Mickey et les tireurs fous.

Même si, sur la photo de famille des puissants de ce monde, chaque gentil décideur est affublé d’un masque de méchant, ce n’est qu’un méchant connoté Walt Disney, c’est juste pour rire, on sait que le gentil triomphe toujours. Cette image est saisissante, elle dénonce, met en scène l’hypocrisie en révélant l’antinomie entre la respectabilité et la responsabilité au niveau de l’état catastrophique du monde et, dans un même mouvement, signale l’impossibilité de dénoncer. On a beau leur mettre des gueules de méchant, qu’est-ce que ça change ? Même chose pour les troupes armées passées en revue par un officier à tête de Mickey ou la petite fille emmenée par deux militaires cachés sous le même masque bon enfant jusqu’au malaise. J’ai aperçu aussi, de la même série, mais en lambeaux, la photo d’un corps supplicié, mourant de malnutrition et, lui aussi, dissimulé sous les traits de la même créature optimiste, increvable, à tel point que l’on en oubliait presque de regarder le corps anémié, tordu, au profit du masque, par contraste, monstrueux. L’industrie des dessins animés hollywoodiens continue ses bonnes œuvres, inculque ses scénarios répétitifs et massivement normatifs qui brouillent la relation au réel car, à force d’être plongé dans l’écran omniprésent de ces scénarios, on doit s’imaginer vivre dans ce genre de construction, on pense à la manière de ces structures narratives. C’est un camouflage systématique des points de tension politiques, de tous les malaises dans la civilisation néolibérale. C’est une politique de la diversion permanente. Il n’y a pas d’un côté l’organisation du contrôle voire de la répression et de la terreur, les appareils de pouvoir imposant des politiques destructrices et, de l’autre, les industries de loisirs avec ces produits du divertissement toujours renouvelés et toujours semblables. Tout cela se tient et fonctionne ensemble. C’est ce que mettent en scène ces papiers collés où l’irruption des visages de dessins animés dans des images du réel inquiétant – l’armée toujours massée aux portes de l’événement, prête à intervenir, une poignée de décideurs pour la planète entière, quoi de plus angoissant ? – désamorce toute critique, désagrège la responsabilité. Ce cul-de-sac de la dénonciation, comment n’éveillerait-il pas le désir d’en finir, de passer ou de faire passer de l’autre côté ? Regardez ce squelette rose épousant la grille d’un caniveau ou la silhouette de ce bonhomme comme casqué d’une bombe à retardement. Du côté des dynamites-sardines, ficelées en botte et placées à l’angle de plusieurs rues courues, le compte à rebours a commencé. La bombe blanche collée au mur, en arrêt. Regardez ce singe rouge braquer son arme, de sang froid et mélancolique, vers tous ceux qui descendirent de lui. C’est l’origine qui vient clore un futur catastrophique, mieux vaut le descendre avant, ne pas prolonger les souffrances d’un présent abîmé. Le grand guerrier issu de jeux vidéos n’y va pas par quatre chemin : cette créature 3D des hommes se retourne contre eux, renvoie la folie du massacre à l’expéditeur. Monsieur que offre une vision soft, décalée parce que presque mondaine et évoquant les boudoirs, des rapports de violence entre femme masquée et séducteur à tête de mort. Le trottoir assène un verdict sans appel : il te faut du vice pour supporter ta nullité ! La création colorée de Macay, nuage de fleurs et de bouches cantatrices, laissant flotter deux femmes épargnées, l’une dans la pesanteur d’un rêve clos, l’autre enfermée dans une sensation de douceur, souligne par son vaste fond rouge combien, là, il manque de fleurs, de chansons et de femmes sachant rêver et capter la douceur. Les contrastes entre rouge, gris, quelques autres couleurs primaires et la disposition suspendue, sans ancrage, accentue l’impression qu’apparaît là, sous formes de stigmates oniriques, la représentation d’un manque. Et toutes ces images transperçantes, aperçues en rue récemment à Paris, j’en revis le dard pénétrant dans le regard factice de sculptures, à Namur. Notamment dans les pupilles fixes de cette meute de loups rouges de Sweetlove, attendant le visiteur derrière la porte, chaussés de basket aux pattes de devant et portant des bidons d’eau. Porteurs d’eau pour l’humanité qui aura dilapidé ses réserves. Ces animaux en voie de disparition, bafoués par l’homme, lui pardonnent et lui apportent le précieux liquide indispensable à sa survie. Belle leçon. (PH) – Vidéo Macay fait le mur – Exposition Sweetlove

 

 

 

 

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