Maison soleil, maison coeur

Philippe Bouillon, Peintures, Tout est possible, Espace blanches, du 06/05 au 29/05/11

Maison soleil

 

 

Philippe Bouillon, Peintures, Tout est possible, Espace blanches, du 06/05 au 29/05/11

Les toiles de Philippe Bouillon installent une longue ligne d’horizon, ligne de partage entre ténèbres terrestres et célestes, dans ces instants crépusculaires et magiques où une profonde lumière bleue les imprègne et les trame. Ligne de partage et tout autant de rencontres, de mélange, le haut glisse dans le bas, le bas s’évapore vers le haut. Ligne de passage, on passe forcément de l’autre côté. Jeu de miroir entre le gouffre cosmique et l’abysse terrestre qui, autour du trait le plus minimal – une ligne abstraite, l’idée d’une ligne puisque la ligne d’horizon n’existe pas -, donne cette impression d’infini bleuté et d’indéterminé. Cette ligne imaginaire apparaît dans sa nudité complète car tout ce qui, d’ordinaire, en empêche la vision et la réception, a été retiré, écarté, effacé. Tout ce que l’homme invente pour se convaincre d’habiter l’espace et réduire la distance entre lui et l’horizon a été escamoté. Retour au vide et au vivant conçu comme une page blanche, vierge. C’est le levant ou le couchant, le levant et le couchant à la fois, ces instants où, en général, le soleil est rouge sang et se laisse presque regarder. Cette couleur de soleil rouge sang, rouge coeur est bien là, irradiant une forme qui n’est pas celle de l’astre mais celle de maisons. Ce n’est pas une substitution pure et simple, c’est du soleil rouge cœur en forme de maisons. Des idées de maison, elles me font penser aux pièces en bois des anciens Monopoly (Michel Voiturier a la même idée dans son texte d’introduction à l’exposition) qui se seraient affranchies des jeux qui lient « maison » à « terrain » et « argent » pour coloniser l’invisible, l’impalpable. Elles sont plantées ou elles lévitent là où on ne s’attend pas à voir rayonner une maison et pourtant, impossible de les déplacer, de les imaginer ailleurs. Elles poussent où elles veulent, sans rien figer, les fondations sont avant tout mentales, spirituelles et faites de désirs, en mouvement. Ce sont des maisons couchantes ou levantes, comme le soleil. On peut leur attribuer la faculté de franchir la ligne d’horizon, disparaître et revenir, en cycle. Ce n’est pas de la brique. Elles s’allument ou s’éteignent selon l’ouverture des possibles. Elles ne sont ni ternes ni passives, elles travaillent comme le cœur à pomper et propulser le sang virtuel des rêves, sans limites, pour continuer à imaginer trente-six mille manières d’habiter l’univers. Elles pulsent le désir d’habiter ailleurs, autrement, de repenser l’hospitalité humaine dans le vivant, en finir avec les logiques de possession et d’exclusion, de territoires, de prix au mètre carré. Ce sont des maisons sans territoire. Apprendre à dessiner une maison est un apprentissage incontournable, un passage obligé dans la formation de nos personnalités. Ça ne veut pas dire pour autant que cela nous prédestine tous à devenir propriétaire : dessiner une maison c’est réfléchir à ce qui nous structure, notre architecture parmi celle des autres. Le rouge intense et lumineux des maisons de Philippe Bouillon est aussi très « indien », il est celui du « pigment rouge que les hindous déposent sur le front en guise de troisième œil, l’œil intérieur, celui de la connaissance de soi et de la sagesse. » (Caroline Naphegyi, Art Press). Dessiner sa maison comme exercice de connaissance de soi, ce sont des maisons qui regardent en nous. C’est une idée toute simple qui prend de la force d’être ainsi déclinée en série. Les peintures acryliques de Philippe Bouillon sont denses et légères, essentiellement vibrantes et illuminées. De ces vibrations et harmoniques entre ténèbres et « rouge maison » utopiste, même s’il y a inversion quant à la couleur de l’atmosphère et celle de la construction projetée dans le rêve intemporel d’habiter quelque part au mépris des lois de propriétés, c’est la musique d’une chanson précise qui se met à chantonner en moi chaque fois que je repense aux toiles de Philippe Bouillon : « C’est une maison bleue accrochée à la colline… », pas exactement la chanson de Maxime Le Forestier dans ses contours exacts, scie d’une époque particulière, mais tout ce qu’elle évoque et met en musique par répercussion, concordance, un halo, une idée musicale qui élargit ses cercles mélodiques jusqu’au sans fin… (PH) – Site Philippe Bouillon

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