Archives mensuelles : janvier 2011

Pourquoi Google ne peut se substituer aux médiathèques bibliothèques

L’inquiétude sociale et les médiathèques comme source de consistance et persistance. – Le potentiel des technologies ouvre des voies d’accès toujours plus intimes au cerveau et au devenir des corps, par des savoir-faire qui en complémentent ou en dérivent de plus en plus les facultés, les ramifient vers des libérations ou des aliénations, vers des possibles ou des impossibles lumineux ou obscurs. Cet état des choses alimente de très nombreuses productions intellectuelles, critiques ou non, essayistes ou littéraires (et détermine le climat dans lequel émerge de nouvelles tentatives de populisme comme seules répliques à ce débordement de l’humain par ce qu’il engendre). Il y a, dans toutes ces interrogations qui s’enchevêtrent et qui ont trait partiellement aux dimensions mémorielles des connaissances, des indices clairs que le rôle ancien des bibliothèques et médiathèques est dépassé mais aussi beaucoup de perspectives sans réponse qui justifient de repenser leur rôle et leur utilité sociale. Elles ont incontestablement certaines qualités qui les destinent à se placer au cœur des relations que la chose  publique doit tisser avec la mémoire et les connaissances,   dans un souci de consistance et persistance collective. (Difficile de penser ce genre de chose dans un pays dont la classe politique assène à toute la population d’un pays la violence de son incapacité à gouverner.) Ce sont des institutions utiles à tout système se préoccupant de la circulation du sens critique en régime démocratie, un appareillage qui peut certes tomber dans l’obsolescence, ce qui gâcherait l’énorme investissement qui a été fait dans leur passé/présent, en termes d’argent public mais aussi de contributions des citoyens (les bibliothèques médiathèques existent par le passage des lecteurs et auditeurs) et du travail de son personnel pour donner une âme à ces lieux de connaissance. – La tentation populiste, comment en sortir ? – Dans le cadre d’une interrogation sur le populisme (est-il ou non exalté aujourd’hui ? y a-t-il des risques ?), Libération publiait le 5 janvier un texte de Bernard Stiegler, Les médias analogiques ont engendré un nouveau populisme. Le philosophe rappelle l’importance de l’éducation comme soutien de la démocratie, non pas parce qu’une classe éduquée défendrait mieux l’organisation démocratique mais parce que l’éducation développe le sens critique et qu’il n’y a pas de démocratie si son organisation ne s’endurcit pas sous les feux d’une critique constructive : « Sans ce dispositif éducatif vigoureux, la démocratie réelle devient formelle, se discrédite et se ruine de l’intérieur. » Une dizaine de jours en amont, le même journal publiait des informations révoltantes sur la future diminution du personnel enseignant dans les écoles françaises. Et il n’y a pas de raison que d’autres pays, en recherche d’économie, ne suivent pas la même tendance. Ce qui donne une idée du côté chimérique des efforts que nous investissons dans la philosophie. Un tel désengagement politique public de l’éducation (malgré les déclarations de bonnes intentions) est rendu possible parce que le marché et le « populisme des médias analogiques » se substituent de plus en plus à l’enseignement, à l’éducation, à la culture, à l’autorité et autres institutions prescriptives. Les pouvoirs publics ne luttent plus, ils sont dans la « soumission au court-termisme orchestré par le marketing ». Les bibliothèques, les médiathèques, les musées, en bénéficiant de subventions publiques assorties d’injonctions qui les somment de concrétiser une politique culturelle publique assujettie au court-termisme ambiant (répondre à la demande, obtenir des résultats rapides, remplir les salles, nombre de visites à la hausse sans indicateur qualitatif), doivent organiser, dans les marges de manœuvre qui leur restent, des actions, des stratégies qui puissent freiner la dictature du court terme, en retardent la progression. Cela rejoint ce que je disais déjà de ces espaces où l’on peut réellement se cultiver en les caractérisant comme oasis de décélération, faisant le lien avec le sociologue H. Rosa. Qu’il s’agisse de musiques, de cinéma, de peintures, de littératures, l’important est d’encourager l’apprentissage de la lecture, du temps de la lecture et, par la même occasion, le temps de l’interprétation, qui implique de se libérer de la synchronisation absolue avec l’air du temps. L’alphabétisation culturelle pourrait se résumer à apprendre à perdre du temps. La synchronisation forcée empêche de percevoir, recevoir, démonter, remonter, penser, flâner, il faut coller de suite, être en adéquation aveugle. – Édouard Glissant et l’importance de la lecture : « Dans notre fréquentation de plus en plus accélérée de la diversité du monde, nous avons besoin de haltes, de temps de méditation, où nous sortons du flot des informations qui nous sont fournies, pour commencer à mettre de l’ordre dans nos hasards. Le livre est un de ces moments. Après les premiers temps d’excitation, d’appétit boulimique pour les nouveaux moyens de la connaissance que nous offrent les technologies informatiques, un équilibre est souhaitable et que la lecture retrouve sa fonction de stabilisateur et de régulateur de nos désirs, de nos aspirations, de nos rêves. » (Traité du Tout-Monde. Poétique IV) Et ce partage entre livre et numérique est de plus en plus béant. Si le numérique avec ses « réseaux sociaux » devient une entité qui surdimensionne ce que les médias analogiques avaient amorcé, il ouvre aussi des possibilités de réplique, de contre-pouvoirs, de naissance d’un nouvel esprit critique à quoi peuvent contribuer modestement médiathèques et bibliothèques (si elles évoluent et trouvent des terrains d’entente avec les autres institutions culturelles plus événementielles) comme lieu autant physique que virtuel où l’intergénérationnel peut renouer des contacts culturels innovants. « Quant aux natifs de l’analogique, baby boomers vieillissants du XXIe siècle qui ne sont plus des natifs de la lettre et de l’imprimé depuis belle lurette, devenus acritiques devant la transformation des choses publiques par les publicistes, ils peuvent et doivent compter avec la new generation qui, rejetant le consumérisme en s’appropriant le dispositif de publication numérique, a besoin d’eux dans son cheminement vers une nouvelle critique de la démocratie et de l’économie politique. » (Bernard Stiegler). Un fameux défi qui concerne la place des bibliothèques et médiathèques. Ce que confirment les réflexions de Robert Darnton… – L’usage public de la mémoire, des connaissances doit être régulé par les bibliothèques et médiathèques. – Dans Le Monde des livres de ce vendredi 7 janvier 2011 est recensé un livre qui semble autant fascinant que repoussant, Total Recall de Gordon Bell et Jim Gemmel (Flammarion). D’après ce qu’on peut lire dans l’article, de manière totalement naïve, presque kitsch, les deux auteurs se livrent au « prosélytisme technologique ». Cela semble être une exaltation très premier degré de la possibilité de transférer complètement sa mémoire sur des documents numériques (images, sons enregistrés), c’est le fantasme de la « mémoire totale » qui n’oublie rien, chacun entouré de ses appendices organisés en bibliothèque et médiathèque de soi-même, chacun devenant «le bibliothécaire, l’archiviste, le cartographe et le conservateur de sa propre vie ». L’auteur de l’article, Jean-Louis Jeannelle, rappelle judicieusement une nouvelle de Borges, Funes ou la mémoire, dont les déploiements ruinent tout l’optimisme simplet des technoïdes, la mémoire complète est une malédiction, une plaie, une paralysie. La mémoire est créative d’oublier, de perdre des morceaux, de devoir chercher, fouiller, trouver, trier, essayer, recoller des morceaux, reconstituer un point de vue cohérent avec des bribes, des sons, des textes, des images, des fantômes qui exigent qu’on leur coure après. Enfin, à lire cet article, on se dit que l’auteur principal de Total Recall, Gordon Bel, avance avec un niveau de réflexion excessivement bas, dangereux. Sa motivation principale est « de se débarrasser complètement du papier » ! Une sorte de challenge dont l’absurdité a le mérite de mieux faire connaître l’ennemi et de ne pas endormir le questionnement sur les supports de mémoire et de connaissance. (Le Monde du 24 octobre 2009 consacrait une page complète à Emmanuel Hoog, PDG de l’Institut national de l’audiovisuel (France), et qui plaidait pour la « mise en œuvre d’une politique de la mémoire face à ce qu’il nomme une « inflation mémorielle » incarnée par Internet : « trop de mémoire tue l’histoire ». (Mémoire année zéro, Seuil)). Preuve que le sujet tracasse, le supplément Livres de Libération de ce jeudi 6 janvier présente, lui, le recueil d’articles (sur dix ans) de l’historien américain Robert Darnton, Apologie du livre. Demain aujourd’hui, hier (Gallimard). Contrairement à Total Recall reposant sur un parti pris idéologique, unilatéral, cette Apologie est un livre scientifique qui examine le pour et le contre, qui ne choisit pas de camp, évite les logiques de face-à-face, recherche l’intelligence de la complémentarité par souci de l’avenir de l’humanité. Robert Darnton est « à la fois spécialiste de la circulation de l’imprimé au siècle des Lumières, âge d’or de la diffusion du savoir, et responsable d’une des plus grandes bibliothèques au monde confrontée à la numérisation de masse de ses collections par Google. » Il n’est pas inutile de rappeler, pour éviter de caler devant les remarques de ceux qui prétendent que « oh, ça a toujours été ainsi », l’accélération foudroyante des techniques qui conditionnent de près ou de loin l’exercice de l’émotion et de l’intellect : « 4.300 ans de l’écriture au codex, 1150 ans du codex au caractère mobile, 524 ans du caractère mobile à l’Internet, 17 ans de l’Internet aux moteurs de recherche, 7 ans de ces moteurs aux algorithmes de Google. » Et de son travail en bibliothèque, aux convergences entre ses recherches et les collaborations avec Google, l’auteur tire tout de même l’une ou l’autre certitude : « les bibliothèques lui paraissent plus nécessaires que jamais pour préserver le patrimoine écrit », ne serait-ce que du fait de « l’obsolescence des médias électroniques », le « papier reste encore le meilleur moyen de conservation » (ce que n’a pas capté l’auteur de Total Recall). Mais surtout, « il vaudrait mieux développer les acquisitions de nos bibliothèques de recherche que de nous fier à Google pour conserver les livres à venir pour les générations à venir » parce que, rapporte Frédérique Roussel dans son article, « il est dangereux de confier le patrimoine écrit à des intérêts commerciaux ». Ce qu’a pu mesurer Robert Darnton est bien la différence de philosophie profonde, entre la bibliothèque et sa vocation d’une part et Google et ses intérêts d’autre part, dans la manière de traiter le patrimoine. « Plus j’apprenais à connaître Google et plus cette société m’apparaissait comme un monopole décidé  conquérir des marchés plutôt qu’un allié naturel des bibliothèques… ». « Le savoir imprimé n’est-il qu’affaire de marché ? ». Voilà de quoi méditer ! Surtout, il faudrait de toute urgence – même si là, une grande partie des dégâts soit irréparable -, transposer la réflexion à la musique enregistrée. Là, le gâchis est déjà énorme parce que la musique enregistrée n’étant pas considérée comme outil de savoir, on a laissé les intérêts commerciaux conduire le massacre comme ils l’entendaient. Il faut néanmoins entreprendre de réparer, soigner, et confier ça aux médiathèques, et c’est par elle que petit à petit doit se construire le « libre accès à l’héritage culturel » que réclame l’historien américain pour le livre. (Revenir sur ce dispositif européen qui interdit la transposition de la notion de prêt public dans l’environnement numérique). (PH)

 

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Les énigmes temporelles de THTF

C’est une intervention conséquente que le duo d’illustrateurs THTF réalise sur Lyon, en nombre de dessins collés, leurs tailles, leurs sujets soignés, le nombre de rues et recoins investis (les photos ne montrent qu’une petite partie). On y voit souvent des êtres immobilisés, hiératiques mais d’une façon molle, élastique, posés dans des bulles, des gélules géantes, des blocs de glace, à moins qu’il ne s’agisse de sortes de sarcophages. Ce sont des êtres composites qui conservent quelque chose de l’homme tout en ayant adopté quelques avantages animaux. Une tête d’oiseau, des pieds palmés, des espèces rares, hybrides précieux, royaux. Bestiaire cosmique. Ils traversent le temps, sont prêts à se réveiller et difficiles à dater – viennent-ils du passé ou du futur ? – comme tout ce qui semble immortel. Très évolués ou archaïques. En tout cas, plein de mystères. Ils sont entourés d’attributs qui évoquent la magie, des pouvoirs occultes, des connaissances oubliées (ou que l’on rêve encore de découvrir). Des signes, des objets cabalistiques (mais d’une cabale fantaisiste) accompagnent ces momies dans leurs transmigrations au sein de l’imaginaire humain. Cela peut être un de ces êtres inclassables, dans une forme de baignoire, se recomposant tout un monde avec quelques objets détournés et donnant l’impression de voler dans un avion jouet. Traversant des dimensions. Le contenant qui impulse le mouvement peut aussi être une sorte d’avalanche, une coulée hétérogène, un joyeux fatras hétéroclite où l’histoire mélange quelques-unes de ses énigmes (pyramides, influences des astres, naissance de la géométrie) à toutes sortes d’encombrants inutiles, qui déséquilibrent la force, brouillent le message, quartier en démolition, expropriation mentale autant que matérielle et politique, mais l’ensemble, sans être niais, est souriant.Comme la Joconde : regardez ce grand dessin de n’importe où, sous n’importe quel angle, il semble vous sourire, énigmatique. Des signes sont récurrents, la bûche par exemple, peut-être un clin d’oeil à Noël, créations aussi délibérées de symboles à mi-chemin entre le sérieux et le n’importe quoi, c’est-à-dire faisant autant sens que non-sens. Cette bûche connaît de nombreuses variantes, inertes ou très vivantes, ceintes d’un anneau astral de mousse et d’où jaillit un liquide d’encre étoilé, à mois que cette flaque de voie lactée ne soit en train de retourner se cacher dans le bois. Il y a dans ces ensembles la « logique » fascinante des « gribouillis » que l’on enchaîne et relie sans trop réfléchir, en rêvassant, en étant ailleurs, sur une feuille blanche volante, le coin d’un carnet ou les marges d’un cahier (essentiellement jadis durant les cours). Une forme engendrant l’autre et l’on regarde ébahi la frise qui se compose, qui sort de la pointe du bic bougeant tout seul comme sismographe, quand on se met ainsi à l’écoute de l’ailleurs. Le côté atemporel est fascinant : c’est à la fois très familier et à la fois hors du temps, ça évoque des souvenirs d’Antiquité et d’autres futuristes, c’est ce mélange énigmatique de temporalités culturelles (à la manière du Sphinx) que j’ai ressenti de manière assez forte à Lyon (du musée antique au Musée d’Art Moderne, en passant par le Musée des Beaux-arts…) et, qui, finalement, est le bain amniotique indispensable à la création, aux visions d’autre chose. Les dessins de THTF ouvrent des passages entre les temporalités, sondent l’étrangeté des temps qui se mélangent et engendrent des êtres hybrides. Voici les témoins partiels d’une épopée à venir qu’il convient de deviner. Des martiens de l’intérieur. (PH) – THTFT

 

Non et vieilles casseroles masculines

En plongeant dans le livre de Carole Pateman, Le contrat sexuel (La Découverte, 2010, traduction d’un texte américain de 1988), on découvre – devrais-je dire « redécouvre » parce que d’une certaine manière « on connaît tout ça » ne serait-ce que par intuition ou par mimétisme social que l’on décide de suivre ou de contrarier, héritages avec lequel on compose, on s’arrange, on négocie plus ou moins ouvertement -, le fabuleux trésors de sornettes masculines inventées le plus sérieusement du monde pour instituer le « contrat social » au fondement de la vie commune, en tant que garantie intangible  de liberté et égalité ! Une lecture implacable entre les lignes et entre les sexes rappelle combien une part importante de nos législations institue surtout le partage sexuel, assigne des places sociales et politiques aux genres. Et l’on croise de véritables perles dont n’était pas avare, parmi d’autres, le grand Jean-Jacques Rousseau : « Rousseau dit clairement au chapitre V de l’Emile que les femmes en état de se marier doivent indiquer leur désir de la façon la plus indirecte possible. Elles doivent dire « non » pour signifier « oui » – une pratique sociale qui rend presque impossible de distinguer les relations sexuelles contraintes de celles qui sont librement choisies. » Tout ça professé dans des livres d’éducation sentimentale et sexuelle se targuant d’exercer son bel esprit et sa supériorité intellectuelle ! (Une grande partie de notre culture est basée sur ces inepties, sexistes, racistes ou autres qui ont permis au capitalisme mâle de se développer en exploitant le labeur des femmes d’une part en pratiquant d’autre part sans état d’âme le colonialisme le plus barbare, au nom de la civilisation, non c’est oui.) On imagine avec quelle ampleur ces recommandations faites aux femmes, mais lues et connues des hommes, ont dû être « reprises », diffusées, transformées en lois naturelles et l’on se représente sans peine les dégâts causés par ce genre de posture, étayée par un pseudo discours docte et raffiné, qui ne manqua pas d’émules. « Elles disent non, ça veut dire oui » est une formidable légitimation de la violence, les excuses étant faites pour s’en servir, même et surtout préventivement. En lisant ces lignes, je me suis rappelé certaines inscriptions féministes que j’avais photographiées en novembre 2010 sans pouvoir m’empêcher de penser qu’elles visaient tout de même des « travers » sexistes en voie de disparition ou fort affaiblis, de l’histoire ancienne. Or, quand on lit ce genre de choses – et la quantité de littératures au fondement de notre culture ayant inventé la supériorité du mâle à partir de rien, comme on bluffe le monde avec un storytelling fondateur -, on mesure qu’il est impossible que cela soit globalement « guéri », c’est trop chevillé dans nos textes fondateurs. Avant que tout cela soit extirpé des textes de lois, des codes et schémas contractuels, il y a encore pas mal de travail. Ce que l’auteur démontre, c’est que, l’immense inventivité masculine investie dans l’édification rigoureuse du contrat social, dont le modèle est toujours d’actualité dans ses grandes lignes y compris dans tout contrat de travail, tend surtout à recouvrir la réalité d’une scène primitive attestant de la primauté du contrat sexuel sur le contrat social. Les plus beaux penseurs ont imaginé l’état de nature d’où aurait surgi l’autorité naturelle du père. Le père devenant la figure autour de laquelle s’organise la société, la famille, la pratique des contrats, tout ce qui concourt à gérer l’autorité et l’usage de la violence. « Les histoires de Freud, comme celles de sir Robert Filmer et des théoriciens du contrat, commencent avec un père qui est déjà père. Les argumentations concernant le droit politique « originel » commencent donc toutes après la genèse physique, après la naissance du fils qui fait d’un homme (d’un mari) un père. Mais le père ne peut devenir père sans qu’une femme ne devienne mère, et elle ne peut devenir mère sans un acte de coït. Où est donc l’histoire de la véritable origine du droit politique ? ». Ici aussi, il est bien question d’un vol de l’histoire, à l’instar de ce que Jack Goody étudie dans son dernier ouvrage quant aux apports civilisationnels respectifs de l’Orient et l’Occident. Tous les textes des grands auteurs qui font référence que Carole Pateman citent comme censés démontrer la supériorité naturelle de l’homme sur la femme ne formulent que des affirmations fantaisistes « juges et parties ». Rien ne tient la route. Tous ces textes ayant servi à orienter les lois et l’organisation sociale en fonction de la protection que l’homme apporterait à la femme (en échange de sa capacité à engendrer) ne représentent qu’une formidable fiction, un coup de force arbitraire, d’où la violence symbolique qu’un sociologue comme Bourdieu a toujours placé au centre de la légitimité de l’Etat. « Le récit du contrat originel raconte une histoire moderne de naissance politique masculine. Cette histoire illustre l’appropriation par les hommes du don considérable que la nature leur a dénié et sa transmutation en créativité politique masculine. Les hommes donnent naissance à un corps « artificiel », le corps politique de la société civile ; ils créent « l’homme artificiel que nous appelons République » de Hobbes ou le « corps moral et collectif » de Rousseau, ou encore le « corps unique » du « corps politique » de Locke. » Cet état de fait va déterminer grandement toute l’histoire sociale à travers l’établissement des contrats de mariage avec des conséquences que l’on ne cesse encore de constater au jour le jour : l’inégalité des salaires entre femmes et hommes. A la base de cette inégalité salariale se trouve la répartition des rôles de l’un et l’autre sexe dans la subsistance de la famille : « C’est le père et son salaire familial – non la mère – qui assure la subsistance des enfants. A partir de là, les économistes politiques ont pu voir les travaux de la mère comme « le matériau brut sur lequel agissent les forces économiques, l’élément naturel sur lequel sont construites les sociétés humaines » (c’est-à-dire civiles). Le père ou soutien de famille avait gagné le « statut de créateur de valeur ». On peut également dire que les hommes, en tant que travailleurs salariés, partagent la capacité masculine à créer et entretenir la vie politique. » On sait que le contrat de mariage qui transforme les femmes en épouses faisait en sortes que celles-ci, femmes au foyer, effectuaient tout un travail domestique non salarié indispensables au bien être de l’homme-travailleur. Quand, sous la pression économique, les femmes ont pu travailler, cela s’est fait difficilement d’abord, et ensuite toujours dans un cadre dévaluant. Elles n’avaient pas besoin d’être payées au même niveau que les hommes puisqu’elles étaient en principe épouses et déjà entretenues par leurs maris. Leur salaire était une sorte de prime, d’argent de poche, pour améliorer l’ordinaire de la famille mais ne devant pas diminuer l’importance du salaire masculin. Ce dispositif avant vocation à encourager tout de même les femmes à rechercher le mariage et à assurer le rôle de femme au foyer (en sus, si nécessaire, d’un travail salarié). C’est à cette époque que le harcèlement sexuelle dans le milieu du travail se développe comme une nécessité : les choses changent mais il faut maintenir les distances, la répartition des rôles. Evoquant les recherches de Cynthia Cockburn sur les relations entre hommes et femmes au travail, Carole Pateman cite : « Dans une autre usine, « les plaisanteries et farces à caractère sexuel étaient devenues plus qu’une simple occasion de rire – elles étaient le langage de la discipline ». Il s’opère ainsi une légitimité du discours sexiste. « Un tel langage est très différent du langage du contrat ou de l’exploitation généralement utilisé pour parler de l’emploi capitaliste. Entre hommes, c’est le langage familier qui est de mise ; entre les hommes et les femmes, c’est un autre langage, celui de la discipline patriarcale, qui est requis. (…) Les femmes n’ont pas été intégrées à la structure patriarcale de l’entreprise capitaliste en tant que « travailleuses » ; elles y ont été intégrées en tant que femmes. (…) Le contrat sexuel fait partie intégrante de la société civile et du contrat de travail ; la domination sexuelle structure l’entreprise comme elle structure le foyer conjugal. » Même si les choses changent lentement, à des vitesses différentes selon les milieux et le genre de travail, force est de constater qu’il reste beaucoup à changer dans les principes de nos lois et contrats. Si l’égalité est bien au principe de nos sociétés démocratiques, comment comprendre la persistance de l’inégalitaire de salaire entre hommes et femmes ? – Voilà, rapidement résumée, une problématique « genres » bien chevillée à notre actualité, à notre quotidien. Inévitablement, une grande partie de la production artistique et critique se positionne, directement ou non, par rapport à cet héritage (pensez au nombre d’articles de la presse qui, s’agissant d’une musicienne, va évoquer sa « beauté », sa séduction féminine, sa tenue vestimentaire alors que ces critères sont systématiquement absent de critiques consacrées aux mecs). Le rôle des médiathèques/bibliothèques comme « centres vivants d’interprétation des arts enregistrés » est bien de stimuler des modes de réceptions des productions attractives qui soient attentives à ces questions, de favoriser interprétations (individuelles ou professionnelles) susceptibles d’éclairer ces dimensions. Car les esthétiques s’inscrivent en soutien ou en combattantes des valeurs qui structurent nos sociétés. Cela ne signifie pas que ce soit sur ce genre de critère qu’une musique ou un film doivent être jugées « valables » ou non, mais la lucidité même à l’égard de ce que l’on aime, quant à ce que cela véhicule, n’a jamais tué personne et aide à faire avancer les logiques de progrès (en tout cas les mentalités favorables à ces logiques). C’est aussi pourquoi il me semble utile de réagir au sexisme ambiant, ordinaire, de la publicité, comme celle de Proximus. – Carole Pateman, Le Contrat Sexuel, Editions La Découverte –  (PH)

Ville et puzzle.

Mettre les pieds dans une grande ville que l’on ne connaît pas, pas encore ou à peine, ou que l’on n’entrevoit qu’à travers quelques clichés ou souvenirs superficiels et anecdotiques, c’est chaque fois recevoir – revivre -, toute la charge de l’histoire des villes, qu’est-ce qui s’est joué et continue à se jouer là pour la civilisation ? Sans pour autant qu’il soit possible de ressentir tout ça de manière ordonnée et analytique, selon une démarche archéologique raisonnée, il faut se fondre dans le chantier. Tout revient en vrac, en tourbillon souvent déguisé sous des flots de banalités. C’est ressentir comme jamais – et là où l’on habite au jour le jour, on cesse de l’éprouver, par habitude, le décentrement est nécessaire -, à quel point le présent est une continuation du passé, un gruyère de temporalités diverses. Le flux urbain est labyrinthe fait d’une multitudes d’actes qu’il convient sans cesse d’interpréter pour s’y retrouver, pour y faire contenance (c’est à dire s’y maintenir, respecter les autres, les aider à ce qu’ils trouvent aussi leur contenance), soit se cultiver, lire l’œuvre des hommes et des femmes dans toutes leurs occurrences et petit à petit établir des liens, relier  entre elles la plupart des traces de ces actions créatives, tout en se consacrant chaque jour à leur relecture. Ces traces, lues une fois, s’incrustent, et le travail de décryptage se poursuit au quotidien, l’air de rien, tandis que l’on procéde à toutes sortes d’autres tâches mentales, sublimes ou bassement matérielles, désintéressées ou très libidinales. En tout cas en est-il ainsi pour celles de ces actions – une peinture, une sculpture, une salle de restaurant, un édifice, un pochoir street art, une ruine, un plan -, que l’on parvient à percevoir, isoler et rencontrer dans l’agitation, l’accélération, l’attention se focalisant sur quelques éléments déterminés un peu par hasard. Ces éléments composant les premières pièces d’un puzzle que l’on tente d’emboîter pour déterminer plus clairement nos accointances avec l’espace où l’on vient de débarquer, le début d’une histoire. Bien que je ne puisse importer telle quelle dans mon propos la définition du « type-chantier », « caractéristique du changement, de la disparition » que Reinhard Jirgl utilise dans son roman Renégat, roman du temps nerveux, il n’est pas déplacé d’en évoquer certaine dimension : « Placé au cœur d’1 environnement de plus en plus excavé, architecturalement dénoyauté, autant perturbé que disfonctionnel – se-mettre-en chantier signifie tout d’abord : entrer dans un pays, fracturer le présent & donc déterrer le passé : le retour des morts & l’effet retard de la mort dans le présent : bombes&munitions objets-trouvés des guerres passées ; futur provoqué : une quantité monstrueuse de bureaux & bâtiments industriels vides dont personne n’a l’utilité, la production de ruines en l’absence de guerre classique ; le gargouillis dans les câbles souterrains de la communication en réseaux, l’état non définissable du Monde-Binaire. » (La ville concernée par le roman de cet écrivain allemand est Berlin et la situation du narrateur n’a rien à voir avec la mienne sortant de la gare Lyon Part Dieu.) La somme d’informations à humer, déterrer, recevoir, assimiler et actualiser est proprement démentielle. Un défi. Déjà, assimiler le fonctionnement de la machine à acheter des titres de transport, semblable à celui que l’on connaît dans une autre ville et néanmoins différent, exige une forte mobilisation des capacités de lecture et cette différence robotique à amadouer correspond probablement à des caractéristiques historiques de cette ville-ci ! C’est le premier parfum de la ville, un relent, un rappel de cette excitation qui donna lieu, au début de la modernité, à l’invention de la neurasthénie aujourd’hui bien dépassée, désuète. Et là-dedans ça grouille de partout, de tous les genres, comme un état naturel. La grande ville est devenue l’état naturel dominant. Il faut se soumettre à une certaine méthode pour s’y retrouver et comprendre comment fonctionne cette ville-ci afin d’y mener à bien quelques-unes des expériences que l’on a projetées d’y vivre. On commence par lire la carte (mais il faut préciser que ceci succède à d’autres informations glanées dans d’autres lectures hétérogènes dont, hélas, des « guides » touristiques). Comment réunir deux points, celui où l’on se trouve, celui où l’on veut aller, un hôtel, une rue précise, un monument, un bistrot, un musée, un restaurant ? Se faisant, on se donne une représentation rationnelle du tissu urbain, on se familiarise avec le corps de cette ville-ci en y déplaçant son corps, on trace les premiers trajets qui prennent le contour des premières impressions, on tisse des liens, mais aussi, on se soumet à la logique établie du réseau urbain, on accepte le plan dominant. En ayant plus de temps, il faudrait commencer par se perdre dans la ville, s’y enfoncer en dépit du bon sens, errer, aller au hasard, se donner une expérience déambulatoire se traduisant en cartographie neurologique déstructurant tous les plans et guides établis. C’est illusoire évidemment, mais on aimerait éprouver de la manière la plus intense le labyrinthe originel que perpétue le tissu urbain dans toutes ses modernisations (y ajoutant une dimension de palimpseste). – La figure. – Lyon est une ville idéale pour prolonger la lecture du livre de Jack Goody, Le vol de l’histoire. Même si l’appareil administratif des bâtiments de prestige (Hôtel de Ville, Bourse de commerce, Opéra, cathédrales…) s’inscrit dans l’affirmation d’une prédominance culturelle occidentale,  la chair historique de la ville est réjouissante de signes éclatants de rencontres entre Orient et Occident. A l’image du pavement de marbres colorés du théâtre antique, marbres provenant de tous les pays avec lesquels Lyon commerçait, et donc aussi bien marbres d’Occident que d’Orient. Une véritable plaque tournante. De même que tous les vestiges (sociaux, architecturaux, techniques, industriels, imaginaires) de l’industrie de la soie renvoient aux dynamiques des premières mondialisations, moteur d’échanges de technologies entre Orient et Occident : « L’exemple de la soie montre quels liens étroits les fabricants et les marchands européens entretenaient avec la Turquie. On peut récapituler le processus ainsi : à l’origine, la soie arrive de l’Orient comme produit de luxe ; puis l’Europe se met à importer de la soie grège et à fabriquer ses propres tissus, pour finalement assurer l’ensemble du processus de production, y compris la culture des vers à soie et des mûriers. On a là un exemple de la manière dont différentes parties du monde entrent en relation, et du transfert des idées d’une zone à l’autre. Il nous faut donc considérer l’Eurasie non pas tant en fonction des dichotomies et des barrières qui séparent le système asiatique du système européen sur quelque plan que ce soit – politique (le despotisme) ou autre -, mais plutôt à partir de l’afflux progressif de marchandises et d’informations à travers l’ensemble du continent. Loin d’être celle à qui l’on doit d’avoir enclenché le processus de mécanisation, de production à grande échelle ou de commercialisation (il trouve son origine en Orient, et en Turquie), l’Europe n’a perfectionné l’industrie de la soie que bien plus tard ; et il s’agit là d’un cas typique de substitution des importations. » (Jack Goody, Gallimard 2010). C’est une ville où l’on sent que les zones Orient et Occident ont toujours travaillé l’une contre l’autre, l’une pour l’autre (ce que mettra en scène didactique, je pense, le futur Musée des Confluences). On en a de multiples autres signes en parcourant le formidable musée Gallo-romain à travers tous ces objets fabriqués de mains d’hommes où se lit les échanges entre mondes, et notamment dans les témoignages religieux dont de multiples divinités réunissent Orient et Occident (figures double faces). Ainsi Cybèle, une des déesses tutélaires de la ville et divinité très influente dans le Proche-Orient. Un élément du puzzle. Se rappeler que tout ça continue de jouer, d’avoir une influence même si ça se perd dans le temps. – La main, le savoir-faire. – Dans ce genre de musée, on retrouve intacte l’émotion intense devant les « premiers objets » façonnés par la main de l’homme. Quelque chose qui laisse sans voix. Que ce soit les pierres taillées avant l’âge de bronze, précises, ingénues, révélant une surprenante intelligence des mécanismes qui permettent de façonner la matière naturelle selon ses désirs et besoins, ou les premiers outils de bronze, puis de fer, parfois confondant d’élégance, ou les premières poteries raffinée, « parfaites ». Réalisations merveilleuses, quel amour du bien faire, du beau, de la perfection, la recherche de ce qui doit rester, va durer… Quel soin apporter à ses objets, à ses outils de survie. Un soin dont on manque de plus en plus. Face à ces vitrines reliquaires), on médite, on rêve, on voyage dans le temps, en arrière, en avant, on peut se dire que quelque chose s’est rompu, s’est dispersé, et pourtant quels progrès technologiques dans le savoir-faire humain! En tout cas, plus que jamais on se dit qu’il faut au moins, à son échelle, conserver un « fait main » à soi, passionné, méticuleux. Cela devient certainement de plus en plus précieux pour comprendre le reste, maintenir une consistance face à la débauche technologique qui surdimensionne la place de l’homme. Tout est parti de ce fait main, ambitieux dans sa simplicité élémentaire. C’est quelque chose du même genre que l’on peut retrouver dans une salle de restaurant qui revisite méticuleusement, artistiquement, une recette ancestrale, tellement éculée qu’on ne la voit même plus, celle du bon vieux pot-au-feu. Relecture aussi. La ville est propice à ces expériences qui tiennent à des défis, des rivalités (tenir son rang de grande ville grâce aux talents que l’on héberge) entre corporations, héritages. Elle favorise aussi les remises en question salutaires (un plat oublié, un objet de l’âge du bronze qui nous parle comme jamais, la sculpture presque estompée d’une sphinge évoquant les draperies fantômes d’une toile de la Renaissance, un appel de la rue à désobéir et à se souvenir de Thoreau, un bistrot qui vend les affiches d’un collectif impliqué dans la sauvegarde d’un quartier), comme cette exposition de Louis Cretey, « un visionnaire entre Lyon et Rome », peintre du 17ème siècle redécouvert récemment, dont on cherche à reconstituer la biographie et mieux cerner l’ampleur de l’oeuvre. Cette redécouverte qui fait émerger un style distinct, particulier à l’intérieur d’une époque dont on connaît déjà les grandes caractéristiques et les thèmes de prédilection, stimule le regard aiguise l’appétit de mieux comprendre cette peinture (devenir capable d’identifier un style personnel). Comme souvent, je serai surtout fasciné par les horizons de ces toiles constituées de cieux, de paysages, de villes au loin, d’infimes personnages dans leur labeur ou cheminement : bien plus que de simples faire-valoir du sujet mythologique ou biblique, je considère ces dégagements comme l’enveloppe mentale, le climat qui entoure la scène de premier-plan. Certaines toiles de Cretey sont, du reste, des paysages à part entière. Puisant dans son riche passé, de façon concertée selon une politique événementielle ou par le biais des activités de toute une classe de chercheurs, amateurs, créateurs et glandeurs indépendants, et désirant briller de modernité, de tous les dernier cris imaginables, la ville est un terrain miné par toutes les dimensions de la construction humaine, et elle interpelle, elle épuise de ses jeux d’étincelles, de chocs, de passages, des correspondance . En y étant plongé tous les jours, on se fait une carapace, on trie pour se préserver, mais quand on la traverse brièvement (deux ou trois jours), on prend tout, on est traversé. On y perd son latin (ce qu’il en reste ou à prendre comme une manière de parler!), le vocabulaire s’efface, il faut le rattraper. Textures intersticielles et célébration de l’hétérogénéité, on s’y perd et/ou on y trouve plein de choses sous formes d’intuitions. (PH) – Musée gallo-romainLouis Cretey, bande annonce –  –

 

 

Fruit et pourriture de bonne année.

C’est le vestige d’un cycle commencé avec la floraison printanière du cognassier et achevé avec la chute tardive des deux derniers fruits lourds – les autres ayant été transformés utilement en préparations comestibles -, dans le gravier, exposé en tribut gratuit, superflu, aux intempéries, aux insectes, oiseaux, vermines et autres artisans de décomposition. Pour une contemplation certes académique, mais en proximité élémentaire, des effets du temps qui passe sur les tissus divers du vivant. De manière fascinante, même de plus en plus nécrosée, la peau, la chair semblent simplement changer de vie, céder leurs principes vitaux à d’autres organismes plus délétères, mystérieux (qui les colonisent). Le gel et l’encroûtement sous les cristaux de neige semblent interrompre le processus, sous un linceul poudreux et immaculé, mais à la fonte, tout reprend de plus belle, la pourriture crève l’écran protecteur et compassionnel du blanc, elle jaillit non plus comme un agent corrompant des fruits oubliés, inutilisés mais s’étant métamorphosée, s’épanouissant pleinement elle-même en fruit en une sorte de triomphe qui contraste avec la désagrégation de la neige en gros cristaux malades, rigides, blessants comme du verre pilé. (PH)