Immolation coréenne (dans l’indifférence d’un street art plus décoratif)

Street Art Without Borders, mai 2010, Paris

Tir groupé de papiers collés portant tous la mention « Street Art Without Borders », avec des signatures allemande, coréenne, brésilienne… Le concept de l’exposition collective adapté au Street Art ? Une communauté d’artistes de la rue qui voyagent et utilisent cet intitulé pour identifier leurs travaux ? Auquel cas, on peut imaginer des rendes-vous coordonnés et que l’Allemand, la Brésilienne, la coréenne soient passés ici, il y a peu, pour apposer leurs dessins. En fait, il en est autrement : une personne bien inspirée a imaginé un système pour faire voyager les œuvres de Street Art, les montrer en plusieurs villes, leur permettre d’être vues dans des villes autres que celles où elles sont nées. En outre, de cette manière, les artistes peuvent découvrir, replacées in situ, pas uniquement en photos, les créations conçues loin de chez eux, qu’ils ont peut-être peu de chances de voir en vrai. Cela fait office de musée, lieu où l’on peut se confronter aux images réelles et non à leur reproduction. Bien sûr, un musée éphémère adapté aux images du Street Art, forcément un art de copies mais dont l’authenticité tient à être « accroché » pour une durée aléatoire dans la rue. C’est ce rapport au support et cette durée aléatoire qui font de la copie un original, en quelque sorte. Voilà, derrière tout ça, l’initiative d’un personnage qui contacte des artistes, leur demande de lui envoyer des œuvres et qui les colle aux endroits les mieux adaptés, selon la mise en scène la plus appropriée. Un commissaire Street Art. De cette fraîche livraison, je retiens l’image épurée et puissante de la coréenne Nana : « Hatekillmyself », frêle corps féminin agenouillé, la tête couverte d’un vaste sac noir ou remplacée par un autre organe à force d’être contrainte à l’anonymat, se vidant de son sang, aux extrémités tranchées. Un dessin très simple qui happe le regard, une sorte d’appel à l’aide dont les traits sont explicites : ici, dans la société, il se passe des choses graves, sans nom, et ça passe par mon corps, mon intimité. Ça contraste avec les jolies filles asiatiques qu’aime placarder ZHE155… La Brésilienne Verdeee a réalisé un collage avec pochoir très attrayant (technique mixte), sombre et chatoyant. Un fond de journaux avec des taches de couleurs, des triangles colorés en tous sens, une forêt de signes où volent des messagers intergalactiques et, par-dessus, trois têtes de femme (la même mais en des postures ou expressions différentes), à l’encre noire, carrément charbonneuses, ornées de magnifiques bois de biches/cerfs, familière mais d’une sauvagerie subtile, inaliénable. Cet éternel féminin sauvageon est placé à côté d’une jeune princesse blanche, torse nu, le Christ tatoué entre les seins et surmonté de cette phrase : « Die Die my Darling » (Mittenimwold). Et tandis qu’Aiber colle à tour de bras son Super Monsieur en lui adjoignant une Super Madame au Super cœur éclatant, que Mimi le Clown ne cesse de revenir en de nouveaux avatars (Super Clown comme on parle de Super Héros), je retrouve avec intérêt une série de tête de singes et de lapin de 13Bis. On dirait des masques qui veille sur nous, on pense aux dessins anatomiques représentant les êtres sans leur peau, pour montrer la structure des muscles, des nerfs, de tout ce qui fait tenir l’être en un tout, mobile, actif. Une esthétique qui hésite entre victime et appareil de violence. Ainsi, sous la peau reste aux aguets une bestialité prédatrice, une machine inexplicable, aux instincts insondables, indomptables… (PH) – Présentation détaillée du projet Street Art Without Borders

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2 réponses à “Immolation coréenne (dans l’indifférence d’un street art plus décoratif)

  1. Bonjour,

    Je ne découvre que maintenant votre article et votre blog.
    Quel plaisir et quelle belle découverte.
    Nous avons du nous rencontrer je suppose pour que vous soyiez aussi bien renseigné sur mon travail autour de « street art without borders ».
    A ce jour ce sont 220 artistes en provenance de 22 pays que j’ai collé sur les murs de Paris, Bruxelles, Bristol, Naples, tokyo, Séoul, Sao Paulo, Salvador et différentes villes de Cuba.
    Je n’ai évidemment pas l’intention de m’arrêter malgré certaines résistances (vols, arrachages sauvages, insultes, police…ou froid !) car les réactions positives l’emportent heureusement très largement sur ces inconvénients.
    Je suis convaincu que le street art doit être répandu pour le plaisir de la plupart. Cette part de poètique urbaine est essentielle à nos vies, à nos rêves.
    Merci encore de votre soutien.
    Cordialement
    Eric
    PS Verdeee est « un » brésilien.

  2. Bonjour,
    Un modeste contribution au mouvement street art du côté du pays basque sur http://makhno2point0.wordpress.com/

    M2.0

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