L’invasion marrante, mais pas que (THTF, mars 2011)

Un vrai jeu de piste, une frise dispersée, une BD à reconstituer, case après case, une invasion des créatures domestiques THTF. Enfin, une drôle d’engeance, grouillante, lutinesque, il en sort de partout, génération spontanée, dérivée, dégénérée pokemonesque. Des êtres qui prennent l’apparence d’animaux de compagnie, de mascottes sympathiques, mais qui nous regardent d’un drôle d’air. Bestioles qui se glissent entre nos pieds, nous emboîtent le pas ou, passant juste le haut du crâne d’un trou noir, de leur houppe et yeux nous épient. Étranges piafs téléguidés. Particules inanimées devenues bonhommes, pièces de machines humanoïdes, formes molles au modelé de plasticine carnée, fossiles d’ectoplasmes réincarnés. Ce sont des hybrides, porc-épic échassier, mouton ourson, chien marcassin musaraigne, teckel marsupiau forme à gâteau, brebis baudruche nuage en pleine ascension murale, cochon poussin ouistiti. Ils jouent avec l’angle des murs, les bornes en pierre, glissent furtivement hors l’ombre de tuyaux (sur un skateboard), font mine d’aller se cacher dans une poubelle. Cela peut être tout aussi bien des êtres géométriques, des édifices ou édicules initiatiques (évoquant certaines représentations de tours ornées d’oriflamme dans l’horizon symbolique des paysages du Moyen-âge), des armes absconses s’engouffrant dans un puits sans fond pour subir une métamorphose radicale (détournement de finalités), un bouquet de baguettes surmontées de cristaux abracadabrantesques, étincelles et gamettes. Entre martiens et Ribouldingue. Que de croisements possibles! Ils sont partout, facétieux, familiers ou craintifs, se multiplient selon une plasticité cartoonesque. Un couple de mages – un ours et un humain cagoulé en autruche chèvre -, portant des insignes cabalistiques incompréhensibles de ce côté-ci du miroir (bien que ça nous parle), suggèrent une hiérarchie chaotique structurant ce peuple, un mystère à percer. Il faudrait avoir le temps de tout recenser, relier, placer sur une carte, ne pas en rester à quelques fragments, essayer de comprendre. C’est l’intrusion d’innombrables formes de vie qui tracent leurs lignes de fuite dans notre gruyère de vie figée, livrée pieds et poings liés à l’économie de marchée, avec de moins en moins d’échappée, d’autres mondes possibles. Comme les rongeurs facétieux de certains films, ils invitent à les suivre, vers d’autres dimensions, d’autres filières. Il faudrait toujours rester disponible pour des contacts, avec des émissaires improbables, garder l’esprit en alerte. Parce que toutes ces apparitions dessinées sont certainement échappées d’une Arche de Noé faisant escale dans le coin.(PH) – Autre article sur THTF à LyonBlog THTF Une vidéo pour petits et grands

 

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Une réponse à “L’invasion marrante, mais pas que (THTF, mars 2011)

  1. Quel plaisir de vous lire…et quel hasard, pas plus tard qu’hier et avant hier je collais pour la première fois des THTF à Sao Paulo dans le cadre de Street Art Without Borders. L’invasion sympathique opérée par ces artistes Lyonnais s’étend désormais au delà de nos frontières…

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