause d’équilibre maternel. Au bord de ce qui constitue un vecteur de road-movie, un cinéma de la sédentarisation. Autre chose qui cloche: la cigarette, omniprésente comme une provocation à une époque où elle est bannie, rappel stéréotypé à la place de la cigarette au cinéma, comme objet transitionnel, rendant visible des « états intérieurs »? Symbole de névrose refoule, galopante, ressortant par tous les trous, en fumée?? Puis, ce qui devait arriver arrive : en très peu de temps l’autoroute est achevée, mise en circulation. Voilà la famille rattrapée par la civilisation de l’automobile, espace saturé, plus de repères à force de se déplacer… La vie devient infernale. Bruits, pollution, perte d’identité, espace vital réduit. Les nuages s’accumulent. Les crises de nerf aussi. Les troubles du sommeil altèrent la perception du réel. Ca déjante ferme. Pour retrouver un peu de calme et d’espace privé, ils réalisent des travaux d’isolation. En clair, ils s’enferment, ils se cloîtrent, ils se murent. On sent venir une fin à la Hanneke ! Mais non, un éclair de lucidité, quelques coups de masse, et la vie reprend ses droits. Le scénario est efficace, sans graisse ; pas de pathos inutile, ça s’enchaîne, la métaphore est filée avec efficacité. Beaucoup d’humour léger de répartie et de visuel. Beaucoup d’imagination pour montrer ce qui se passe dans ces failles où l’on s’invente d’autres vies. Mécanisme implacable pour démontrer que ces échappatoires sont éphémères. La poésie est très présente. Les acteurs sont irréprochables. (Même s’il n’était pas nécessaire d’aller chercher des « noms ».) En DVD: un court-métrage d’Ursula Meier.

 

Publicités