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Des objets intersticiels décolonisent l’empire du marketing!

Autour de : Une contribution écrite et bricolée pour l’exposition collective « La sagesse du solitaire » (Marchin) – Ann Laura Stoler, La chair de l’empire, La Découverte 2013 – Stuart Hall, Identités et cultures 2, Editions Amsterdam, 2013 – Des objets-organes

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La séparation des registres de savoirs dans la conduite ordinaire des affaires humaines s’appuie sur un compartimentage sévère du mental. Il a toujours paru primordial de tenir l’esprit éloigné du monde des bas instincts par exemple, d’empêcher les vapeurs de l’intelligence charnelle d’atteindre le cerveau. Ce que l’on retrouve – et cela n’a rien d’un hasard – structurant le dispositif du pouvoir colonial obsédé par les distances à instaurer pour préserver et prouver à la fois la suprématie blanche. Un pouvoir d’empire menacé, par exemple, par la sueur des domestiques de couleur à même de contaminer et d’instiller une dégénérescence culturelle des enfants blancs, par le sang ! « Ibu Rubi, à son tour, ne parle pas tant de la confortable intimité familiale que de la manière dont on surveillait les contacts entre enfants et domestiques. Elle s’est ainsi souvenue de nourrices à qui l’on demandait de se changer et de vêtir des habits blancs, propres et frais avant de nourrir au sein les bébés néerlandais, pour les préserver de leur sueur. Elle s’est souvenue qu’on lui avait expliqué : « si le petit garçon crie, laissez-le faire, vous ne devez pas le prendre, ni le gendong* ». Lorsque nous lui avons demandé pourquoi, elle nous a répondu comme une évidence : « Il aurait senti plus tard l’odeur de ma sueur. » – [ * « En Indonésie, on dit que les enfants sont « gendong », c’est-à-dire enroulés autour du corps et maintenu par un morceau de tissu. La plupart des femmes avec lesquelles nous avons parlé nous ont dit ne pas avoir été autorisée à porter les enfants ainsi. »]  (Ann Laura Stoler, La chair de l’empire, La Découverte, 2013, page 244).  Dans les colonies comme ici – où subsistent tous les germes de ce qui s’est projeté là-bas – le fondement racial de la politique occidentale était avant tout une préoccupation de prouver l’existence d’un soi autonome, homogène et « moralement pur » comme légitimant le pouvoir blanc, son attribut exclusif lié à son essence unique. Or, tout cela se rejoue dans la tête, parce ces partitions continuent de sévir à l’intérieur, par l’éducation, par le poids des ruines des splendeurs occidentales d’antan. Ce qui revient à dire que pour laisser affleurer, à travers l’intelligence manuelle et la sensibilité charnelles, d’autres récits de soi et des multitudes d’identités qui le tissent, il convient de se décoloniser la tête, à partir de quoi l’on devient acteur politique de la postcolonialisation.

On pense généralement qu’un visiteur d’exposition doit naviguer, dans ses émotions face aux œuvres, principalement à partir de ce qu’enseigne la boussole de l’histoire de l’art et en fonction de son niveau de culture, du raffinement de ses connaissances esthétiques qui ourdissent dans l’ombre le « moralement pur ». C’est l’éducation qui guide l’attitude et, par les idées inculquées, l’imitation des émotions qu’il convient d’éprouver – et donc reproduire – devant telle ou telle représentation. Mais quand je vais à la rencontre des réalisations toutes finalement inclassables que produisent les artistes – la taxonomie des produits de l’art est toujours à reprendre -, je suis toujours pris au dépourvu, et le travail à produire pour arriver à comprendre quelque chose utilise des outils diversifiés qui ne sont pas tous intellectuels. Comprendre, dans ce cas-ci, correspond souvent à se sentir apte à retenir quelque chose, qui va faire corps avec nous, que l’on va ruminer, avec quoi on va créer familiarité et différent, se sentir un peu plus harmonieux dans l’hybridité. Retenir quelque chose de ce qui est exposé, c’est assembler les premières cellules d’une signification, composer le ton d’un récit, quelque chose à raconter, c’est s’infiltrer dans un tissu, en gestation, faits de germes narratifs en attente (un peu selon la tactique de la tique !) d’évolutions relationnelle. « Il faut donc penser la signification non en termes de différence, mais en termes de position relationnelle au sein de la suture, de cette coupure surdéterminée et toujours arbitraire d’un langage qui, dès qu’il dit quelque chose, ouvre instantanément de nouveau le jeu de la signification ; réfléchir à la signification comme si elle avait toujours un reste, comme s’il y avait toujours quelque chose qui échappait à la précision du langage. » (Stuart Hall, Identités et Cultures 2. Politique des différences, Editions Amsterdam, 2013).  Je comprends quelque chose – à l’art, aux lettres, à la cuisine, au paysage, à une situation, au sexe – pour autant que je recours librement, mentalement et charnellement, à des objets manipulés au quotidien ou ponctuellement, voire virtuellement, mais avec lesquels je brasse des matières environnantes, pénétrantes. Des objets dont les usages, manuels ou fantasmatiques, titillent et façonnent ma sensibilité, ma capacité de réception et mon aptitude à adopter un point de vue (ou non). Avec lesquels je somatise une grammatisation sensible, à l’aveugle, à tâtons, qui filtre et me rend intelligibles des émotions singulières qui se nichent dans des histoires esthétiques au demeurant ouvertes à tous et toutes. Pour autant que j’accepte les significations qui ouvrent le jeu par tous les pores, impulsées par l’instrumentarium de mon organologie, de ces objets/interstices qui ouvrent l’accès à des temporalités parallèles, désynchronisées, de la distance, du vide, une dynamique des humeurs qui stimule l’exercice du souvenir, des comparaisons, des rapprochements, le souffle de l’interprétation. Qui ont leur propre histoire, leur sémantique dont se nourrit la mienne, parasite, jouissant de leur effet d’entraînement.Sans ces objets et leurs pratiques, il me manquerait les ressorts de cette gymnastique du phrasé qui cherche à saisir ce que cela m’évoque, ce que cela éveille en moi, ce que cela me dit. Ces objets, à chacun les siens, qui ne sont pas sans ressemblance avec les objets transitionnels de Winnicott, inspirent des techniques de soi bricolées, source d’énergies alternatives, nœuds poétiques de multitudes rayonnantes entre les humains, les objets, la nature, les techniques d’écriture et de lecture d’un avenir partagé. Désorientation qui trace de nouveaux chemins. Leurs marques, ce qu’ils font en moi, je les transporte toujours. Et j’en ai besoin dans les musées, les galeries, les concerts, les paysages, les réunions de travail, les silences de l’écriture. Ils sont mes instruments de lecture, de décodage. Comment ce qu’ils recouvrent contribue à toute perception qui prend le chemin d’une formulation consciente, latente ou fulgurante, c’est déjà l’objet principal du recueil de textes que j’ai publié sous le titre Lectures Terrains Vagues (Editions Bruits, 2012), c’est le fil conducteur de tous les textes de ce blog dédié aux pratiques culturelles. Aujourd’hui, à l’occasion d’une participation à l’exposition collective La Sagesse du solitaire (au Centre Culturel de Marchin), je m’attache à présenter plus concrètement quelques-uns de ces objets/outils qui sont tous des traits d’union, des rouages entre mes organes et des univers extérieurs.

Au jardin : Deux gants à travailler les rosiers, usagés, troués, posés l’un sur l’autre, croisés. Les éraflures et usures sculptent la plastique rugueuse du caoutchouc, prenant l’empreinte des soins portés aux rosiers, la taille méticuleuse, attentionnée, reposant sur une lecture aiguë des tiges, des noeuds, des feuilles, des boutons, des embranchements. Les trous expriment les contacts entre épines et peau, douleur et plaisir dans la transe de la taille, indistinction entre peau et pique du rosier. Échange de sève et de sang comme les rituels indiens scellant des pactes de frères de sang. Un vieux sécateur posé sur les gants, outil ciseaux, prolongation de la main, des doigts et de tout l’organisme en train de lire la plante à tailler, pour s’identifier à elle, à son flux de sève, mouvement hypnotique du geste mécanique de la coupe, précise. Gants et sécateurs à l’abandon, rosiers et jardiniers étant tombés d’accord pour se laisser pousser selon leurs envies.

En cuisine : Un chinois fin, une étamine, une cuillère en bois. Des filtres à travers lesquels on fait passer les jus, les sucs pour transformer les solides, donner la bonne consistance aux fluides, pour libérer et fixer les saveurs, souvent en s’aidant de la cuillère en bois comme pressoir. Outils de patience, travail répétitif, à la main, tordre le linge, écraser les purées au fond du chinois, extraire, transformer, modeler. Des gestes simples qu’éradiquent la mode des plats tout faits. Une technologie manuelle au service de l’alchimie des goûts, des outils archaïques de métamorphose.

À vélo : Un vieux compteur arrêté affiche plusieurs milliers de kilomètres pédalés en solitaire. C’est une mesure du temps égrené seul dans le vent et le paysage, du temps à devenir autre dans cet étrange équilibre entre vitesse, mécanique, muscle et mental (sans ce dernier, on jette vite sa bécane aux orties). Juste à côté du compteur, une vielle chambre à air de rechange, déjà rustinée, fétiche ou porte-bonheur ombilical, souvenir d’autres crevaisons, plaisir du bricolage qui consiste, avec des outils assez sommaires, à réparer seul au bord du chemin et puis de repartir. Sentir l’organologie cycliste rompue, et puis la regonfler, la relancer. Ici, une chambre à air offerte par un autre cycliste de passage. Les solutions de rechange se transmettent au sein des pratiques d’amateurs.

En pourriture : Vieux coings rabougris, rongés, noircis, minéralisés durant l’hiver ; le coing accompagne le jardinier tout au long des saisons. En fleur, puis en ébauche de fruits, en formes charnelles épanouies duvetées puis luisantes, jusqu’à la récolte des fruits jaunes, odorants, pour faire de la gelée ; ensuite, quelques fruits restent au sol, nourrissent les oiseaux et insectes et après l’hiver, on les retrouve noirs, piqués, durcis, momifiés. Ils ne s’éloignent pas du pied de l’arbre, recouverts de feuilles mortes, je sais qu’ils sont là, en moi – objets organiques autant intérieurs qu’extérieurs – déclinant, presque plus rien, mais toujours là, consistants.

En sismographe  : Bien entendu, noter, écrire ce qui traverse la tête, ce qui défile dans le cerveau, seul face aux choses, présentes ou absentes, surgissantes, ou revenant par le biais des souvenirs, inventant une nouvelle présence intérieure, une porosité des temporalités et de leurs rétentions. Noter au vol ce que l’on retient des lectures, des musiques, des images, des discours, garder une trace de ce que l’on reçoit, à l’instant où ça pénètre notre intériorité, l’impact. Marquer ce qui échappe aussi, les blancs, les incompréhensions. Une écriture sismographe presque illisible après coup, image graphique, de ce qui s’imprime, quelque part et resurgira ailleurs. Principe du rêve, mécanisme du cerveau en veille.

En vitrine généalogique: Chinoiseries, graines remarquables, objets exotiques, ivoire et malachite du passé colonial, sous toutes formes. J’ai rêvé devant cette vitrine, mon regard s’élargissant et embrassant un champ de vision bien au-delà, comme si je voyais là l’ADN de l’imaginaire ancestral ; c’était l’image d’une généalogie fantasque constituée par ces objets collectionnés, une généalogie fantaisiste, la fiction, non linéaire, ouverte sur d’autres narrativités. J’ai tellement entendu, enfant, les adultes évoquer la malachite « charriée par le fleuve Congo » ou à ramasser n’importe où, que j’imaginais un pays recouvert complètement de ce minerai, une autre planète colorée où mes ancêtres auraient vécu, où mes parents auraient voyagé pour me concevoir.

En boules de frissons et de chair : Dans l’exil social du rêveur, de plus en plus plissé de temporalités hétérogènes, élaboration lente d’une sexualité mentale, à distance. Penser l’acte en caresses sans cesse anticipées à partir de souvenir d’un parfum. À vide. Chercher la modalité fantasmatique pour rester enfoui dans l’autre, en source diffuse de plaisir, discrète, localisable ni chez l’un ni chez l’autre. Recherche d’un autre rayonnement érotique contagieux, inspiré de la patine que l’usage soigné, amoureux, confère aux objets, usuels ou, dépareillés et suggestifs, témoins d’un passé, de caresses d’autres temps. Les gestes qui lustrent nos agents de liaison avec l’extérieur renvoient aux parfums éventés, à la lente évaporation des objets aimés, à la disparition latente, à fleur de peau, comme ultime satisfaction.

En laisse et collier labyrinthe : Un exercice banal au cours duquel s’enraciner dans son devenir animal. Tous les jours à heure fixe, attacher la laisse au collier, promener le chien. Qui promène qui ? Sentir comme le chien, courir comme le chien, voir comme le chien, tout ça rien qu’en le suivant du regard, une fois détaché, s’ébrouer, s’égailler dans le paysage et y tracer entre tout ce qu’il renifle – et donc signes qu’il interprète, lit, grammatise dans son métabolisme canin -une sorte de labyrinthe abstrait à l’image de l’intuition par laquelle il débusque une autre dimension du réel. L’imaginaire du chien. Vivre seul avec une bête, accepter qu’elle nous éduque, un bon moyen d’adopter une sensibilité moins anthropocentriste. Ça ne s’oublie pas. On reste à jamais un peu chien. – (Pierre Hemptinne) – Exposition La sagesse du solitaire à MarchinEmelyne Duval a réalisé des dessins à partir des photos de ces objets et elle a mis en page les textes que j’ai écrit pour l’exposition (une brochure et un poster signé en micro édition disponible à Marchin, durant l’exposition).

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Pendules touchés, concert touchant

La Sélec 16, argument et concert – Ce que toucher veut dire. – La Sélec, magazine de médiathèque très manuel – il faut détacher les pages, retirer l’agrafe pour déployer le poster d’artiste  – , consacre une bonne partie de son numéro 16 à l’importance du toucher, de la matière et du bricolage, comme disposition à remettre en jeu les connaissances assimilées, symbolisées et bien intégrées au métabolisme des conventions artistiques. La main – toucher, renouer avec une connaissance tactile des choses -, la matière – tout matériau qui se présente comme texture inconnue, à redécouvrir, à comprendre -, le bricolage – action de tâtonner, chercher à faire fonctionner ensemble des éléments à priori hétérogènes, expérimenter de nouvelles manières de faire, interagir avec les éléments -, il y a dans ce périmètre de prospection et action un champ très large de pratiques qui réinventent, favorisent l’émergence de nouvelles combinaisons entre choses déjà connues, agencent autrement connaissance formelle et mémoire informelle. Toucher/Matière/Bricolage : c’est entretenir la faculté de ne rien figer dans les langages conventionnels, rester disponible pour tester d’autres dispositifs, d’autres techniques, d’autres langues. C’est revenir aux sources où l’on ne sait encore rien et où l’on essaie de nommer ce que l’on voit, ce que l’on sent et les relations que l’on établit entre ce qui se ressemble ou se différencie. C’est rappeler que la « main » est aussi importante que ce que l’on appelle, en langage courant, le cerveau, qu’elle en fait partie et qu’il faut rester à l’écoute de ce qui circule comme flux informationnels entre ces organes, histoire de ne pas se coincer dans un développement univoque. L’objectif est d’enrichir et faire évoluer la sensibilité des systèmes conventionnels, pas de les supprimer, ils sont bien trop utiles car ils ont photosynthétisés une part phénoménale de notre histoire. Le mieux est d’être attentif à leur plasticité imparfaite et à leur potentiel d’évolution, leur aptitude à recevoir et se modifier, au lieu de les considérer nantis d’une perfection rigide et autoritaire. Le bricolage ne signifie pas faire table rase de ce que l’on sait, mais consiste à oublier ce que l’on sait, désapprendre les codes et les formalisations de la sensibilité, réintroduire l’incertitude, la possibilité de formes inédites. Pour recommencer à inventer ce que l’on savait déjà. Ce qui s’effectue en conservant tune part importante de ce que l’on déconstruit. Prendre des risques, essayer. Ce sont des tentatives artistiques favorables à l’invention de nouveaux instruments et de techniques hors-pistes. Les territoires s’élargissent, les zones de l’expression artistique croissent et tissent des liens avec tout ce qui les entoure. N’importe quelle matière ou technologie – soit du concret, soit du spirituel -, peut alors rentrer dans l’organisme de l’œuvre, devenir résonante, stimuler la relation au monde, exciter le sens interprétatif. L’amateur d’art ne l’est qu’à exercer son sens de l’interprétation et, pour l’essentiel, c’est ce que l’on appelle les « pratiques culturelles », rien à voir avec par exemple, « télécharger » au lieu d’emprunter un CD.  Table des matières 16. – Pour illustrer ce propos, un article sur Playboy’s Bend, invention d’un artiste belge (Xavier Gazon) qui s’empare du circuit bending, « court-circuitage et détournement de machines », prisé dans certaines musiques expérimentales et qu’il fait bifurquer vers une forme musicale accessible, séduisante. Tout le monde peut raffoler de ces airs référencés où la vedette est confiée à « de petits claviers, de vieilles boîtes à rythmes et de jouets made in China »… Au cœur des musiques actuelles, il est un territoire pluriel où la matière et le toucher sont toujours en ébullition naissante : c’est le platinisme. L’art de faire de la musique à partir du support enregistré – le vinyle – que l’on manipule, caresse, frotte, « arrange », directement avec la main ou divers outils (comme pour le piano préparé). C’est avant tout une musique d’auditeurs, qui ne survient qu’à partir du moment où l’enregistrement a rendu possible une écoute à domicile, chez soi, au calme et à l’écart de l’espace public, et, ainsi, à intensifier la quantité et la qualité de ce que l’on peut se mettre en tête en guise de matière musicale. La musique entre dans la mémoire d’une manière jusqu’ici inédite, par répétition, elle se grave dans le cerveau, y trace ses sillons sans fin dès lors qu’ils se connectent et font musique avec tout ce qu’ils trouvent dans le cerveau, l’auditeur entretenant alors une relation intime avec les musiques qui correspondent le mieux à son ADN, comme cela n’avait jamais été possible auparavant. Quand le DJ touche la matière d’un vinyle, il touche aussi la trace intacte que cette musique à laisser dans sa matière sensible, sa mémoire, sa sensibilité et il lui applique diverses transformations, altérations, manière de se l’approprier, de la faire sienne, pour que ça devienne « sa » musique, il en change la plastique. C’est une technique qui élabore de nouvelles formes d’écritures musicales, même si elles en restent à un niveau mental, abstrait. La Sélec, dans sa version papier et sur le site de La Médiathèque, consacre un dossier sur le platinisme, de l’expérimental au hip-hop et vice-versa, pour non-initiés… La thématique « toucher/matière/bricolage » est aussi traitée via le cinéma, tant fiction que documentaire, pour fournir des images qui explorent l’univers du geste artisanal et du geste industriel. C’est une manière de montrer comment le geste s’inscrit dans un environnement, en est un élément, une production collective qui fait monde, façonne des cultures, des imaginaires. Ceci en présentant Le geste ordinaire de Maxime Coton d’une part et, d’autre part, Le Tonnelier de Georges Rouquier, Le sabotier du Val de Loire de Jacques Demy et Les métiers du bois de Jacqueline Veuve.  L’approche est complétée par une introduction au cinéma structurel – quand la pellicule devient matière à sculpter -, et en évoquant deux jeux audiovisuels qui réactivent les pulsions du bricolage (Machinarium et Littlebigplanet). – La Sélec en soirée avec Pierre Berthet et Galileo. – Le 30 avril à Liège, dans la Chapelle Saint-Roch, Pierre Berthet était l’invité de la Médiathèque (en partenariat avec le Centre Henri Pousseur) pour une performance musicale illustrant le thème de La Sélec 16 (toucher/matière/bricolage). En première partie, le musicien, percussionniste de formation et grand connaisseur des cloches et autres carillons, donnait une pièce de Tom Johnson, Galiléo, du même nom que l’instrument spécialement inventé pour jouer cette œuvre. Johnson, compositeur minimaliste (1938, Colorado) travaille beaucoup à partir de principes mathématiques qu’il s’emploie à incarner – interpréter  et rendre visibles – dans des écritures et dispositifs musicaux. Galiléo est une sorte de carillon pendulaire, une potence métallique où l’artiste artisan a suspendu cinq pendules, des barres de métal résonnantes, de tailles diverses. Les pendules sont disposés à des hauteurs différentes étudiées en fonction du principe découvert par Galilée qui veut « que le balancement d’un pendule dépend du carré de sa longueur ». Le compositeur a calculé une complémentarité des balancements car ce sont les pendules qui, dans l’air, vont battre la mesure de l’œuvre, lui donner sa pulsion intérieure. La partition détermine d’abord ce rythme, en agençant l’ordre dans lequel faire penduler telle ou telle barre, d’abord deux, puis trois, puis quatre. Ensuite seulement, les « coups » sont définis, leur puissance, leur espacement, l’ordre selon lequel frapper telle ou telle barre. Mais avant tout, c’est le balancement qui semble dicter les frappes et les sonorités. Pierre Berthet soulignera à quel point il faut percuter sans interférer dans le mouvement, pour ne pas faire ralentir le balancier et désynchroniser les barres. Il insistera sur la difficulté de trouver le temps de relancer les pendules de manière précise, tout en restant dans la pulsation de l’œuvre et en frappant aux bons moments. Il évoquera Galilée qui parlait des mathématiques comme du livre permettant de lire la Nature. « Quand je joue cette pièce, j’ai l’impression de lire le livre de la nature » dira-t-il en introduction. Les pendules sont lancés, le percussionniste les frappe avec fermeté et délicatesse, la polyrythmie s’élabore petit à petit, son après son, et, du fait du mouvement pendulaire des barres et des gestes, elle se matérialise, visuelle. Concentré, passionné, Pierre Berthet fixe l’espace où dansent les pendules, hypnotisé. L’acoustique de la vieille chapelle est idéale. Le musicien sonde l’invisible et ses lois physiques qui régissent la matière, il voit surgir flux et reflux, va-et-vient qui le transporte, heurte ses baguettes de percussionniste. Coïncidences. Chaque son est la rencontre de l’immatériel et du physique, d’une force et d’une inertie, du corps et de l’instrument, d’un invisible et d’un invisible, d’un corps inaudible et d’un corps audible qui fusionnent et tintent brièvement, chaque fois une surprise, une collision. C’est une expérience et un envoûtement résultant de la convergence entre de loi physique et création artistique. Tout a l’air aléatoire et pourtant tout est écrit. Une musique aérienne, fraîche, dense et volatile et qui garde tout son mystère (le compositeur et son œuvre ne sont que des intermédiaires, tout a l’air être mû par des forces invoquées et déclenchées, qui dépassent artistes et intentions musicales). Un ange passe. (En deuxième partie, Berthet présentera une création à base d’aspirateurs, de seaux métalliques, d’eau, de goutte-à-goutte, mais je n’ai pu y assister.) (PH)  – La SélecLe poster de l’artiste, Elodie AntoinePierre Berthet, son sitePierre Berthet, sa discographie en médiathèqueTom Johnson – Tom Johnson, discographie en médiathèque.


Tuer le ver dans le fruit


Il y a peu, je parlais de ces pommes vouées à la pourriture immédiate, tombées au sol suite aux attaques des parasites, du vent, de la pluie. Elles lâchent prise, s’abîment et, dans un univers où nous sommes tellement habitués à voir des fruits nets, parfaitement calibrés, des fruits culturistes, gonflés à l’hélium, elles cessent de ressembler à des pommes, au risque de ne plus éveiller l’appétit. Finalement, une histoire de conditionnement, de réflexe, de normes et de geste. Je n’en disais pas grand-chose, finalement, par impuissance. J’aurais pu évoquer l’âge du maraudage intense, activité qui ne semble plus avoir la même vogue du fait que manger des fruits n’est pas la nourriture la plus convoitée des jeunes, et où l’important n’était pas tellement de trouver des « beaux » fruits mais de cueillir sur l’arbre, de manger à la source, dans la nature, de se nourrir à l’œil, avec l’illusion de subsister sans rien devoir à personne, dans un verger nous appartenant provisoirement, par effraction. On apprenait, par la même occasion, que les fruits les plus juteux et sucrés ne sont pas les plus resplendissants. Et puis, au détour d’une page de « Miette », roman de Pierre Bergounioux (Miette est le nom d’une femme), je tombe sur ce passage : « Il est arrivé quelques instants après, alors que je peinais à extraire mon bois dans l’azur et l’or. Il portait au creux du bras un panier d’osier, de ceux que sa mère avait laissés. Il l’avait rempli de pommes dont il travaillait, avec son couteau, à ôter les parties gâtées. Il ne restait pas lourd quand il avait enlevé la peau, expulsé le vers et gratté la pourriture. Mais personne n’aurait pu tirer quoi que ce soit de ces fruits tardifs, à demi sauvages, et lui en obtenait de jolis petits morceaux de chair blanche, nacrée, qu’il croquait dans l’après-midi luxueux. J’ai admiré la précision de la main. J’ai été un peu surpris de tant d’application à quelque chose qui, pour moi, n’en valait pas la peine. Plus tard, j’ai compris que j’avais vu un geste, aussi ancien que les mauvaises pommes, que Miette avait confié, avec le panier, à son benjamin. » Cette célébration littéraire des mauvaises pommes dont se régale la résurgence d’un geste qui vient de loin, transmis héréditairement, et qui se conclut en bouts de chair nacrée à croquer dans l’après-midi luxueux, a, fugacement, la saveur de ces paradis perdus où l’on peut voir fugacement de semblables gestes travailler et honorer des fruits qui n’intéressent plus personne, dont plus personne ne se préoccupe. Ça reviendra un jour ou l’autre sur quelques tables étoilées où, la manie de nommer une recette par l’énumération de tous les ingrédients qui en rythment la saveur donnera quelques choses du genre « nacre de pommes nettoyées de ses vers sur Parmentier de boudin ». (PH) – Tarte aux pommes

La cuisine des maladresses

Introduction. Comme à propos des paysages, revenir au sens de cuisiner !- Le plaisir de préparer ce qu’on appelle un « repas de fête » (moment « exceptionnel » par rapport à la cuisine quotidienne) est lié au fait de préparer de ses mains quelque chose à offrir à des amis. Mais, au-delà, à l’immersion dans un univers où la main se retrouve organe de connaissances, habile à palper d’autres dimensions du vivre et des vivres, du lien entre le corps et l’esprit. Quiconque s’adonne à une activité d’artisanat est sans doute familier de cette correspondance entre la tête et le corps dans le travail. Il y a d’abord la représentation du menu, ça se pense longtemps à l’avance, il faut lire plusieurs fois les recettes, laisser ces lectures techniques se transformer en images, en histoires animées quand l’imagination s’en empare et dessine l’enchaînement de tous les actes qui conduisent à garnir les assiettes, se représentant les métamorphoses successives des matières premières en quelque chose de mangeable dont le modèle a été créé la plupart du temps par quelqu’un d’autre (l’auteur du livre de recettes). Un processus de lenteur durant lequel on « communie » avec l’esprit et la sensibilité, ses aptitudes à goûter et à faire parler les goûts, d’une personnalité éloignée, abstraite, que l’on ne connaîtra peut-être jamais, qui peut très bien être décédée (communication avec les fantômes).  Cette communion s’effectue par le biais de l’analyse, exercice de compréhension des consignes mais surtout passage à l’acte incluant une part d’intuitif. (Dans son dernier livre « Ce que sait la main », Richard Sennet se penche sur la relation à la recette de cuisine, page 245, chapitre intitulé « Instructions expressives »).  – Quelques mots d’un menu type – Il me semble que sont particulièrement instructives les recettes alliant simplicité et long processus. Rien de compliqué en soi, mais du temps, une transformation patiente. Un résultat qui ressemble à un plat ordinaire, proche d’une cuisine de tous les jours, mais une saveur qui a pris le temps de mûrir, un temps inaccessible dans les manières de s’alimenter au quotidien. Pour la première fois, je me suis décidé à réaliser un jus de volaille. J’y avais toujours renoncé faute d’imaginer comment faire, comment contourner la difficulté de n’avoir pas à disposition le matériel requis. Finalement, on bricole. Alors, ça consiste à colorer dans la graisse d’oie plusieurs kilos de viande et os de poulets dans une plaque métallique, en laissant attacher. Puis mouiller d’eau jusqu’à évaporation complète et quand la viande recommence à s’agripper au métal, remettre de l’eau, ainsi plusieurs fois. Vider la viande dans un faitout, détacher à l’eau tout ce qui accroche dans le fond de la plaque, verser dans le faitout ainsi que 4 litres d’eau, laisser cuire plusieurs heures. Ensuite filtrer et, à feu moyen, laisser le bouillon s’évaporer pour conserver 4 ou 5 décilitres. C’est un fond de sauce succulent, qui libère ce que les sucs ont de plus goûteux. Parfumé de quelques morceaux de truffe et versé sur un morceau de poisson cuit le plus simplement pour respecter au mieux la qualité du produit, par exemple un turbot saisi à la poêle et fini au four, bien arrosé, il réussit au mieux ce mariage du complexe et du naturel. Quelque chose de similaire dans la réalisation du hachis Parmentier associant de la joue de bœuf et purée de topinambour. La joue a mariné 24 heures dans du Madiran avec une garniture aromatique et des épices. Elle est ensuite saisie dans la graisse, pendant que le vin est flambé. Elle est ensuite recouverte du vin et de fond de veau, remise au four à basse température pour au moins 8 heures. Le liquide (2 litres) doit réduire en fond de sauce de deux ou trois décilitres monté au beurre au moment de servir. Les étapes de ces préparations lentes sont entrecoupées par la confection des différents éléments du dessert : biscuit rond (sans farine) au chocolat, glace à la truffe, autre biscuit à la poudre de cacao, sauce au chocolat… – L’importance des imperfections et de la maladresse. – On travaille à ses fourneaux en s’appliquant, en interprétant, d’abord dans sa tête, le texte de la recette, et en le lisant ensuite avec le corps entier. Durant l’élaboration de la recette (elle est inventée par un tiers, mais pour l’exécuter, il faut se mettre en état de la recréer, elle doit re-venir de soi), on s’est forgé une représentation idéale, parfois influencée par la photo d’un livre !  Or, au cours de la réalisation, je suis sans cesse confronté à une foule de petits détails qui ne correspondent pas à la théorie, la matière ne se comporte pas forcément comme prévu ! Tout en faisant les choses du mieux possible, je prends conscience que les imperfections s’infiltrent et altèrent l’objectif escompté. Ça peut décourager, en même temps c’est cette relation à l’imperfection qui est stimulante, excitante. C’est en réagissant à l’instant, intuitivement, pour solutionner une part au moins de l’imparfait qui vient gauchir le projet, que j’ai l’impression de m’approprier la recette, d’en faire quelque chose qui m’appartient, mais aussi d’apprendre quelque chose, sur la cuisine et sur moi. Richard Sennet (« Ce que sait la main ») étudie aussi l’importance de l’imperfection et de l’échec dans les processus cognitifs des artisans, dans l’élaboration des technologies, des savoir-faire (et donc de la pensée). Ce qu’il faut lier aussi à la nécessité de laisser agir la maladresse pour dynamiser le social, faire bouger l’institutionnel. En effet, dans « la Revue Internationale des livres & des idées », Yves Citton consacre un remarquable article à faire converger le contenu de trois livres : Michel Vanni pour « L’Adresse du politique », « Topographie de l’étranger de Bernhard Waldenfels et « Saccages. Textes de 1978-2009 » de GX Jupitter-Larsen. Pour une théorie et une pratique de la maladresse qui agit comme une bouffée d’air frais : « Eloge de la maladresse. Agir sur les brèches, toujours en retard sur l’urgence des requêtes et en avance sur une compréhension suffisante de la situation, cela condamne nécessairement à faire des gestes maladroits. « La maladresse est le moteur du changement », en ce que c’est à travers elle que passent les déplacements et les décalages qui reconfigurent et redirigent les frayages institutionnels – avec à chaque fois des risques de « dérapages », « d’écarts de langages », « d’effets secondaires » immaîtrisés. Au lieu de subir comme une malédiction (ou dans la honte) la précipitation, l’incertitude et la mal-adresse inhérentes à toute réponse, Michel Vanni nous invite à « revendiquer cette maladresse » comme un antidote à l’arrogance commune aux détenteurs de pouvoir ».  – De quoi la cuisine est le creuset, citation de Richard Sennet évoquant Lévi-Strauss. – « Le métier fondateur, à ses yeux, est la cuisine plutôt que la poterie, le tissage ou la menuiserie, mais la logique du changement, dans son idée, vaut pour tous les métiers. Il présente le changement comme un triangle culinaire, un « champ sémantique triangulaire, dont les sommets correspondent aux catégories du cru, du cuit et du pourri ». Le cru est le domaine de la nature, telle que la trouvent les humains : la cuisine crée le domaine de la culture, de la nature métamorphosée. Dans la production culturelle, observe Lévi-Strauss dans une formule célèbre, la nourriture est à la fois « bonne à manger » et « bonne à penser ». Par quoi il entend, littéralement, que cuisiner des aliments engendre l’idée de chauffer à d’autres fins ; les gens qui partagent des morceaux de cerf cuisiné se mettent à penser qu’ils peuvent partager les parties chauffées d’une maison ; l’abstraction « il est une personne chaleureuse », au sens de « sociable », devient alors pensable. Ce sont autant de changements de domaine. Lévi-Strauss aurait pu tout aussi bien penser à l’argile ; comme la viande, elle est bonne à penser. Dans la poterie, l’argile crue est « cuisinée » tant par les outils qui lui donnent la forme d’un pot que par le four, qui assume le travail proprement dit de la cuisson. L’argile cuite est un médium pour fabriquer des images qui créent un récit à mesure que la poterie est façonnée. Ce récit peut voyager, et il peut être échangé ou vendu en tant qu’artefact culturel. Ce que Lévi-Strauss souligne, c’est que la valeur symbolique est inséparable de la conscience matérielle d’un objet ; ses créateurs ont pensé les deux ensemble. » (Richard Sennet, « Ce que sait la main. La culture de l’artisanat. » Albin Michel, 2010) – Médiation culturelle, médiathécaires, péril SNCB, cerveau, couilles et diesel.  – Rappeler à quel point la main est un outil pour apprendre et pour penser, et que c’est le corps, avec tous ses organes y compris le cerveau, qui pense le faire et met en application théorie et héritage technique, devrait contribuer fortement à réduire l’antinomie tête et tripes, théorie et pratique, chaud et froid. Cela conduit aussi à éclairer autrement les rapports entre objectivité et subjectivité (ainsi que les réflexions sur le « fantomal » dans l’art qu’élaborent Didi-Huberman à partir des textes d’Aby Warburg). Ce qui est une question importante pour toute une catégorie de travailleurs culturels que l’on destine à pratiquer la médiation culturelle. Le livre de Sennet est riche aussi d’éclairages sur les apprentissages par le virtuel. Sans chercher à discréditer complètement l’efficacité et l’utilité, en architecture, des programmes informatiques  de conceptualisation en 3D, il démontre à partir d’exemples concrets comment la perte de la pratique du dessin atrophie certaines compétences et connaissances. Garder le contact avec les manières d’apprendre par immersion corporelle dans les terrains de l’expérience, devrait être une obligation pour les dirigeants. Prenons le cas récent de la catastrophe ferroviaire de Buizingen et de la ministre déclarant voulant qu’on lui fasse connaître la réalité à partir de faits concrets. Si elle prenait le train régulièrement – si elle pratiquait les transports en commun dont elle est la ministre – elle n’aurait pas eu besoin de cette étape et des rapports établis par des tiers experts. Experts en chiffres et statistiques à partir de quoi les dirigeants se forgent leur opinion du réel. Du reste, si les politiques étaient régulièrement dans les trains, ils comprendraient « autrement » la situation de la SNCB et les origines de la catastrophe, peut-être l’aurait-ils même prévue, vue venir et auraient pu anticiper. Dans le traitement de cette tragédie, on retrouve ce face à face entre la tête, le pouvoir, et le bas, le peuple qui prend le train. Un traitement difficile à avaler comme si on se trompait d’emblée de procès et de commission d’enquête. Mais l’exploitation dangereuse du clivage haut/bas, tête/tripes, froid/chaud s’illustre à merveille dernièrement par la publicité Diesel (déjà vu d’immenses panneaux à New York, « Smart may have the brains, but stupid has  the balls ») : « les gens bien ont le cerveau, mais les stupides ont les couilles », la formule donnant l’avantage aux « balls » ! Publicité jugée « espiègle et audacieuse » par Le Soir (25/02/10). Tout l’argument – intelligent en soi dans le concept et l’art du racolage au départ de la mode Jackass – est une exploitation lourde de ce que le clivage cerveau/couilles a de plus primaire, rétrograde et contreproductif pour le vivre ensemble. « Stupide » , ici, est ce qui se rapproche du sensible, capable de prendre des risques, de la passion (« écouter son cœur et pas sa tête »), faire la pari de la nouveauté… C’est bien connu, le cerveau ne sent pas, ne prend pas de risque, ne se passionne pas, n’est pas attiré par la nouveauté, n’a même jamais conçu quoi que ce soit de nouveau !! Sous prétexte d’humour, même lourdingue ça marche, la publicité propage une mentalité réactionnaire où rien ne doit bouger, il ne faut surtout pas changer les bons vieux clivages, ce serait trop nouveau et peut-être que la publicité perdrait quelques-uns de ses meilleurs rouages ! Cette pseudo philosophie du « stupide », présentée ainsi, est lamentable, condamnable comme un acte qui tire la pensée vers l’arrière ! Rien à voir avec la pensée de la maladresse, avec l’art de l’imperfection dans lequel tête, cœur et corps collaborent pour apprendre, créer, dépasser les clivages stériles. (PH)