Célébrités, chaudes ou froides

(Instantané.) – Célébrité politique – Il est toujours surprenant et intriguant de se trouver nez à nez avec une célébrité, un personnage historique que l’on a vu et entendu abondamment dans les médias. Même si on n’a jamais éprouvé de sympathie pour lui – et, le cas échéant, même, plutôt des sentiments négatifs -, on peut être pris de court. Enfin, c’est mon cas. J’aperçois Jacques Chirac. Il sort d’un bistrot, il est reconnu par de jeunes touristes, il sert des mains, accolade, il pose pour des photos. Comme on l’a souvent vu faire, ce qu’il fait de mieux peut-être, sa manière de faire de la politique. Sa voiture est garée le long du trottoir, le chauffeur attend, le garde du corps ne le quitte pas d’une semelle. C’est un vieux monsieur élégant, affable, entouré d’importance. Il a été, il est aujourd’hui plus ou moins retiré du combat, il a quitté l’arène, j’ai tendance à l’assimiler à une histoire terminée, faite d’anecdotes, de petites phrases. En même temps, malgré un imperceptible vacillement dans la volte face que son personnel lui impose en douceur, et qui dénote une faiblesse dont l’animal politicien était dépourvu, on sent un personnage qui a transformé l’étoffe conférée par l’exercice du pouvoir à un haut niveau en vêtement naturel, reflet  d’une vie et d’une expérience réservée à de rares personnes (quoi qu’on en pense, n’est pas président de la République qui veut), où il faut faire preuve d’une endurance et d’une stratégie à long terme dans le relationnel, l’influence, le calcul, la construction d’un réseau et la rhétorique. Rouerie et panache, hold up sur les voix électorales à la  force du bagou. Comme certains acteurs ou certains sportifs, on sent, on voit que ce genre de dirigeant n’a pas vécu dans le même monde que nous, qu’il n’y vit toujours pas, jouissant d’une retraite d’exception. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut admirer une telle qualité de costume porté aussi simplement, élégance événementielle évoquant celle de grands bandits, de « parrains ». Retiré de la course, tout cela semble alors « gratuit », anodin, mais ce sont les vestiges racés d’une machine à gagner, à séduire, à grignoter des adhésions électorales. Un vrai édifice historique dans son costard classe, auréolé de sa popularité plus directement utile, mais faisant office tout de même d’une sorte de protection, et entretenant – des deux côtés – celles qui donnent et celui qui reçoit – une nostalgie, la preuve qu’il y a eu une sorte de gloire. C’était un être complétement déterminé par l’ambition, le voici qui a le charme du superflu, grand homme que le hasard exhibe dans les rues ordinaires. Un magnifique paraître. – Citation à propos du paraître et du superflu :  « Le superflu que l’on trouve aussi bien dans l’architecture urbaine que dans les formes animales doit donc être situé sur le champ d’une présentation ou ostentation de soi-même qui n’a pas d’utilité immédiate et doit être comprise primairement comme issue d’un « besoin » ou d’une « aspiration » à manifester ce que l’on est au lieu de simplement « être » ou « exister » (un « besoin » qui ne peut être compris sur le mode déficitaire du « manque »). Et, comme on l’a vu, cette présentation de soi peut avoir lieu même en l’absence de tout regard spectateur. peut-on dire alors qu’elle serait « gratuite »? Ce mot, qu’il m’est arrivé d’employer, risque de réintroduire la notion d’un « supplément esthétique » ou d’une « pure dépense ». L’autoreprésentation n’est pas gratuite dans la mesure où elle reste liée à une finalité : elle exprime la raison d’être d’un édifice, et sa beauté réside précisément dans le fait que cette finalité (cette téléologie) est rendue visible et transparente. Le « superflu » n’est donc nulle part ailleurs que dans l’énigmatique et presque abyssale liaison de l’être et du paraître (le « redoublement originaire »). Dans le fait que cela ne suffise pas de simplement « être », et qu’il faille aussi le faire paraître, le montrer, l’afficher (par la médiation d’un langage de formes qui est assez universellement compréhensible). » Jacques Delwitte, « La manifestation de soi », La Découverte, 2010.  – Célébrités littéraires. – Un peu plus loin, il y a l’hôtel où est mort Oscar Wilde et où Borges a séjourné et écrit. C’est agréable d’y penser, de se recueillir, si  leur esprit est trop vaste pour séjourner exclusivement dans ce genre de lieu commémoratif, il en subsiste ici certainement quelques particules! L’intérieur de l’hôtel, d’époque, est plein de recoins, de couleurs assourdies, d’éclairages indirects, d’ombres et d’épaisseurs, de conforts et de sensualité, on pénètre dans sa phrase est complexe, travaillée, baroque, en sentant nettement un écart se creuser avec l’extérieur, ce n’est pas le même air que dans la rue, on est ailleurs. Heureusement, le Restaurant a su engagé un chef qui réalise une cuisine raffinée, que l’on peut prendre comme hommage aux styles fameux des grands écrivains qui font la réputation du lieu. La créativité reste logée dans le logis. Cette cuisine est simple (sa richesse et complexité est intériorisée, décantée), lumineuse et parfumée, elle se déguste « religieusement ». Particulièrement ces formidables crevettes servies crues, qui cuisent légèrement dans le bouillon épicé que l’on verse dessus (très belle association, colorée qui plus est, du frais océanique et du souffle chaud floral, l’ensemble faisant un effet de surprise réjouissant) et le dessert raffiné, dentelle de biscuit croustillant remplie de crème pâtissière très fine, poutrelle délicate où s’alignent des fraises des bois accompagnée d’un sorbet de noix de coco. – Célébrité à tuer – Après la rencontre avec un quasi-fantôme élyséen (Chirac), les libations délicates traversées de l’ombre de deux grands écrivains, quoi de plus réjouissant que l’assassinat de Tintin et Milou, définitif, enfin représenté  (dessin de Sean Hart) et donc de l’ordre du possible. Qu’on nous en débarrasse.  (PH)

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s