De l’atelier à la caverne des souches de vie et mort

Annette Messager, Mes transports, (13/11/13 – 21/12/13) Galerie Marian Goodman – Richard Sennett, Ensemble. Pour une éthique de la coopération. Albin Michel, 2014 – Tim Ingold, Marcher avec les dragons, Editions Zones Sensibles, 2013.

 A. Messager, Mes transports

Il franchit la porte, l’impression d’une vie laissée en plan, un atelier subitement déserté, théâtre d’un départ précipité. Billes éparpillées, une salle de jeux abandonnée. Il y perçoit des maquettes de souvenirs, bruts ou élaborés, rêvés et transformés en récifs ou chapelles votives par des mains industrieuses. La transposition du statut d’intangible à la figuration en relief et en dur donne à l’ensemble un air incertain, une sorte de bricolage sacré laissant déborder une part de désaccord entre forme et fond, un peu de diachronie. Matières plastiques, treillis, bois, papier mâché malaxé, modelé, trempé dans l’encre noire. Une machinerie artisanale qui rend visibles des configurations obsessionnelles, mais jamais définitivement fixées, jouant des scénettes suggestives, charades. Petite troupe de métaphores statufiées, toujours en déplacement. Il se dégage de l’ensemble une grande impression de fragilité, de fugacité, de campement nomade pouvant s’estomper. C’est fragile, posé sur des couvertures de déménageur, chinées ou feutrées à lignes uniques sur le bord, parfois plusieurs couches, le moindre choc peut altérer, évanouir ce qui est cristallisé sur les plis de ces tissus (qui ont aussi des connotations militaires, de bivouac et de sauvetage). Un côté hôpital de campagne, dispensaire pour bric-à-brac. L’épaisseur de la couche des couvertures pliées varie, jeux de couleurs, textures, lignes, diagramme de la valeur de ce qui y repose. D’autre part, c’est lourd et encombrant, déposé sur des planches à roulettes, chaque déplacement implique de sérieux ajustements de l’ensemble, un rééquilibrage de l’influence exercée par chaque sédimentation mémorielle. Ce n’est fixé à jamais ni dans le lieu ni dans le temps. L’organisme humain qui donne naissance à ces visions peut les éteindre à tout instant. À tout moment, elles peuvent être déplacées, rouler et être emportées ailleurs, déportées. C’est là, mais provisoirement. Ce ne sont pas des sculptures finies, l’inachèvement est leur finition même, leur nature, exactement comme ces figures récurrentes dans nos rêves, chaque fois différentes, mais en lesquels on reconnaît de rêve en rêve le retour des mêmes visiteurs, avatars en série que travaille notre inconscient en relation privilégiée avec l’autre côté.

Cela semble les pièces d’un puzzle, rassemblées à titre d’exemple, sans exhaustivité, d’autres peuvent surgir, certaines disparaître, ça peut changer constamment, et chacune des pièces peut être reprise, être remise en chantier, cassée et recommencée, ressassée à nouveau, s’amputer ou remâcher d’autres agencements. Tout va bien tant qu’il est impossible de se représenter l’image finale du puzzle. Ce sont autant des pièces présentes que la description de pièces manquantes. Petit lit, évocation d’une grande couche. Cube noir nu, un tout, forme indépassable. Tête dévissée au long cou courbé, tout au bout d’une extase, révulsée pour sonder l’infini d’une jouissance ou la donner à voir, la mimer, évoquant d’un même mouvement le regard sous les jupes et le scrutateur de cieux étoilés. Une bottine orpheline (et forcément, quelque part, deux pieds dépareillés, l’un nu l’autre chaussé), famille de ces objets avec lesquels un lien particulier s’est noué et que l’on n’oublie jamais, talisman. Un oiseau couché sur le dos, pattes griffues en l’air, raide dépouille de l’élément aérien, mascotte voltigeuse éteinte, toute la tristesse du monde et la peur de la mort, compassion et peur de lui ressembler. Un lézard teckel réversible, vu sous un angle, la bête semble saillir son ombre, sous un autre plutôt offrir son ventre à la copulation, immobile sur son socle de bois, protégeant un tiroir-terrier d’où débordent des membres, des bras, des mains, des doigts.

Là, le mouvement est suspendu. Ce sont des organes, de ces organes complexes composés de viscères passe-partout, de fragments corporels bestialisés, de bouts d’imaginaires fétiches, des dépouilles mentales coriaces, des empathies entre choses et bestioles. Des traumas, des délivrances, fondues, confondues, dans une absence de dualité. Fabrique de chimères. Il s’approche de chaque ensemble, prudemment, se demandant si cela ne va pas bouger, vibrer, chauffer, pétarader, s’échapper, lui sauter à la gorge, lui empoigner les pieds. Cela ne semble pas inerte. Bien plutôt, il ne peut que se demander comment ça fonctionne, comme s’il s’agissait de corpus mécaniques, de petites machines à l’arrêt. Petites machines de l’ombre. Car nul doute que pour l’artiste, ces formes sont des dispositifs dynamiques, énergétiques, positifs ou négatifs, vers le bas ou vers le haut, ce sont des propulseurs d’un désir de vie et de mort singulier. C’est une communauté de moteurs orphiques qui usinent les leitmotivs chosifiés d’une pensée, d’un rapport au monde, c’est avec cela, cet ensemble-là de pleins et de creux, de formes ou défonces agencées où grouillent les pieds et les mains, dynamos fantasques, que l’auteur crée du lien avec le monde, produit son électricité cardiaque, façonne son environnement et se laisse façonnée par lui, tapisse ses parois d’échanges avec tout ce qui l’entoure, c’est avec ça qu’elle devient et avance. Cet ensemble de pièces hétéroclites nouées entre elles constitue le roulement à billes qui l’a transportée jusqu’ici, jusque maintenant, et après !? Une sorte de testament anticipé ? Cirque mental replié dans ses chariots, attendant le signal du départ, vers un autre terrain vague, une autre représentation d’exercices latéraux et accidentels – ouverts aux accidents du savoir-faire – du corps et de l’esprit.

Qu’est-ce qui souffle autour de ces divers attroupements de signes organisés en sculptures ? Un esprit d’aventure intérieure qui remonte aux ateliers des XV et XVIième siècle où, rappelle Richard Sennett, les « accidents de travail, la découverte accidentelle de quelque chose de nouveau et différent » orientaient les recherches vers de nouveaux régimes de savoirs, intégrant l’importance de la « pensée latérale » : « L’atelier-laboratoire fit ainsi passer la communication dialogique au premier plan, le genre de discussion où quelqu’un au labo dit « regarde-moi ça, c’est curieux », et partage sa découverte avec un collègue de travail. Le processus expérimental rendit particulièrement importante une sorte d’échange gagnant-gagnant : l’avantage mutuel qui vient de la pensée latérale. » (Richard Sennett, Ensemble. Pour une éthique de la coopération. Albin Michel, 2013, P. 152) Des ateliers-laboratoires actifs dont les acteurs ne voyaient pas toujours de manière précise l’usage de ce qu’ils inventaient, ça aussi, ça se respire dans l’atelier Messager et, précisément, cela aide à trouver sa respiration dans le monde : « Le matériel de navigation était fait main, mais l’outillage employé pour fabriquer le sextant comprenait des instruments de précision pour découper le métal et des graveurs sur bois mécaniques. De nouvelles techniques rendirent la chose possible, et les ateliers où se faisaient la découpe du métal et la gravure sur bois ressemblaient davantage à des ateliers d’imprimerie qu’à des ateliers de charpentier ; beaucoup de gens mettaient la main à la pâte, créant de nouvelles formes sans trop savoir comment les produits seraient utilisés. » (R. Sennett, p. 154) Tout cela à l’œuvre dans le travail solitaire de l’artiste elle-même habitée ouvragée de l’intérieur et de l’extérieur par les relations dialogiques avec tous ceux, celles – incluant objets et animaux féminins, masculins ou neutres -, qui lui inventent son rapport au monde, lui donnent un ancrage dans le vivant. Du coup, le visiteur y puise aussi de quoi entretenir son propre atelier-laboratoire caché, perpétuer cette attitude d’attente et de recherche.

Un grand capharnaüm s’élève au loin comme le cénotaphe de l’amour, la célébration de l’accouplement, sauf qu’en y regardant de plus près, rien ne semble aller de soi, c’est un grand bahut qui crie à hue et à dia, constitué autant d’angles droits incompatibles que de courbes qui s’épousent, ça arrache autant que ça coulisse, l’idée générale est autant celle d’une fusion que d’un jaillissement de différences et de tangentes, les forces sont autant centrifuges que centripètes et c’est cela qui enveloppe le tout d’un rayonnement harmonieux, mais creux, vide, la baise est ailleurs, n’est pas dans ce meuble fantasque, c’est une coque vide mais un autel où l’on peut le faire revenir. Plus vénéneux, un bassin femelle tronçonné, vulve ouverte dilatée, évoquant ces moules que l’on utilise pour dessiner des formes dans le sable ; de cette forme vidée, comme d’une culotte transformiste, jaillissent deux tentacules souples, longs et deux plus petits plus haut, de part et d’autre d’un corps de poupée malmenée, corsetée, la disposition de ces pattes ayant un  air de famille avec araignées et cloportes ; cet étrange corps surmonté d’un crâne braillant lui-même mangé par un autre crâne, momifié, grimace anthropophage, posé coincé sur ce l’extrémité d’une toise ou d’un crucifix. Plus loin, le corps d’un chien couché sur le côté, pattes postérieures repliées – une patte antérieure toute petite, atrophiée, pâle crochet rachitique -, surmonté d’une tête d’homme très réaliste, disproportionnée, qu’il soulève un peu tandis qu’à califourchon, un corps féminin nu, plus petit, sorte de sphinge frappée, tachetée avec une tête fuligineuse, partiellement cramée, exerce son mystérieux ascendant, on y reconnaît la fusion animale entre monture et cavalière, à cru. C’est, ailleurs, au centre d’une corolle de tutus funéraires, un autre bassin tronqué – tranché à la naissance des cuisses et entre pubis et nombril, évidé, ce qui en fait une sorte de tuyauterie de jonction, un échangeur -, le haut des cuisses vide, sorte de canalisation d’où jaillit un bouquet de jambes agiles, de bras serpentins, multiplicateurs de mouvements en tout sens, c’est ce flux de membres agiles qui court dans les jambes et les bassins des danseurs et danseuses. Les trajets de l’un à l’autre de ces objets rituels ressemblent à une procession. Il flaire, ou plutôt quelque chose dans ses neurones frôle ce qui devait se passer dans ces ateliers historiques où, du travail de la main couplé aux connaissances fouillées, expérimentées, naissait un élargissement du champ de vision non linéaire, au creux des tripes, mécanisme d’ouverture qu’évoque Richard Sennett à propos des instruments d’optique peints dans un tableau d’Holbein : « Comme le scalpel, il s’agissait d’instruments raffinés qui permettaient de voir plus clair et plus loin qu’à l’œil nu. À la différence du scalpel, plus les gens voyaient clairement, plus ce qu’ils voyaient les intriguait : des lunes jusque-là inconnues dans le système solaire, un aperçu d’étoiles et de galaxies plus lointaines encore qui, toutes, défiaient l’entendement. Johannes Kepler (1571-1630) se trouva face à ce problème en 1634, quand une supernova (une immense boule gazeuse) devint soudain visible dans le ciel ; les astrologues utilisant des formules magiques expliquaient le pourquoi de son existence, mais pas ses mouvements déroutants, que Kepler observa au télescope. » (Richard Sennett, p.272)

Et puis, dans son champ de vision périphérique, comme une émanation vaporeuse des objets rituels, djinn s’échappant des anfractuosités de papier mâché, forme furtive se glissant d’une cristallisation métaphorique à une autre – de l’escargot noir devenant bite en traçant son sillon sur la conque étalée d’une feuille de choux, charnue, nervurée (la légende populaires des enfants venant dans les choux) au camion de bois transportant dans sa benne une troupe extatique et/ou paralytique de clebs déportés, mascottes mortes ou vives -, une botte droite cinglante, noire et charnelle, bien appuyée au sol, tandis que la gauche en arrière plan flanche dans le vide, retourne aux ténèbres fluides, et juste au-dessus d’un bout de peau, entre tibia et genoux, sanglé et transcendé par le bas résille – un fétichiste y verrait toute la chair, la chair même, vue imprenable sur mont de Vénus lacé quadrillé -, le balancier d’un carré blanc aux bords flous, écran vaporeux à la frange duquel un bout de chiffon, imperceptible, fripé et quasi subliminal, coloré, contrasté, sans doute le bas d’une jupe qui, dans le mouvement, frappe l’esprit comme l’aperçu spasmodique d’un tissu intérieur, un aperçu interdit. Ces éléments, botte, peau, résille, tissu, carré blanc, exactement de même nature composite que les œuvres exposées. Le temps d’un éclair, disparue au sous-sol. Au fur et à mesure qu’il descend l’escalier vers le profond de la crypte, appréhendant ce qu’il va y découvrir – sur base de ce qu’en révèle l’un ou l’autre article de presse ainsi que le feuillet de la galerie, s’en faisant donc déjà une représentation -, les perceptions face aux œuvres de la première salle, en surface, se développent, prennent une toute autre dimension par le biais de ce qu’elles ont réveillé intérieurement et de ce qu’elles suggèrent comme nouvelles capacités sensibles à laisser germer, du corps étranger s’intégrant ainsi au corps propre, d’autres interfaces avec l’immensité plissée de l’univers se dessinant organiquement dans la sinuosité intestinale du cerveau, « ajustement permanent des organes récepteurs », confortant la notion de « psychologie écologique » de Gibson (1979) : « la perception non pas comme une activité exercée par l’esprit sur les informations délivrées par le corps, mais comme une activité dynamique de la personne dans son ensemble, qui se déplace dans un environnement et qui cherche à savoir en quoi celui-ci peut contribuer à la réalisation de ses projets présents. Voir, entendre et toucher ne sont donc pas des réactions passives du corps à des stimuli extérieurs, mais des processus d’attention active et intentionnelle au monde, d’ajustement permanent des organes récepteurs, de manière à relever, à travers les modulations de la gamme sensorielle qui en résultent, les informations spécifiant les caractéristiques significatives de l’environnement. » (Tim Ingold, Marcher avec les dragons, p. 272, Editions Zones Sensibles, 2013)

Une fois au cœur de la caverne, pénombre forestière zébrée agitées de déplacements lumineux, d’ombres rampantes, agiles ou saccadées, un premier moment d’émerveillement face à quelque chose de rêvé et que le subterfuge artistique lui permet d’éprouver comme en vrai, la vie des arbres vue d’en bas, du sol, sous leurs racines, apercevant leurs souches comme lévitant très haut à la surface de la terre. Avant de réaliser qu’il s’agit – bien qu’il ne faille pas évacuer toute ressemblance avec les souches d’arbre – d’empreintes de vie, soulevées, suspendues par des sortes de treuils. Avec ce que cela a de paradoxal d’être en l’air au sous-sol, proche du ciel tout en étant sous la surface de la terre ? Céleste et chtonien. Et donc, des empreintes individualisées, chacune différente, particulière, même si elles se rattachent à la vie d’une même personne, racines développées dans des moments distincts de la vie, des facettes diversifiées d’une même emprise dans le vivant. Cela donc, ou une collection d’âmes dans les limbes. Avant la vie, prête à percer le sol et à jaillir dans le présent, ou au-delà de la vie, attendant l’ultime étape de migration. Aube ou crépuscule ? Ou équivalence entre les deux moments, l’initial et le terminal !? Ces socles irréguliers, dissemblables, immobiles comme des défroques de personnages typés, abandonnées dans les cintres hauts d’un théâtre abyssal, ou encore les habits et outils de mineurs aux crochets aériens d’un vestiaire muséifié, silhouettes stupéfiantes avant plongée dans les entrailles ou percée vers la lumière, figurent des cartographies sauvages, cellules paysagères par lesquelles des humains ont fait ou feront leur trou dans la vie. Des lambeaux d’histoires par lesquelles des êtres se sont incrustés dans le vivant. Cela évoque des établis de menuisiers couverts de chutes et de rebuts de bois de toutes formes, désajustées, cylindriques ou angulaires, pièces ratées, esquisses délaissées dans des congères de sciure d’où émergent encore des restes d’outils, serre-joints et maillets. C’est cela, ces restes, et non les pièces finies, qui accrochent nos existences au vivant. D’autres souches sont comme des plateaux recouverts de formes géométriques obsessionnelles, cônes et chapeaux pointus, rouages ou bouts d’échelles. Tournures d’esprit. Certaines sont des ensembles plus brouillons, entrelacs de fils sans but, évoquant des systèmes nerveux éprouvés, éclatés, terminés parfois par la silhouette d’un phasme surmontant un élevage de poussières où sont vautrés quelques animaux familiers, chiens, chats et rats pelucheux. Chaque pièce reflétant des structures de connaissance et des formes de réaction idiosyncrasiques, momentanées, partielles, que chacun tisse à l’aveugle pour s’orienter, faire son chemin de vie. Les surfaces accidentées de ces œuvres, tournées vers le bas, lui évoquent la peau racine des céleris raves, tégument irrégulier, scarifié, bulbeux, trompes, tentacules, radicelles, le tout plongeant dans la terre pour y boire et manger, constituer le légume, non calibré, différent de son voisin. Chaque pièce évoque les configurations relationnelles singulières – avec des choses, des animaux, des personnes, des éléments immatériels – qui correspondent à des organisations personnalisées de systèmes perceptuels. Des fragments d’environnement. Des souches de vie dont la nature montre bien l’impact d’un échange, la trace des poussées et des résistances, le moulage de ce par quoi l’on adhère au vivant, la vie n’étant pas un sens d’origine humain que nous superposons au monde tel que nous l’expérimentons, mais une interpénétration de ce qui nous préoccupe et de ce qui nourrit ces préoccupations, leur donne forme. « Tout enfant humain normal vient au monde en étant déjà situé dans un tel champ, et à mesure qu’il grandit, développant ses propres structures de connaissance et formes de réactions, il devient également un agent autonome capable de s’engager dans de nouvelles relations. Ainsi, au cours du développement, la configuration des relations d’une personne devient indissociable de l’organisation même de sons système perceptuel : les différentes manières de percevoir s’apparentent à la sédimentation des histoires antérieures des relations directes et mutuelles entre les personnes et leurs environnements. Et c’est dans le contexte de ces relations que les composants de l’environnement ont un sens. Nous ne superposons pas un sens à un monde (« nature » ou réalité physique ») préexistant en dehors de nous, car il nous faut pour vivre habiter dans le monde, avec les composants duquel nous devons être en relation pour l’habiter, le sens étant inhérent à ces relations. » (Tim Ingold, p.273)

L’ensemble se tient coi au bout de ses filins. C‘est la course filante de lumières, crues et rapides, mécaniques et chirurgicales, qui donne l’impression, à intervalles réguliers, selon un cycle précis – allégorie de celui du jour et de la nuit – d’un puissant remue-ménage semblable à celui d’un tamis énergique, succédant à la torpeur des souches de vie en lévitation. Les ombres alors courant en tous sens, déconstruites, ondes se transmettant aux visiteurs, matière première de nouvelles configurations, matière noire pour construire de nouveaux socles. Que vont devenir ces nuages suspendus, moulages sombres de vies passées ? Se diluer, fondre et retomber en pluie de cendres ou se réincarner, crever le plafond et disparaître dans la mort, en attente de renaissance, tels quels ? Tapis dans la caverne aux parois parcourues d’ombres cinématographiques, seul, ayant perdu de vue le signal d’une présence périphérique, il se sent comme arpenté par un pas de bottes se dirigeant vers un point charnel indéfini, la peau parcourue emprisonnée d’une fine résille électrique couleur chair, prêt à chavirer dans un horizon blanc, crémeux, toujours en mouvement. (Pierre Hemptinne)

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