Gruyère.

Prison, recto verso. – Michael Beerens investit Le M.U.R. avec un cliché toujours bienvenu. De loin, un mur de prison, surmonté de caméras de surveillance et de barbelés, et on se situe à l’extérieur du mur, confronté à l’inconnu du carcéral, voilà une image qui éveille la conscience. En fait, ce n’est pas une prison de ce genre-là, c’est un mur de protection, le système de surveillance est dirigé vers l’extérieur et, à l’intérieur les rats nantis ont plein de gruyère à becqueter. Hors les murs, il n’y a aucune protection, les rats démunis crèvent la dalle. Là, la séparation entre extérieur et intérieur est claire. Et l’on comprend que, pour la plupart, nantis, nous sommes à l’intérieur et regardons les individus libres, à l’extérieur, râler au sol. Il n’en va pas autant de cette intervention sur la burqa, autre séparation cultuelle/culturelle entre « dedans » et « dehors ». – Burqa, oui ou non ? – Il n’est pas évident d’avoir le fin mot de ces images collées dans la rue : « La Burqa pansement », « La Burga Taxi », (« La Burqa parapluie » existe aussi, je ne l’ai pas vu en situation). Quel est le message et l’intention ? Sur le site Internet, aucun texte, aucune explication, juste quelques photos. Pansement, taxi équipé de voiles, parapluie couvrant, est-ce une manière d’indiquer les milles et une manières de remplacer la burqa interdite par des voiles autorisés ? Rappeler toutes les façons, courantes, de se dissimuler son identité, de passer inaperçu? Y a-t-il intention de rire de la burqa, telle qu’elle est, telle qu’elle pose problème à certains ? – Positions désirables. – Le grand placard de majorettes brandissant, dans tous les cas de figure imaginables, leur bâton rituel et festif, intitulé « Postures », rappelle combien les fantasmes collectifs, organisés par les divertissements populaires – et dieu sait si les majorettes ont été objet de fantasmes, dans les conversations, les chansonnettes -, peuvent avoir l’air, après coup, dérisoires, complètement désuet. Ces jeunes filles étaient considérées comme adeptes de l’exhibition érotique organisée, familiale, folklorique. On se sent plutôt dehors, peu concerné, sauf à le prendre comme sujet d’étude. – Nostalgique et rebelle. –  La pépée évoquant une héroïne de vieilles BD montre du doigt – c’est sa fonction de présentatrice -,  un super héros convaincu d’être beautiful. Elle plante le décor des notions dépassées dans lesquelles on s’enferme par goût (besoin, tel que le mot apparaît, en français, dans un morceau de Prince, entre sexe et Batman)) des nostalgies romantiques. La rue, c’est plein de vœux pieux, on est volontiers bravache quand il s’agit de pocher un message sur la brique. Ainsi : « Don’t follow leaders », avec une silhouette connue, proche de Dylan (il me semble, ou un sosie), mais est-ce « leaders » qu’il est écrit ou « leakers », ou y a-t-il bien une confusion volontaire entre les deux mots, « leaders » devenant l’équivalent de « fuite », fuitard, auteur de fuites ? Est-on leader ou leaker, comment décider, où se situe-t-on ? Ou ce dessin nous situe-t-il ? Du même calibre, cet autre pochoir « n’être/naitre esclave 2 personne ». Les yeux du visage proférant ce précepte sont comme des grillages de prison. Où sont l’intérieur et l’extérieur de cette prison ? Dans la tête du personnage représenté ? Partout autour sauf dans sa tête ? – Palimpseste et croûtes. – A l’entrée de certains passages ou immeubles, les « communs » sont tellement recouverts de signes, signatures, taches, marques, traces, projections, autocollants, pochoirs, graffitis, en superposition, en imbroglio de messages sommaires (codés ?), qu’on ne distingue plus rien, c’est sale et brouillé, couche sur couche, est-ce encore un boîtier d’électricité, un alignement de compteurs recouvert de déjections de signatures (des paraphes, des ébauches, des postillons, des esquisses, des bribes de graphes, négligés, postillonnés) ? Est-ce encore la rue ou un intérieur tapissé de couleurs et de formes ? Un pan de mur fonctionnel ou bien une surface tellement imprégnée et saturée de projections humaines qu’il conviendrait de la découper et de la transplanter vers un musée, tel quel. Extérieure au système des musées et galeries, elle peut à présent y rentrer, par défaut. Elle est devenue autre chose. Quoi ? A chercher, à examiner selon autopsie. Sardine Animal continuerait à croire qu’il est possible de traverser tout ça grâce à la transmission de pensée mais le personnage qui interroge «me reçois-tu ? » ne semble pas forcément fréquentable, un peu caractériel, dissimulé sous un vague bandeau (loup), il chercherait sournoisement à pénétrer le gruyère mental de tel ou telle pour en prendre possession que ça ne m’étonnerait pas. (PH) – Michael Beerens La burqa/de Lode Kuylenstierna

 

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