Images et signes qui collent aux semelles

Je continue à épingler les énigmes du street art, de ces signes posés dans la rue sans cartel, au contraire de ce que proposent les galeries d’art. Toutes les interprétations sont donc possibles et c’est peut-être bien leur fonction première : stimuler l’art de l’interprétation pour le promeneur, l’errant, le marcheur, le badaud, le pressé, à partir de ces « œuvres » qui insistent, se surimposent. Exemple avec cette série de flèches en papier, photocopies noir et blanc, placées bien en vue mais assez haut et toutes ornées du visage d’une star, du style « Above Roberts ». Elles prolifèrent. Elles évoquent ces flèches que l’on place sur les bâtiments pour se souvenir du niveau catastrophique atteint par une crue inhabituelle. Il s’agirait, dans ce cas-ci, d’indiquer le niveau record d’une pipolisation qui nous dépasse de loin, de rappeler combien nous nous trouvons bas par rapport à ce firmament futile des stars. La rue n’est plus une entité autonome, elle est envahie par des êtres qui sont avant tout des images sévissant sur écrans, grands et petits, fabriqués dans des sphères très éloignées et qui tendent à se reproduire par mimétisme (vampirisme). Ces flèches élevées invitent (peut-être) à relever la tête. Plus près du sol, au ras du trottoir et souvent dans des angles maculés, le même message passe de manière moins amène : petit personnage mal luné, lutin mal foutu et teigneux, déterminé à faire passer le message « fuck the power ». – On a cadré le street art. – Autre manière amusante de jouer l’échange entre lieux symboliques est d’encadrer ces interventions sur le mur, bien que montré dehors, c’est présenté comme si c’était dedans. Le mur est réversible.  – Cartographie culturelle. – Sur le M.U.R., l’œuvre d’Ulysse Ketseledis (artiste turc, 1952, installé à Paris depuis 1979) témoigne aussi, sous forme de béance graphique, de cette rencontre arrachée entre image intérieure et réalité extérieure. La partie principale de l’œuvre est une image hybride, associant reportage photographique sur la conception et la construction d’un centre culturel, collage, création graphique. Représentation mentale d’un lieu où doivent se croiser et s’interpénétrer des cultures différentes. On dirait une cartographie urbaine utopiste (une projection idéaliste), une empreinte neuronale, une ramification de circuits d’ordinateurs. C’est froid, mathématique, fouillé, enchevêtré, ramification complexe et insondable (trop de lignes, de nervures, de traces, de nœuds, de fibres nerveuses, de synapses). Et puis, vers le bas, le papier a été déchiré, verticalement, comme pour voir ce qu’il y avait dans la masse de ses tissus. Les lacérations dessinent un autre type d’architecture, elles ne font pas l’effet d’une atteinte à l’image. Plutôt une surimpression, la silhouette graphique d’un autre type de réseau, par impulsions, par éclairs, par toucher, par déchirures à même ce qui cloisonne et détermine les connexions entre territoires. Une frise d’élancements main dans la main. – Galerie et traces de rue. –  Un toucher urbain, typique de la rue – sentir que l’on touche quelque chose, d’indéfinissable, un relief sous le pied, une chose qui adhère, molle et consistante, épouse notre forme et lui résiste, que l’on peut perdre ou emporter, familière et totalement mystérieuse -, est au centre de plusieurs œuvres d’Adam McEwen (Galerie Emmanuel Perrotin). Des chewing-gums collées sur des plaques de revêtement industrielles, avec dessin antidérapant. Ou, mieux, ramassés en grande quantité, collectionnés et puis collés sur une grande toile de lin. De loin on dirait un vol de papillons, un parterre décimé, un nuage de crachats colorés. Ça s’appelle New York New York. (On ne va pas crier à la merveille, mais, par rapport à ce que je disais d’Arman, par exemple, il y a une distance, l’œuvre se perçoit à travers une certaine distance, un flou qui dévie le sens originel favorable à l’interprétation. De loin, on ne comprend pas tout de suite ce que sont les petits corps colorés sur la toile. Il faut s’approcher. Et quand on s’éloigne, « on l’oublie » à nouveau. La plupart des oeuvres d’Arman ne laisse aucune latitude de cette sorte. Elles sont plates, immédiates, autoritaires.) – (PH) – Interpréter c’est bien, mais pour l’explication des papiers collés « above », plusieurs jours après, mon attention fut attirée par un autocollant qui donnait l’adresse d’un site Internet (l’équivalent du cartel dans un musée!) : www.goabove.com

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