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Crépuscule des rêves

« Eldorado », Bouli Lanners, 2008

Comme on parle de films (ou d’histoires, de romans) post guerre nucléaire (la maigre vie néo-primitive après le grand clash de l’hyper-technologique), on pourrait évoquer ici un film « post Eldorado ». L’Eldorado comme le rêve d’une vie meilleure, souvent proche du mauvais rêve illusionniste, construction fantasmatique de vie nouvelle basée sur un gain au Loto, bref, sur une activité aléatoire de chercheurs d’or (depuis la quête réelle du minerais jusqu’à la traque de divers héritages ou combines d’enrichissement « magiques », voire de substances procurant la sensation d’échapper aux misères). Ici deux personnages, en marge des villes, dont les Eldorados vacillent et sont en train de flamber, de partir en fumée. A quoi me fait penser la lumière dominante du film souvent « jaune », pré-crépusculaire, ou cendrée. Ce qui leur permet de vivre ou survivre est en train de se consumer, cul de sac. Ils se trouvent liés par hasard et vont s’agiter, se déplacer, chercher une sortie en parcourant la campagne, la forêt. Le feu au cul, ils se lancent dans une échappée où, soudain, resurgit quelque chose d’aventurier, une chevauchée surprenante animée par des rencontres de spécimen inattendus (le monde est peuplé de singuliers personnages, plein de sauvages qui restent à découvrir, à comprendre, quelque chose de la « terre vierge » subsiste). Le cinéaste parvient à donner l’impression d’immenses espaces sauvages en filmant la route dans les Ardennes. La fuite, mine de rien, ouvre des possibilités, des perspectives. Les déplacements sont rendus dynamiques par une approche western et permettent le suspens d’une authentique échappée (rédemption). Les marginaux croisés au bord du chemin, ceci dit, vivent tous sur des bouts d’Eldorado rétrécis. Des survivants. Ce qui reste de la famille, attachée à la terre, est affreusement conservatrice (c’est peu dire) et n’offre aucune solution de repli. La plongée dans la nature, bain abrupt dans la Semois par exemple, ne parvient pas à faire office de baptême pour une réelle nouvelle vie. Juste un intermède. Finalement, dans une société où l’on se défait de ses chiens (animaux domestiques souvent chargés d’être messagers de l’Eldorado intime) en les balançant des ponts, que reste-t-il comme issue? Chacun des personnages, accolés arbitrairement le temps de quelques jours, retourne remuer et fouiller les cendres de son Eldorado particulier. Pas un immense film, une belle réalisation de climat, d’ambiance.

Filmographie Bouli Lanners.

 

 

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