Passage de témoins, où vont les saisons?

En quelques jours, la lumière, la chaleur, les couleurs, la saison bascule. On pouvait encore transpirer dans un parc, face à un massif de fleurs resplendissant comme la promesse d’un été éternel, même si derrière les arbres profilent leur parure automnale et, une semaine après, la lumière pâlit, se désincarne, sa substance se retire, s’en va ailleurs. Les feuilles tombées sur l’herbe sont encore juste posées, elles n’ont pas encore commencé la désintégration qui les voit épouser le sol, l’étouffer, puis se désintégrer pour s’y dissoudre. Le soleil plus bas, plus froid, accentue cette impression d’une lumière qui s’en va, déserte le jardin, n’y sera plus que fantomatique. Et puis, il y a des endroits, dans les grandes villes, qui semblent récupérer, réunir, héberger comme en un hospice tous les reflets, toutes les couleurs des saisons successives. Comme prises dans l’ambre, ou le formol. Vivent-elles derrière leur vitrine ? Sont-elles archivées comme en une chambre froide ? Sont-elles à l’abri ou font-elles l’objet de traitement bureaucratique ou scientifique (autopsie ou autres investigations) ? Plus moyen de les distinguer les unes des autres, ni même de séparer les saisons à la mer, en sous-bois, à la montagne, ou en paysage industriel… Tout se mélange. Tout est mélangé comme dans la mémoire. C’est flamboyant et poussiéreux à la fois. Grandiose et minable, tentative avortée d’ériger un monument (involontaire) à toutes les couleurs des passions déchirant les diverses saisons. À chacun de les interpréter. Ça bouge comme les reflets à la surface d’une eau oublieuse. Tiens, là, peut-être un bout de mon jardin, ici, un reste de cet instant au parc, plus loin, un résidu des Cévennes vues d’un vélo et cette sorte d’aurore boréale artificielle où toutes les couleurs des villes, vues dans des expositions ou des vitrines, tournent, s’altèrent, entament leur chemin vers une seule couleur sale, l’oubli, le sol où les feuilles forment humus, voilà, dans cette grande vitrine de piscine, un humus de reflets, souvenirs de toutes les couleurs. (PH)

 

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