Baptêmes étudiants, baptêmes bullshit

Scandale sur voie publique. -Il est révoltant de voir s’installer sur la voie publique les rites dégradants des baptêmes estudiantins. De quoi sont-ils encore les rites, au fond ? De quel passage absurde, foireux ? Pourquoi tolérer d’être spectateur passif de cette connerie organisée et fière de l’être ? Si dans l’article précédent, j’attirais l’attention sur un auteur exaltant les vertus des Humanités, repensant le rôle de l’enseignement et de la recherche, bref quelqu’un cherchant à pousser l’intelligence vers le haut, là c’est l’étalage de l’esprit le plus rétrograde qui soit, arriéré, rétréci, conservateur, réactionnaire. Comment peut-on imaginer que contraindre des individus à adopter des positions humiliantes,  -gueule en terre et les bras retournées en l’air, les mains agitant leurs doigts – en leur criant dessus comme s’ils étaient des chiens puisse avoir une quelconque vertu positive, constructive ? Comment cette mascarade hystériquement facho, obscurantiste, triste à mourir, peut-elle avoir un lien avec l’université dont on attendrait qu’elle répande les lumières ? Alors qu’elle ne peut que reproduire et perpétuer cet esprit rétrograde, ce goût de l’humiliation au nom d’un « sacré » pervers, vicieux, glauque. On devrait pouvoir porter plainte au nom des valeurs humanistes, du respect de l’individu et des animaux. – Hip-hop et politique du flow. – Le premier groupe de la soirée au Bota (où je traîne en profane), L.E.G., ne me semble pas parler de ça, des enclaves du fascisme ordinaire. Le groupe est constitué de deux musiciens à l’ordinateur, spatialement en retrait, et d’un rappeur à l’avant, un micro à chaque main. La matière sonore est de qualité, on sent que ces gens ont écouté beaucoup de choses avec sensibilité et intelligence, et qu’ils en tirent un flux d’échantillons habilement assemblés, c’est assez raffiné. Même si ça manque d’un souffle un peu original, d’une vision forte. C’est la voix qui constitue le maillon le plus faible, quelque chose manque de corps, bien que ça reste agréable. (Et je me demande toujours, mais c’est une question de vieux et de non-initié, pourquoi faut-il à tel point assimiler les codes, les clichés, les manières d’être, les gestes, les expressions, les fringues, la capuche ? Oui, j’entends des raisons à tout ça, j’imagine le pourquoi, mais ça reste surprenant.) C’est surtout quand déboule B. Dolan, massif et explosif, que l’on se rend compte de la différence de « flow » avec le groupe précédent. Le décor sonore est moins fin, peut-être, mais non dépourvu d’astuces. Et le flux de paroles, même quand on en comprend qu’une infime partie et qu’il est truffé de feintes, est politique. C’est même directement là qu’il puise sa plasticité, son débit, ses pirouettes. Cette impression se renforce avec la prestation de Sage Francis. L’emballage sonore est plus complexe, plus de références, d’allusions, de mélanges. Plus de diversité d’ambiances. Plus de souplesse dans la voix, registres plus variés. Hommage à Johnny Cash, détournement de tubes. Démonstration a capella, chant qui démarre comme un rock’n’roll, une complainte bien roulée, comme un chant de travail bien noir et se développe en spoken word puissant, d’une dramaturgie bouleversante. C’est souple et lumineux. Ça transmet une force, ça donne envie de travailler son style de vie, d’écriture de soi. L’impression se confirme d’une tension politique essentielle, un combat qui donne du souffle, qui crache le verbe à la mitraillette, qui fouette l’imagination et tire sur tout ce qui bouge du côté du fascisme ordinaire, ça aurait été bon de le lâcher sur le ramassis de crétins en train de baptiser leurs « bleus ». En tout cas, lui et B. Dolan m’ont rappelé le mot qui soulage en pareille circonstance. Bullshit. Mais, surprise, sous l’injonction de l’artiste, voici toute la salle qui se met à agiter les mains et les doigts, comme les étudiants tout à l’heure… (PH)

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7 réponses à “Baptêmes étudiants, baptêmes bullshit

  1. Je ne comprend pas non plus ce décalage:
    Une sorte d’initiation qui se voudrait porteur de valeurs humanistes mais qui propage des images, des connotations bien à l’opposé. Une « contradiction » bien nette comme le nez au milieu de la figure, mais tous n’y voient rien!!
    C’est comme si on inversait les mots et leurs sens.
    Je suis bien étonné que ce phénomène ne soit pas plus débattu. Elle est pourtant fondamentale si nous concevons le rôle essentiel d’une université.
    Un million à celui ou celle qui pourrait rectifier cette absurdité.

  2. Pour avoir parler avec des étudiants qui ont vécu et pratiquer ce genre de trucs… il disent qu’au final, ils prennent plus consciance de ce qu’est le libre examen… et de l’influence de l’homme sur l’homme ( et à quel point c’est facile de se laisser « endoctriner »)… mais bon… faut il vraiment en passer par là??? une bonne reflexion personnelle et le tour est joué! Et puis le Libre examen à l’unif… c’est bien beau mais pas vraiment appliqué!

    • Il ne faut jamais nier que le pire puisse conduire au mieux… l’humiliation, si on la surmonte, ça peut rendre plus fort, etc. … il y a sans doute des excuses pour les employer (très peu avouent être honteux de s’être laissé entubés de la sorte) et des notions différentes du libre examen…

  3. Malheureusement – et je le constate encore ici – tout n’est qu’amalgames, raccourcis et préjugés. Je rappelle à ceux qui veulent bien l’entendre que le baptême résulte d’un choix d’adultes (de personnes majeures tout du moins) consentants. Le baptême tel que je l’ai vécu (et tel qu’il devrait l’être) n’est qu’un immense jeu de rôle qui ne doit être pris qu’au Xième degré. Rien à voir avec le bizutage tel que pratiqué dans les universités américaine par exemple. Il n’est pas question de bafouer une quelconque humanité, mais bien de provoquer – à l’intérieur comme à l’extérieur du cercle d’ailleurs – réflexions et débats (oui oui, ces sauvages communiquent!). Hélas – et comme souvent – il existe des débordements, des personnages qui ne comprennent pas ni le sens ni l’origine de ses baptêmes. Faut-il pour autant condamner l’ensemble des baptisants/baptisés ?
    Et je veux bien mon million car de paradoxe il n’y en a point dans le principe de mettre en situation des personnes en position « d’infériorité » pour leur montrer l’absurdité de la chose (même si je rappelle que ce n’est pas forcément le but premier du baptême)… il s’agit bien d’un jeu de rôle où, je le rappelle, tout les intervenants ont passé un accord.
    Être pour ou contre,c’est normal. S’interroger sur ce « rite » aussi. Mais juger cela sur base de la non-expérience du phénomène je trouve ça par contre ridicule autant qu’inintéressant comme démarche. Et là désolé, mais j’ai un coup d’avance…

    • Mais je ne vois pas pourquoi vous auriez forcément un coup d’avance (pas plus que moi d’ailleurs, la question n’est pas d’être en avance)! On est amené à « juger » de beaucoup de choses sans les avoir vécues personnellement, et heureusement car, sans cela, seuls les individus ayant expérimenté telle ou telle situation n’auraient droit au chapitre et le débat tournerait souvent court. Il n’empêhce que les outils pour se forger une opinion existent bel et bien : lectures, observations sur le long terme (j’en ai vu et entendu pas mal), conversations, témoignages… La fonction de l’entendement est de même plus large que de se limiter à s’exprimer sur ce dans quoi nous aurions forcément trempé. Oui, bien entendu, je suis au courant de ce Xème degré (certains parlent même de XXème degré, à force c’est un peu comme le point G) et de la plupart des arguments en faveur de ce genre de rite. Au courant aussi que ça « profite » à certains, comme n’importe quelle expérience peut devenir profitable, du reste. Je ne condamne certainement pas l’ensemble des baptisés! A mon avis, tu as une mauvaise perception du décalage entre la possible bonne intention de départ et la part de débordement et le nombre de « personnages qui ne comprennent pas » la noble intention de départ. Parce que j’en ai vu et entendu beaucoup pour qui compte avant tout le défoulement. Ca sert aussi à ça le jeu de rôle. Le contrat résultant d’un choix entre adultes, il faut aussi le relativiser. Même si l’âge officiel atteste du stade adulte, quand on débarque du secondaire, surtout venant de province, dans une université, on est quand même fort tendre pour que l’on puisse estimer que ce genre de choix s’effectue toujours en pleine connaissance de cause. Bien entendu, il y a des exceptions. Le contexte évolue beaucoup mais il y a quelques années encore la pression était forte pour contraindre les arrivants à participer au baptême. (C’est de moins en moins le cas et il n’existe plus de « représailles » ou discrimination pour les non-baptisés, mais, comme on dit en sociologie, une ancienne contrainte ne s’évanouit ainsi par enchantement. Les tenants de l’organisation des baptêmes dans les universités font plutôt partie de la population « traditionnelle »; attachées aux « folklore », visions anciennes de ce qui est censé faire évoluer l’esprit.) Enfin et surtout, et c’était l’essentiel de mon billet – et pas strictement de casser du sucre sur les baptêmes – dans le contexte actuel de déculturation, il serait préférable que l’université se manifestât sur la place publique avec un autre genre de jeu de rôle. celui-là a l’air ringard et peu reluisant. Ou peut-être l’accompagner d’une signalisation explicite pour les témoins : « ‘l’université interprète pour vous sur la voie publique les us e coutumes de l’asservissement »? , avec un programme distribué comme pour le théâtre de rue !!? Parce qu’à observer le « regard » des différents témoins, je ne suis pas certain que le message qui est de provoquer « réflexions et débats » passe vraiment. C’est le danger du Xème degré exhibé sans « encadrement » : rien n’est explicite pour un tiers, ça privilégie confusion et amalgame. Le rôle de l’université sur ces questions serait plutôt de combattre l’amalgame. – Revenons aussi à cette notion de « jeu de rôle » : comment les règles en sont-elles définies? Il me semble qu’elles sont assez monotones dans la manière de répartir les rôles entre « soumis » et « maîtres »!? Et la « récompense » ne vient (être déclaré « baptisé » et avoir le droit de baptiser!), au terme du processus, qu’à s’être montré très coopératif dans la soumission! Même si, entre les parties théâtrales, ça cause, ça dialogue, il y a des moments réservés à ça. Allez, dans la scène que je photographie : le « jeu de rôle » permet-il à la vingtaine de recrues soumises, gueule en terre, de se révolter, faire coalition, empoigner les quelques « matons » qui leur gueule dessus, et inverser les rôles : « allez, on vous nique maintenant, et parce que vous aimez ça, vous allez revivre votre baptême, du début à la fin, on ne sait jamais, la première fois il n’a peut-être pas été assez formateur!? Il ne vous a peut-être pas fait assez réfléchir sur l’absurdité de la soumission puisque vous reproduisez sans état d’âme, sans la manifestation d’un libre arbitre évident ce que l’on vous a fait subir? » !? Oui, non?

  4. Quand je parle de coup d ‘avance, je tenais juste à signaler que, de part ma qualité d’ancien baptisé, je me suis déjà retrouvé du côté des jugés. Par la force des choses, ça élargit le champ des perspectives bien au-delà de celles des « simples juges moraux » (désolé pour l’expression). Car une des perspectives que vous n’envisager pas, est bien celle-ci: comment réagir lorsque les us et coutumes auxquelles on adhère sont pointés du doigts?
    Une belle expression à laquelle nous avons été soumis: « Hitler est né dans les baptêmes! » Et moi qui ai toujours cru que c’était dans un camp scout…
    Faut-il forcément « encadrer » les spectateurs extérieurs? Je ne pense pas. S’informe qui veut et comme il le veut. Comme vous le dites si bien, le débat est possible sans avoir vécu les choses. Le baptême n’est pas un spectacle de rue dans le sens premier du terme. Si vous allez à un baptême juif, peu de chance qu’on vous donne un mode d’emploi à l’entrée de la synagogue… mais rien ne vous empêchera de juger le rite.
    Les baptêmes, pratiques assez anciennes, visent (même si je concède facilement que le folklore s’étiole par endroits) à s’affranchir de la « bourgeoisie de papa », castratrice et dictatoriale. Le rite et ses règles peuvent se voir comme étant monotones, mais pas plus que le cadre éducationnel tel que décrié. En outre, il peut permettre à certains de porter un regard différent sur soi-même, le sérieux de l’existence et la stupidité de l’âge adulte.
    Arriver à la fin du parcours n’est pas une récompense, mais peut-être une forme d’accomplissement. Le passage de l’enfance à la responsabilisation de soi en qualité d’être humain. S’il n’est pas nécessaire, le baptême est un choix qui, bien qu’en pense certains, n’est pas imposé (il suffit de voir le pourcentage d’étudiants qui se font baptiser, pour ma part nous étions 3 sur 100) et qui peut être arrêté à tout moment.
    Le monde du baptême est plus complémentaire (pour ne pas dire opposé) à l’institution universitaire. Celle-ci n’est plus là pour forger des esprit libres et critiques (ça c’est pour rassurer les parents), mais de parfaits moutons prêts à tout pour réussir leurs examens.
    Ca aussi c’est du vécu…
    J’ai entendu tellement de bêtises de ces gens bien pensants qui se croient libres de leurs actes et de leurs idées que ma perception de ce qu’est la « morale » a bien évolué depuis mes 18 ans. Mais c’est peut-être du au baptême… ou pas!
    Il y a des cons partout: dans les Religions, les baptêmes, la musique, la politique qu’il devient aussi difficile que vain d’avoir un débat sur « ces concepts ». Écoutez donc Didier Super « Y en a des biens », ça résume bien la chose…. oui, non? Sans opinion?

    • Si les choses ne sont pas si simples (et comme je le concédais, une expérience enrichissante est aussi possible dans le cadre du baptême estudiantin, les cas de figure sont certes multiples et juger un système ne revient pas forcément à mettre toutes ses composantes dans le même sac ), elles ne sont pas non plus partagées selon un axe moral aussi simpliste que vous ne semblez le croire (comme si critiquer le baptême n’appartenait qu’aux bien pensants) . Par rapport au coup de gueule de mon billet, qui n’a rien de conceptuel, mais une réaction à un spectacle dans la rue (dont je connais très bien les tenants et aboutissants, malgré ce que vous croyez), à partir du moment où vous manifestez votre vécu, il me semble que j’ai apporté quelques nuances… Mais bon… Oui, à une époque, le baptême estudiantin a servi aussi, dit-on, à déniaiser, désembourgeoiser. Vaille que vaille. La bourgeoise de papa n’est pas toujours dictatoriale, ni castratrice (ne tombons dans le systématisme oedipien, ça c’est de l’autorité), et les relations parents-enfants ont tellement changé que c’est peut-être tout autre chose que l’embourgeoisement de papa qu’il conviendrait de traiter pour éveiller les esprits, au risque d’être tellement archaïque. (Et puis, question de chanson, sur cette question de la bourgeoisie, on pourrait citer Brel, mais surtout pour en arriver à réviser l’approche de la bourgeoise dans une société, elle est indispensable culturellement, il faut examiner ce que deviennent les sociétés qui ont détruits leurs classes bourgeoises.) Le principe du baptême est tout de même de faire une distinction, de créer une différence entre des baptisés et des non baptisés. Je n’ai pas plus d’aménité à l’égard du baptême chrétien, que juif ou autre. – Récompense, mais oui formellement c’est ainsi, la fin d’un processus de cette sorte peut s’appeler ainsi. Tant mieux si pour vous il s’est agit de bien plus, d’un réel accomplissement, mais dans l’ensemble, ça me ferait plutôt rire. Que le niveau de l’université soit plutôt bas, nous pourrions être d’accord, mais je ne vois pas en quoi il faudrait accepter cette situation et laisser faire. C’est trop important pour l’avenir. Oui, j’ai écouté avec beaucoup d’intérêt le premier Cd de Didier Super arrivé à la Médiathèque. Mais le deuxième m’a vite très fatigué. Et non, le « il y a des cons partout » que finalement, est-ce que ça vaut encore la peine de penser, de construire une argumentation et une pensée, non, ça ne passe chez moi. Ca embrouille tout, c’est le degré zéro de la pensée et de l’engagement, c’est un fond de commerce qui peut vite sentir mauvais, vous qui parliez d’amalgame!? Et d’idéal inculqué par le baptême!?

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