Archives mensuelles : mai 2010

Plasticités urbaines

« Cités, Mons-Brugge #3 », Aux Abattoirs, Mons, jusqu’au 04/07/2010

Au vernissage de l’exposition « Cités Mons-Brugge », échange récurrent d’œuvres et d’artistes entre les villes de Bruges et de Mons, les discours officiels des échevins ont évoqué les ambitions culturelles des deux cités, notamment « Mons 2015 », évoqué au passage le thème de l’exposition « la relation des artistes à la ville », affirmé en relation à la situation du pays que l’art ne connaît pas de frontière (linguistique) – postulat bien joli mais qu’il faudrait tout de même vérifier, l’histoire ayant fourni bien de contre-exemples ! Mais aucun artiste n’a été nommé, aucune œuvre présentée, rien n’a été dit de façon explicite sur le travail des artistes, sur leur présence. Comme si la partie proprement artistique de l’événement était reléguée au rang de prétexte, sans préméditation, mais par usage.Nuages rouges – En arrivant, au centre de la pelouse d’honneur où devaient jadis transiter les bestiaux, une tache sanglante, aérienne et joyeuse. On la retrouve à l’intérieur, multipliée, en nuages rebondis, aux belles formes de coussins où l’on a envie de s’enfouir, s’enfouir en l’air. Chaque nuage est doté d’une laisse et d’une poignée : on pourrait les adopter, les promener derrière soi, au-dessus de sa tête, les attirer pour qu’ils nous frôlent. Amadouer les nuages empourprés par le couchant (ou le lever du soleil), ne plus avoir peur de ce qui anime le ciel, se connecter aux formes fantasques des grands cieux. L’artiste, Amandine Forsy, née en 1981 a participé au Prix de la jeune sculpture en 2008 et avait placé dans le parc du château de Colonster, de la même étoffe rougeoyante, de longs intestins flasques tombés du ciel, enroulés en labyrinthe dans l’herbe ou encore un sac noir de tissu suspendu aux branches, ressemblant à un fruit monstrueux ou aux abris organiques de parasites ou d’êtres invisibles peuplant la forêt, oeuvre baptisée « Maison ». – Grammatisation urbaine. – L’exposition s’ouvre essentiellement avec une ligne d’horizon. Une installation de Sven Overheul (Gand) : « Forbiden City, Skyline #1 ». Une fenêtre de lumière projetée sur le mur dans laquelle se dessine la silhouette étirée, à contre-jour, d’une ville. Une structure stéréotypée de cubes, de volumes adossés, de building ramassés. Un squelette, comme une arête rocheuse. Mais ce n’est pas si simple : le cadre lumineux provient d’une vieille machine, un rétroprojecteur. Le dessin sombre et géométrique dans le faisceau lumineux est l’ombre portée de lettres d’imprimerie alignées sur l’appareil. En un trait, un rapprochement entre l’architecture de la langue imprimée, de la connaissance et les structures urbaines dominantes où se concentre la plus grande partie de l’humanité. Du coup, l’ombre de cette ville a quelque chose d’immatériel, s’étire comme une phrase, manifestation d’une langue difficile à déconstruire. – Terrain vague et dancing –  Barbara Dits (1980, Leuze) a remporté le Grand Prix du Hainaut en 2006 avec une série de photos (« Humanisme #2 ») consacrée aux immeubles en construction ou démolition, entre nouveau corps de logis et habitat désaffecté, clapiers pimpants ou désossés. Quartiers de grands immeubles d’une géométrie morte entourés de zones pelletées, jonchées de grabats, où l’urbain semble toujours un territoire de guerre de tranchée. Aux Abattoirs elle accroche quelques photos consacrées aux topographies particulières où fleurissent les grands dancings. Entre deux villes, entre grand route et campagne, près de zoning industriel ou de friches économiques. Elle saisit avec acuité l’esthétique évolutive particulière de ces lieux de plaisir et de défoulement : comment certaines boîtes, une fois déclassées, boudées par les jeunes, deviennent des boîtes pour vieux, enseignes et logos ringard, mélancoliques. Enfin, les boîtes tendances ont le look fonctionnel d’usines quelconques, anonymes le jour, clignotantes et singulières la nuit. Et surtout bien protégées par des grillages et des batteries de caméras de surveillance. Les corps qui font la fête sont surveillés, l’accès aux plaisirs nocturnes est bien gardé. Yoko Tack (Gand, née à Séoul en 1979) récolte de nombreux clichés dans la ville et les rassemble en carnets de mémoire. C’est en archiviste compulsive qu’elle capte des détails, les marges sociales, des fantômes, des vides, des lézardes, la nature, la signalisation, des mouvements, des failles, terrains vagues micro ou macro, sociaux et économiques, urbains ou mentaux. Et, dans ce matériau vaste et hétérogène, elle extrait des séries imprimées alors en grand format et qu’elle tente de faire parler. Par exemple deux poumons de verdure très alvéolés et encombrés (« Tress 1 & 2 »), une femme à un carrefour impersonnel (tension et contradiction entre la banalité de la situation photographiée et le fait d’être à un carrefour de sa vie), une maison à la fois singulière et sans intérêt et enfin, intitulée « Mons », curieusement, un sous-bois ravagé et proliférant organisé autour d’un tronc d’arbre rompu continuant à croître, à inventer ses formes de vie. Il place en exergue cette phrase « Quand je pense à quelque chose, je pense à autre chose » (Jean-Luc Godard, Eloge de l’amour). – Tracé de mémoire, topographie de la fragilité – Sofie Van der Linden (1986, Turnhout) s’est promenée dans Mons en remplissant ses croquis de repères, d’esquisses, de plans. Dans un deuxième temps, celui de l’atelier, elle cherche à se rappeler les lieux et à en donner une représentation telle que sa mémoire les a enregistrés, en tout cas telle qu’elle les restitue. La spatialité, bien que s’appliquant à du réel, intègre de l’imaginaire, le trait, bien que très réaliste, ouvre à l’onirisme. C’est qu’elle ne cherche pas à transcrire strictement les images « photographiées » par son esprit, mais qu’elle se laisse guider par la connaissance entière du corps, de la marche dans les rues, elle traduit une déambulation, des formes, des volumes et des cheminements, ce n’est pas uniquement l’œil qui prend l’empreinte de la ville (ou d’autres paysages). Elle dessine aussi des détails, une fenêtre, un pignon, une façade, un réseau de lampes… C’est très méticuleux, de la dentelle au crayon, presque totalement mimétique jusqu’à l’étouffement, mais dans l’ordonnancement rigoureux elle place un stigmate, un accroc, une déchirure, le genre de détail par lequel il semble que tout le tissu urbain va se détricoter, partir en lambeaux. Frais et sordide. Samuel Coisne, précisément, traite de la dialectique urbaine violence/fragilité en passant d’un matériau à l’autre. Une ville historique, archéologique, en frigolite blanche. Des vitres percutées qui exhibent des broderies étoilées. Imprimées dans le verre, des circuits urbain réticulaires, entre toile d’araignée, carte graphique, circuits électroniques. Un bac de néons colorés qui rassemble dans un périmètre dérisoire toutes les lumières festives et publicitaires de la ville. Je retiens particulièrement un plâtre noir, brillant, pouvant évoquer les contours de bâtiments urbains surmontés de machines, dispositifs sanitaires, système d’air conditionné, une part de ces machineries qui rendent les immeubles habitables et fonctionnels alors que l’œuvre est un moulage du coffre à outils de l’artiste. – Ville imaginaire, lieux hantés  et salle de bain– A l’inverse de cette démarche, et pourtant la rejoignant quelque peu sous certains angles, Jonas Marga fantasme sur la « ville carrée » décrite dans l’épopée de Gilgamesh (texte pré biblique). Il en construit une archéologie imaginaire : création de maquettes, vestiges archéologiques, restes de temples, traces d’une ville fantôme qu’il photographie ensuite et imprime en grand format comme pour en attester l’incontournable historicité, la prégnance importante. Un cabinet de curiosités qui rappelle l’importance de la ville engloutie, d’une mythologie de villes vers lesquelles l’homme ne cesse de fouiller sa mémoire pour s’en donner des représentations, champ d’études et de recherche pouvant influencer la conception idéale de ce que doit être une ville, aujourd’hui. Marie-Laure Delaby améliore une installation déjà présentée en galeries d’art et initiée en ateliers organisés par Imal (arts numériques, Bruxelles). Soit une toile, au premier regard morne, d’une infrastructure urbaine désertée et pourtant « habitée ». Une partie de l’infrastructure d’un stade, les abords d’un vaste souterrain, un immense parking sous la ville, les espaces occultes sous les fondations du centre urbain, un élément architectural à la fois complètement sinistré et pourtant comme animé, intérieurement, d’une sombre célébration. Vieux bunker panoptique aménagé pour raver. Sur cette surface peinte est projeté un gribouillis électrique, une excitation visuelle orageuse, un signe hermétique viral, une projection épileptique de lumières crues. Apparition évanescente. Face à la toile, une chambre noire délimitée par des rideaux noirs. À l’intérieur, une projection : c’est l’image reproduite sur la toile mais telle qu’elle s’imprimerait sur la rétine selon un flux stroboscopique violent et fascinant. Contagion fasciste de l’image. Juste à côté, et à l’écart du thème de l’exposition, une installation se consacre à ce qui fait tache indélébile, sur la peau, dans la tête, ce dont on ne parvient pas à se laver. Que ce soit lié à un forfait authentique ou non. Un climat inconscient, abstrait, de culpabilité. Le basculement dans la névrose de la saleté qui peut sourdre, s’implanter, faire basculer un psychisme dans des contextes de promiscuité trop dense où la distance vitale entre les êtres est réduite au minimum. Céline Depré (Ciply) projette sur le mur l’image d’un homme qui se lave inlassablement les mains dans un évier. Dans son dos – dans la salle d’exposition – des tablettes de verre de salle de bain où sont alignées des savonnettes usagées, frottées, lissées par des mains, usées par le frottement des taches imaginaires (laissant entendre que la pratique est répandue, répétitive, nombreuse et partagée). Ces savonnettes ont des airs de matières ectoplasmiques. Plastiquement, c’est très joli, avec la lumière et le verre, les savons blancs semblent léviter en ligne. En s’approchant, en se penchant, on découvre que sur une deuxième tablette plus basse, en dessous de chaque savon, et prenant la forme de celui-ci, l’artiste a dessiné avec raffinement, les traits d’un visage à chaque fois différent (par le genre et la morphologie renvoyant autant à des types modernes qu’anciens). Ce sont des figures qui apparaissent sur le papier comme par l’effet d’une encre sympathique, on dirait d’abord des taches ressemblant à des portraits. Ce sont de ces souvenirs qui attachent à des histoires dont quelques fois, on voudrait se détacher, en se lavant une bonne fois pour toute, tous ces visages du passé qui déteignent sur notre présent et nous engagent selon leurs attentes dans l’avenir. Les couples de Karenne Marenne (1975) ne craignent pas, eux, de s’entacher, amoureux aux profils tatiesques, enlacés politiques devant des cités grillagées ou une centrale nucléaire, « Le progrès mon amour ». (PH) – Article sur l’édition Mons-Brugge #2 en 2009, à Bruges –

L’amour du cinéma se mesure-t-il ainsi ?

Le journal Le Soir consacre un article (5 mai 10) à une enquête à l’initiative du Crioc et de Radio Contact pour tenter de « comprendre les goûts des francophones en termes de cinéma et de cinéma belge en particulier, l’attractivité des films ou encore de mesurer le comportement cinématographique de chacun ». La méthode : 660 interviews téléphoniques. La période : avril 2010. Le titre triomphal de l’article : « Les francophones aiment le cinéma ». Mais est-ce si sûre !? L’enquête, comme du reste la plupart des enquêtes supposées renseigner sur les pratiques culturelles, surfe sur de grandes catégories et, surtout, ne se mêle pas d’introduire des critères qualitatifs, que ce soit en termes de pratiques –, – il y a tant de manières de regarder un film, de s’intéresser au cinéma – ou de production. En somme, grosso modo, on reste dans un type de sondage qui intéressera plus l’industrie que la cinéphilie. La manière dont les questions semblent tournées et les préférences exprimées en genre dénotent, en tout cas, des critères de choix formatés par des attentes liées à des catégories de genres bien établies et ne mettent pas en avant des recherches de surprises, d’inattendu. La comédie est le genre qui fait l’unanimité. Posons nous la question : si c’est le premier choix le plus répandu, compte tenu du genre de comédies à l’affiche dans les salles, du genre de comédies le plus mis en avant par le marché (et l’on verra que cela reste la source d’information majeure), on peut raisonnablement se poser la question : est-ce cela aimer le cinéma ? La manière de se positionner par des genres est aussi une manière de se positionner par rapport à un type de narrativité, de scénario, le storytelling conventionnel prédomine. Ce que conforte le premier critère déterminant le choix : « c’est surtout le sujet du film qui l’emporte ». Ce n’est pas forcément idiot, encore faut-il voir où est puisée majoritairement cette information. L’information grand public sur le cinéma schématise les sujets pour en faire des arguments de vente, de séduction (et la presse spécialisée francophone belge est absente ou ne pèse pas lourd). L’article précise que « nombre des personnes interrogées soulignent l’importance de la bande-annonce ainsi que les affiches de films comme déclencheur du choix final ». Cela concerne en fait 21% des sondés. Ce qui signifie que l’emprise de la publicité occupe une place importante dans le choix des films que le public décide d’aller voir. Autrement dit, entre l’industrie et le public, l’existence agissante d’appareils critiques et éducatifs se résume à peu de choses. Un peu plus loin, on apprend (ce n’est pas une surprise) qu’il est très rare d’aller au cinéma pour se retrouver seul face à un écran (pourtant, quand on aime le cinéma, ne devrait pas représenter une horreur, pas plus que de lire seul, bien concentré), mais que « choisir un film à voir » (voir et non regarder) s’inscrit bien davantage dans un programme complet de sortie : boire des verres, aller au restaurant, entre amis, en famille… Le cinéma se consomme en package de loisir. Mais pas trop souvent cependant (8 fois par an en moyenne). Enseignement qui sera très profitable aux industries de l’image. Finalement, le francophone aime-t-il le cinéma ? Peut-être que cette enquête cherchait surtout à sonder les modes de consommation plus que le réel amour du cinéma ? En tout cas, une pratique volontariste du cinéma dit d’auteur, dans des salles « normales » sans pop corn, ne transparaît dans ces pratiques telles qu’on les approche par ce genre de questionnaire. Globalement, on peut en déduire que les grands médias traditionnels (information-promotion) et la publicité restent les prescripteurs essentiels. Les pratiques collaboratives, les réseaux sociaux où échanger des goûts et des coups de cœur, ne semblent pas encore faire remonter sur la place publique, à savoir via ce genre de sondage un peu débile, une réalité significativement autre, une pratique visible, économiquement importante, de réel « amour du cinéma ». (PH) – L’enquête Crioc

De merveilleux merdiers créatifs (ou pas)

Soul Kitchen, Fatih Akin (2008)

Gegen die Wand, Fatih Akin (2004)

Il y a tous les ingrédients d’une comédie convenue, de l’amour et de la différence de classe, un looser intégral, une réaction en chaînes de coups foireux et au final des détours improbables qui rattrapent la sauce. Ce n’est pas avec ça que Soul Kitchen crée bien-être et sourire fou. C’est d’abord, je pense, dans la mécanique, le mouvement, le flow des images et de la narration, un flow généreux, fou et très black. Il y a une jeune et riche bourgeoise raffinée sinologue, un frangin en liberté surveillée, une artiste peintre serveuse de restaurant et de bar, un ancien condisciple entre magouilles fisceuses et prostitution, un cuisinier génial et caractériel, une ostéopathe attentive et patiente et, au centre, Zinos, cuistot d’un restaurant de seconde zone. Ça se passe à Hambourg, les quartiers sont mélangés, entre monde de la nuit, marge artistique, immigration grecque, beaux quartiers, Zinos est l’électron libre et passablement poissard qui fait se communiquer des univers en général étanches. Tous les personnages sont « entre deux », entre deux mondes, entre hésitation, traversant une période où les cartes de leurs destins respectifs sont rebattues. Ils bougent, sont bougés, ne savent pas très bien où ils vont retomber. Impossible de les situer sur une ligne, de leur attribuer un seul profil. Dans la manière d’orchestrer les quiproquos entre les mondes différents des personnages, pas de clichés, pas de grosse ficelle., rien de sophistiqué ou de tiré par les cheveux, ça coule de source. C’est ainsi que les pièces du puzzle social jouent entre elles, travaillent l’une contre l’autre, forcent les correspondances, rejettent les emboîtements prévus, recomposent d’autres agencements. Les principaux protagonistes sont animés du désir de s’inventer, de se trouver de « nouveaux modes de présence », pour sortir de la dèche ou de l’insatisfaction, de l’incompréhension ou de la non-reconnaissance. Avec les moyens du bord, ils cherchent à faire preuve de créativité pour atteindre une vie meilleure, plus agréable, plus cool. Et c’est en puisant dans ce fond de créativité qu’ils font sortir le prévisible de ses gonds. Ils sont dans une sorte de transe. Ils sont branchés en fait, sous l’effet d’une sorte d’énergie du désespoir pour s’en sortir, sur ce que Simondon appelait la « charge de préindividualité qui demeure attachée à l’individu, (…) charge de nature qui est conservée avec l’être individuel, et qui contient potentiels et virtualité ». C’est en puisant dans ce fond de nature, dans le non préfiguré et déjà dessiné, que les personnages cherchent des solutions, des pistes pour échapper au déterminisme peu reluisant. Et en puisant dans ces ressources de créativité, de l’imprévu jaillit, ils déjouent les plans, ils trompent les attentes, ils modifient les aiguillages, sans s’en rendre compte. « Nous pouvons communiquer avec les autres sur la base des structures qui sont en nous, par exemple les structures du langage ou les normes que le socius nous inculque. Toutefois, il y a une part de nous-mêmes qui n’a pas été mise en structure et qui nous rend capables d’inventer, d’introduire de la nouveauté dans le monde. C’est ce dynamisme de l’invention, cette poussée du devenir qui n’est ni mécanisme, ni finalisme, ni actualisation d’une dunamis préformée à l’origine, que Simondon a essayé de traduire dans les termes d’un schématisme technologique universel (technologie au sens d’opératoire toujours, et non au sens de la seule science des machines). (Xavier Guchet, « Pour un humanisme technologique. PUF, 2010) Zinos, et tous ceux qui interagissent, de gré ou de force, avec ses manœuvres pour créer son bonheur, introduisent de la nouveauté dans le monde, sans contrôle, sans calcul préformé. Perturbations. Et la jouissance savoureuse de ce film tient avant tout à sa magie opératoire qui enveloppe le spectateur. Et ce qui « apparaît » dans ce qui ne fonctionne pas entre les protagonistes (rendez-vous ratés, tromperies, non-dits), c’est la panne de l’échange transindividuel, c’est l’accord formaté au profit d’une étrange énergie bordélique et rayonnante qui surnage, le « préindividuel ». « Le préindividuel n’a pas du tout le sens d’un espace réservé et préservé du sujet, un territoire que la société n’investit pas et où pourrait se manifester quelque chose comme une liberté résiduelle. Il désigne plutôt cette capacité qu’a la société de ne jamais pouvoir se refermer sur ses stéréotypies, sur son organisation ; il est une promesse de transformation, de réorganisation toujours possible des collectifs. Comme disent Deleuze et Guattari, une société se définit moins par les contraintes qu’elle exerce sur les individus que par « ses lignes de fuite ». Le social, ça fuit de partout. Cette formulation n’aurait pas déplu à Simondon. Le préindividuel a bien partie liée à la fuite, non pas la fuite du sujet qui chercherait un refuge, mais à la fuite du social dont l’organisation est toujours traversée par des flux, par des intensités, par des affects qui peuvent la dynamiter pour donner autre chose. » Soul Kitchen, c’est exactement ça : une orchestration jubilatoire de flux, d’intensités, d’affects et de dynamitage d’individus qui ne cherchent pas simplement un refuge pour eux-mêmes mais à faire émerger un tout, une organisation nouvelle où ils se sentiraient bien tous ensemble. Serait-ce dans un microcosme, un coin de Hambourg bien circonscrit, par exemple autour de ce restaurant peu reluisant, mais au fort potentiel, par lequel survit Zino. Il y a plusieurs lignes dynamiques dans la narration (comme dans un morceau de soul, avec une ligne de basse, une frange de synthé, une ligne de cuivre) mais celle qui prépare réellement l’émergence de nouvelles formes de bonheur est liée à la cuisine. Quand la carte de Soul Kitchen devient soignée, inventive, à l’encontre des goûts du public d’habitués, une révolution s’amorce. Le lieu devient branché, fréquenté, rentable, brillant. Et c’est par ce biais que, traversant diverses péripéties désopilantes et attachantes, le film se termine en happy end sans exagération. Cette formidable machine à restituer les flux et les intensités dans la vie d’une ville, à montrer les fuites du social à travers des individus qui cherchent à s’inventer « autre chose » pour vivre, elle est à l’œuvre dans les autres films de Fatih Akin. Mais de manière moins drôle. Dans « Gegen die Wand », c’est toute l’organisation de l’immigration turque en Allemagne, et avec elle la confrontation entre modernité occidentale et traditionalisme turque, entre le sans frontière « mondialisé » et le nationalisme, entre répartition des genres, pays riche et pays pauvre, c’est toute cette organisation que le désir sexuel d’une jeune femme va tenter de faire imploser, mettre en question. Cahit a presque oublié ses origines, il a presque tout oublié du reste, devenu zonard zombie depuis la mort de sa fiancée. Sibel est une jeune fille qui étouffe dans le carcan traditionnel de la famille (dieu le père, le frère cogneur au nom de la morale). Ils se rencontrent au service psychiatrique après leur tentative de suicide. La jeune fille lui propose un mariage arrangé pour la sortir de son enfer, elle arrivera à ses fins non sans mal et elle commence à expérimenter sa liberté, surtout érotique, libération de son corps, de ses désirs. Sous les dehors frivoles de sorties et de dragues conventionnelles, le sexe prend avec Sibel toutes ses dimensions de quête d’autre chose, passage obligé pour se connaître, se posséder. Surtout, alors que le cul est extrêmement banalisé dans notre société, il est resitué ici sur un terrain mouvant, archaïque, lié à des enjeux « oubliés » : le sexe est territoire surveillé, quadrillé d’interdits, il est une « entrée » idéale pour exercer un pouvoir, appuyer des hiérarchies, discriminer. Il est donc aussi, forcément, lieu de conflit dans la recherche de la liberté.  Cahit émerge de ses limbes, observe la jeune fille, l’amour s’installe. Renaissance. Mais le décalage vécu dans le corps de Sibel entre la tradition et la modernité, le carcan turc et la liberté allemande, et qui l’a conduit, pour épouser et épuiser ce décentrement, à pratiquer des aventures sexuelles dangereuses à force d’insouciance (ça laisse toujours des traces, des sentiments, des complications), conduit au drame, à la violence et au meurtre involontaire d’un amant éconduit. Le côté « léger » de la jeune fille n’est en phase que superficiellement avec un univers « futile » aux apparences libertaires. Pour elle, c’est du sérieux, c’est un engagement. Elle crée donc du décalage, de l’incompréhension. Suite au drame qui en découle, elle se réfugie en Turquie où elle attend que Cahit sorte de prison.  Le territoire s’est inversé : à Hambourg, le carcan était confiné au périmètre occupé par la communauté traditionaliste, le reste de la ville était « libre ». À Istambul, s’agissant de la liberté de mouvement et de comportement pour la femme, le carcan est partout dans la ville, la liberté est privée, confinée à quelques rares oasis. Sans chercher la grandiloquence – fidèle à sa stratégie des flux, des intensités, pas des accentuations surchargées -, la violence des rapports hommes femmes est montrée jusqu’à son extrême. Cahit, libéré, arrive aussi à Istambul. Elle a, entre-temps, trouvé une forme d’apaisement, mariée et mère d’une petite fille. Il n’y a ni happy-end ni chute tragique. Il n’y a pas de solution. Les lignes de fuite sont trop embrouillées entre ces désirs brisés entre deux cultures, par la gestion de l’immigration et les retombées sur le sort des individus. Il n’y a plus de concordance possible. Le film, d’ailleurs, se présente comme le commentaire en image d’une chanson d’amour triste chantée et accompagnée par un orchestre traditionnel, en avant d’une vue panoramique d’Istamboul. Un beau merdier, oui. (PH) – Cinéma de Fatih Akin en Médiathèque


La porte de sortie

Jason Kahn, « Vanishing Point », (23Five 015, 2009), XK017W

Un grésil timide, gracile, s’empare de l’attention comme une poignée de fins graviers, discrètement jetés à la fenêtre. Et sans attendre ça monte très haut, fort et vite, il n’y a plus de digue,   tout est rompu, plus rien pour retenir la vie, l’émotion se propage et submerge tous les centres d’action et de pensées, paralysant et anesthésiant progressivement douleur et révolte sous le crible de ses piqûres. La tonalité n’est ni sombre ni éplorée, plutôt dans les jaunes, les bleus et verts, cieux pointillistes très clairs et vaporeux comme on en voit juste avant les crépuscules quand les contraires se touchent, brûlent et brillent. La musique est dense, un volume profond dans lequel on enfonce. On pense immédiatement au caisson de Véronica Janssens où l’on avance à tâtons dans des vapeurs épaisses teintées de lumières vives, entre étouffement et illumination… – Jason Kahn dédie cette oeuvre à sa fille décédée. Comme toujours avec cet artiste, l’emballage du CD est soigné et fait sens : notamment l’impression d’un point de fuite fractal, signe de cauchemar ou de délivrance, presque imperceptible dans un carré de milliers de petits points bleus, jaunes, vivants et inertes, qui se mélangent. Le CD a quelque chose de marmoréen et ses inscriptions dorées tiennent du graphisme funéraire. Le centre est jaune primaire, éclatant. – La mise en volume de cette matière sonore est impressionnante, un vaste cube qui se remplit de crépitements condensés, une mise au tombeau des milliards de palpitations qui constituent ce que la vie d’un autre être nous impulse et qui se retirent avec sa disparition. Et ça résonne comme un silo qui se remplit de tonnes de graines qui pleuvent d’un autre silo se vidant.Voilà des avalanches de sanglots pulvérisés avant même de jaillir de la poitrine, passés au brumisateur et dont les gouttelettes se transforment en chaos de percussion liturgique. Il y a là derrière, en émulsion dans la masse, des rivières de larmes, des cataractes lacrymales qui s’évaporent. Les gouttes durcies par la vitesse s’entrechoquent avec vacarme comme des perles de chapelets en prière ou des clochettes de célébration volant en éclats, massacrées. Flot douloureux et lustral, immobile dans son agitation, muraille de tremblements. Une respiration fantomale s’installe dans ce brouillard comme un phare au large des côtes Elle semble n’être pas impliquée par le drame. C’est une respiration de machine, ou d’animal, ou de plante ou d’un esprit. Ça respire. Et la masse crépitante fluctue d’intensité, parfois violente et sans pitié, parfois plus douce et miséricordieuse. L’irisation de la masse sonore fluctue aussi, plus sombre ou plus clair, avec beaucoup de nuances. Le martèlement de débris cosmiques, acharné, métallique, électronique est impressionnant. On entend comme des gamelans qui se fracassent dans l’abîme. L’exaltation d’un vaste envol de cloches, à pleines volées dans l’allégresse, étourdissantes, et qui se fracassent aussi, concassées, broyées. Matière sonore broyante dans laquelle se dessine des mouvements vertigineux. Comme si toutes les petites particules bruyantes étaient un peuple infini de derviches microscopiques en transe, aux rotations bien synchronisées. Flagellation. Progressivement, de nouvelles impulsions pointent leur énergie. Poussives mais répétées, exsangues mais obstinées. Comme un moteur qui cherche à redémarrer, un oiseau à reprendre son vol.  On entend comme la trajectoire d’un boomerang qui tranche l’air. Ou les figures sifflantes et incantatoires d’un rhombe. (Petit Robert : « ETHNOL. Instrument de musique rituel ou magique, formé d’une lame de bois que l’on fait ronfler par rotation rapide au bout d’une cordelette. ») Ce sont les exercices d’une nouvelle respiration. La masse sonore s’allège, se dissipe, s’éloigne comme une nuée orageuse constituée d’interférences électriques entre ciel et enfer. Une masse d’absence, d’oubli de soi et de voyage dans l’impensé (ce qu’est devenu l’être cher, la disparue). Le nuage s’éloigne. Arc-en-ciel et épiphanie. Juste un halo lointain que tente d’éclipser un crépitement organique, un filament où revient la vie, brute, fil d’étincelles magnétiques. Nudité, humilité d’avoir entrevu l’ultime point de fuite, la porte de sortie radieuse. (PH) – Discographie de Jason Kahn en prêt public – Le label « 23five Incorporated » is a non profit organization – Le site de Jason Kahn

Michel Onfray en rebouteux

Rendez-vous avec la culture comme système de soin!? – À Paris, le 6 mai, proposition d’une grande manifestation pour l’art et la culture. Le rendez-vous aura-t-il autant de succès que les apéritifs monstrueux agencés via par Facebook ? Le Collectif Quatre-vingt-treize, en tout cas, montre la voie de la mobilisation. (Collectif pour une relance des politiques publiques de l’art et de la création, le collectif 93 est composé d’acteurs de la culture (structures, employés, artistes) et de citoyens qui défendent un projet culturel et artistique ambitieux pour la Seine-Saint-Denis et au-delà. Depuis novembre 2009, dans le contexte de la réforme des collectivités territoriales, le collectif a publié plusieurs communiqués pour défendre le budget culturel départemental et participer à une dynamique en faveur d’une prise en compte par l’Etat de l’importance de la culture dans le projet démocratique et économique de la Seine-Saint-Denis notamment. Le collectif souhaite ouvrir des espaces de concertation avec tous les niveaux de collectivités (des mairies aux ministères) afin de faire entendre les enjeux d’un service public de la culture de qualité et un espace pour la création respectueux des artistes, des travailleurs de la culture et du public.- Extrait de leur courrier – ) – Le Parti Socialiste français présente un projet centré autour des questions de bonheur, de bien-être et forcément prenant ses distances avec des cadres de réflexion et d’action exclusivement marchands. Le « prendre soin », la société comme lieu où l’on se porte attention, voilà que l’on retrouve avec plaisir en tête d’un  programme politique. Libération, rendant compte de cette orientation vers le « care », fait le point sur cette notion (liée au mouvement féministe américains des années 80), avec les philosophes Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc. Leur note explicative reste fort attachée aux acceptions les plus courantes du terme, ce qui est le plus proche des services qui soignent. Même s’il est dit que la notion a connu des expansions sur d’autres terrains. La ligne politique qu’il convient d’organiser autour du « care » gagnerait à s’articuler beaucoup plus avec les exigences d’une politique culturelle-industrielle. C’est par la culture qu’une société peut rompre avec sa gestion méprisante des individus, du collectif, de la nature, des technologies et des ressources premières. Il serait temps de s’intéresser aux propositions d’Ars Industrialis. Le PS aussi. Reste la question des moyens. Pour que ce ne soit pas qu’une question de discours, un basculement d’une économie de profit vers une économie de soins, implique un déplacement important des investissements, voire d’incontournables nouvelles ressources. Or, on assiste plutôt à l’essoufflement des moyens financiers mis au service de tout ce qui soigne.  On le voit dans la gestion de la petite enfance où, par exemple en France, les professionnels de l’accueil des petits estiment que les mesures gouvernementales organisent une « grande braderie des modes d’accueil, fondée sur la déréglementation et la baisse des qualifications » et le manque de temps pour faire du bon travail (ce qui conduit des mères à modifier leur engagement professionnel) : ça, ça ne va pas dans le sens du société du soin. En ce qui concerne l’éducation, on le constate en Belgique francophone où, faute de moyens pour une politique d’envergure, la Ministre a proposé que les écoles mieux dotées transfèrent une part de leur budget aux écoles en difficulté. L’intention est charitable est en soi, elle révèle surtout un Etat sans moyen. Dans la culture, on ne compte plus les budgets administrativement diminués, de théâtres ou autres structures de découvertes et, toujours, cela concerne des projets fragiles consacrés à la découverte, à l’invention et la diffusion de nouvelles formes (contre quoi réagit des associations comme le Collectif 93 ») – L’anti-soigneur Onfray –  En lisant l’étude que Bernard Lahire consacre à Kafka, je tombe sur ces lignes : « Le 23 septembre 1912, alors qu’il vient d’écrire son texte, Kafka écrit dans son journal qu’il a été « accompagné par de nombreux sentiments » tout au long de son travail et, notamment, du « souvenir de Freud naturellement » ». Putain, le con, là, il baisse grave dans mon estime ! Freud ! Tout au long de son travail, accompagné par le souvenir de Freud ! Mais il avait pas lu Michel Onfray, Franz Kafka !? Ou il pouvait pas anticiper qu’un jour Michel Onfray viendrait révéler au monde l’imposture de Freud !? Minable, va. J’ai été très surpris qu’un « grand » quotidien français comme Libération titre sa une, le 17 avril 2010, par ce genre de couillonnade : « Onfray tue le père Freud ». Non que ça me dérange que l’on s’en prenne au « père de la psychanalyse » et surtout pas que l’on tire à vue sur certains dogmatismes de l’institution freudienne actuelle. Mais parce que d’emblée, le titre qui se veut sensationnel, n’indique rien de bon. Rien d’intéressant. Fondamentalement, je m’en fous que tel ou tel tue Freud. Ça appartient à son petit roman personnel, ses comptes à régler. Ce titre « Onfray tue le père Freud » positionne d’office la question dans un autoritaire pour ou contre, du style « pour en finir avec » et sous-entendu, « moi je suis enfin celui qui est capable de rendre possible cette liquidation ». C’est ramener le champ intellectuel à l’exploitation de prises de position « pour ou contre », au binaire, au primaire, ce dont raffole évidemment la presse et un certain lectorat aux compétences relatives. Parce qu’il est impossible d’en finir avec Freud, de le tuer, de le rayer de nos pensées, pratiques, de nos constructions, mécanismes et humour. Si je cite Kafka c’est pour signaler que Freud a aidé certains, et non des moindres, à penser, construire une œuvre, réfléchir au vivant. Bien ou mal. Au texte pavané d’Onfray, les réactions de l’orthodoxie ne sont pas très intéressantes et confortent mon opinion que ces affrontements stéréotypés ne font du bien à personne, sont incapables d’apporter du soin à qui que ce soit, d’éclairer qui que ce soit. Il me semble qu’Onfray cherche à casser la validité d’un travail intellectuel en accumulant et recoupant une série de « vilains petits secrets de l’histoire », de la biographie de Freud, ce qui n’est jamais une démarche fort courageuse – on est habitué à constater des écarts entre l’œuvre et le vivre, et qui sait si, en fouillant chez Onfray… -,  ce qui finit par faire système dans la recherche du succès éditorial. L’important est ailleurs et encourager, faire la publicité de ce genre d’écrit ne contribue qu’à affaiblir toute tentative d’avancer vers une société de soins qui, justement, ne pourra plus être une société du « binaire », car elle comprend que remède et poison sont liés et abordés ensemble. Un livre qui m’a le plus impressionné et influencé, c’est « L’anti-Œdipe. Capitalisme et schizophrénie. » de Deleuze et Guattari. Ah ! Là, il y a quelque chose. C’est puissant, ça dégage de nouveaux horizons et sans jamais fouiller les poubelles parce que ça se penche sur les idées, les enjeux, les réelles perspectives de soin, de soigner. Mais, si à partir de cette lecture, je préfère me considérer comme « anti-oedipien », je n’en continue pas moins à continuer à « travailler » avec Freud. Une proposition et son contraire font rhizome, justement. Deleuze et Guattari auraient-ils écrit l’anti-Œdipe sans l’Œdipe de Freud ? Ce dernier ne les a-t-il pas « aidé » à penser d’autres possibles, d’autres lignes de fuites, d’autres manières de (se)soigner ? Onfray ne s’occupe pas de soigner, c’est philosophe carriériste et ses « universités » sont structurées sur cette conception du savoir et des connaissances, elles doivent plutôt contribuer à entretenir un nouvel obscurantisme dommageable. Car je ne suis pas loin de partager (avec réserves toutefois !) l’avis de Michel Crépu (directeur « Revue des deux mondes ») : « Très peu d’intelligence, beaucoup de muscle, de désir de vengeance, de ressentiment, d’hystérie vitale, solaire, sans la moindre finesse, la moindre jouissance réelle. Néanmoins, et sans doute pour cette raison même, Michel Onfray fait symptôme. De quoi ? On dirait d’une forme moderne d’obscurantisme. Obscurantisme d’une haine pseudo-libertaire de la loi, d’une croyance éperdue dans les pouvoirs de l’organique, tout cela dans un sabir néo-XIXème siècle… ». Beaucoup de bruit pour rien, au fond, comme dans toute gestion médiatique du « scandaleux ». Mais ça vend et l’on peut dès lors présumer que cela fait pas mal de dégâts, comme le succès des rebouteux et charlatans contre le sérieux qu’il conviendrait d’accorder aux pratiques de soins et aux pensées qui doivent les animer. (PH)