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Une réserve de paradis

« Sioux in Paradise », Johan Muyle, Bozar, 12.06 > 21.09.2008

 

 

 

 

 

 

 

Réjouissante exposition, courte, explosive. Elle déclenche l’allégresse, la gravité, le tremblement ému face à quelque chose qui ressemble bien aux éclairs de vérité (éclairs d’orages de chaleur). La pirouette du titre : les Sioux, nation indienne opprimée, exilée de son paradis, toujours fière. « See you », voyons-nous, à bientôt au paradis peuvent se lancer les forces antagonistes du monde qui, sur terre, ne font que jouer la comédie même si celle-ci déchire l’humanité. Ainsi, dans les salles « en cirque » que l’on atteint en descendant comme vers l’antichambre infernale, errent des squelettes revêtus des quelques attributs relatifs à ce qu’ils ont semé sur terre. Voici les restes de quelques tortionnaires, de quelques résistants (l’un et l’autre « clones moulés de l’artiste »). Ils sont robotisés pour l’éternité et circulent en hyper ralenti comme des auto-scooters lobotomisées. On peut nous aussi goûter à cette déambulation erratique et nuageuse en s’installant dans des chaises robotisées de la même manière. Au mur, sont fixées de petites installations qui ont quelque chose de grinçant et de comique, elles exhibent différentes visions de l’horreur (ou détournent, « terrorisent » des clichés de « bonheur »). Ainsi, ces petits rideaux style « tabernacle » où s’inscrit en lettres d’or « the show must… », s’écartent sur la vidéo de la pendaison de S. Hussein. Ou, derrière une tasse où se dresse une effigie de Baudouin 1er, voici Che Guevara stigmatisant le colonialisme impérialiste belge. L’installation, qui tient du coucou tyrolien, « ceci n’est pas une pipe », exhibe la bouffarde du Sous-Commandant Marcos que l’on voit cagoulé en interview ; « Singin’in the rain » est éclaboussé par des fontaines de sang; au karaoké « marseillaise », vous pouvez chanter au micro les immondes paroles de cet hymne national guerrier, intolérant, sarkoziste avant l’heure, en ricanant mal à l’aise sur les images patriotiques et militaires d’un défenseur de la terre. Sous le côté drôle, les niveaux de lecture sont multiples, complexes et corrosifs. Et qu’il est bon de voir « attaqué » de la sorte « notre grand roi catholique » que, selon la presse à l’époque, « tous les belges ont pleuré ! Cet univers fabuleux qui réveille la conscience est sorti de l’imagination de Johan Muyle, bien sûr, mais s’est d’abord exprimé dans ses carnets de croquis. La richesse de cette expo (petite) accentue la vacuité de l’autre grande et voisine « It’s not only rock… ».