Michel Onfray en rebouteux

Rendez-vous avec la culture comme système de soin!? – À Paris, le 6 mai, proposition d’une grande manifestation pour l’art et la culture. Le rendez-vous aura-t-il autant de succès que les apéritifs monstrueux agencés via par Facebook ? Le Collectif Quatre-vingt-treize, en tout cas, montre la voie de la mobilisation. (Collectif pour une relance des politiques publiques de l’art et de la création, le collectif 93 est composé d’acteurs de la culture (structures, employés, artistes) et de citoyens qui défendent un projet culturel et artistique ambitieux pour la Seine-Saint-Denis et au-delà. Depuis novembre 2009, dans le contexte de la réforme des collectivités territoriales, le collectif a publié plusieurs communiqués pour défendre le budget culturel départemental et participer à une dynamique en faveur d’une prise en compte par l’Etat de l’importance de la culture dans le projet démocratique et économique de la Seine-Saint-Denis notamment. Le collectif souhaite ouvrir des espaces de concertation avec tous les niveaux de collectivités (des mairies aux ministères) afin de faire entendre les enjeux d’un service public de la culture de qualité et un espace pour la création respectueux des artistes, des travailleurs de la culture et du public.- Extrait de leur courrier – ) – Le Parti Socialiste français présente un projet centré autour des questions de bonheur, de bien-être et forcément prenant ses distances avec des cadres de réflexion et d’action exclusivement marchands. Le « prendre soin », la société comme lieu où l’on se porte attention, voilà que l’on retrouve avec plaisir en tête d’un  programme politique. Libération, rendant compte de cette orientation vers le « care », fait le point sur cette notion (liée au mouvement féministe américains des années 80), avec les philosophes Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc. Leur note explicative reste fort attachée aux acceptions les plus courantes du terme, ce qui est le plus proche des services qui soignent. Même s’il est dit que la notion a connu des expansions sur d’autres terrains. La ligne politique qu’il convient d’organiser autour du « care » gagnerait à s’articuler beaucoup plus avec les exigences d’une politique culturelle-industrielle. C’est par la culture qu’une société peut rompre avec sa gestion méprisante des individus, du collectif, de la nature, des technologies et des ressources premières. Il serait temps de s’intéresser aux propositions d’Ars Industrialis. Le PS aussi. Reste la question des moyens. Pour que ce ne soit pas qu’une question de discours, un basculement d’une économie de profit vers une économie de soins, implique un déplacement important des investissements, voire d’incontournables nouvelles ressources. Or, on assiste plutôt à l’essoufflement des moyens financiers mis au service de tout ce qui soigne.  On le voit dans la gestion de la petite enfance où, par exemple en France, les professionnels de l’accueil des petits estiment que les mesures gouvernementales organisent une « grande braderie des modes d’accueil, fondée sur la déréglementation et la baisse des qualifications » et le manque de temps pour faire du bon travail (ce qui conduit des mères à modifier leur engagement professionnel) : ça, ça ne va pas dans le sens du société du soin. En ce qui concerne l’éducation, on le constate en Belgique francophone où, faute de moyens pour une politique d’envergure, la Ministre a proposé que les écoles mieux dotées transfèrent une part de leur budget aux écoles en difficulté. L’intention est charitable est en soi, elle révèle surtout un Etat sans moyen. Dans la culture, on ne compte plus les budgets administrativement diminués, de théâtres ou autres structures de découvertes et, toujours, cela concerne des projets fragiles consacrés à la découverte, à l’invention et la diffusion de nouvelles formes (contre quoi réagit des associations comme le Collectif 93 ») – L’anti-soigneur Onfray –  En lisant l’étude que Bernard Lahire consacre à Kafka, je tombe sur ces lignes : « Le 23 septembre 1912, alors qu’il vient d’écrire son texte, Kafka écrit dans son journal qu’il a été « accompagné par de nombreux sentiments » tout au long de son travail et, notamment, du « souvenir de Freud naturellement » ». Putain, le con, là, il baisse grave dans mon estime ! Freud ! Tout au long de son travail, accompagné par le souvenir de Freud ! Mais il avait pas lu Michel Onfray, Franz Kafka !? Ou il pouvait pas anticiper qu’un jour Michel Onfray viendrait révéler au monde l’imposture de Freud !? Minable, va. J’ai été très surpris qu’un « grand » quotidien français comme Libération titre sa une, le 17 avril 2010, par ce genre de couillonnade : « Onfray tue le père Freud ». Non que ça me dérange que l’on s’en prenne au « père de la psychanalyse » et surtout pas que l’on tire à vue sur certains dogmatismes de l’institution freudienne actuelle. Mais parce que d’emblée, le titre qui se veut sensationnel, n’indique rien de bon. Rien d’intéressant. Fondamentalement, je m’en fous que tel ou tel tue Freud. Ça appartient à son petit roman personnel, ses comptes à régler. Ce titre « Onfray tue le père Freud » positionne d’office la question dans un autoritaire pour ou contre, du style « pour en finir avec » et sous-entendu, « moi je suis enfin celui qui est capable de rendre possible cette liquidation ». C’est ramener le champ intellectuel à l’exploitation de prises de position « pour ou contre », au binaire, au primaire, ce dont raffole évidemment la presse et un certain lectorat aux compétences relatives. Parce qu’il est impossible d’en finir avec Freud, de le tuer, de le rayer de nos pensées, pratiques, de nos constructions, mécanismes et humour. Si je cite Kafka c’est pour signaler que Freud a aidé certains, et non des moindres, à penser, construire une œuvre, réfléchir au vivant. Bien ou mal. Au texte pavané d’Onfray, les réactions de l’orthodoxie ne sont pas très intéressantes et confortent mon opinion que ces affrontements stéréotypés ne font du bien à personne, sont incapables d’apporter du soin à qui que ce soit, d’éclairer qui que ce soit. Il me semble qu’Onfray cherche à casser la validité d’un travail intellectuel en accumulant et recoupant une série de « vilains petits secrets de l’histoire », de la biographie de Freud, ce qui n’est jamais une démarche fort courageuse – on est habitué à constater des écarts entre l’œuvre et le vivre, et qui sait si, en fouillant chez Onfray… -,  ce qui finit par faire système dans la recherche du succès éditorial. L’important est ailleurs et encourager, faire la publicité de ce genre d’écrit ne contribue qu’à affaiblir toute tentative d’avancer vers une société de soins qui, justement, ne pourra plus être une société du « binaire », car elle comprend que remède et poison sont liés et abordés ensemble. Un livre qui m’a le plus impressionné et influencé, c’est « L’anti-Œdipe. Capitalisme et schizophrénie. » de Deleuze et Guattari. Ah ! Là, il y a quelque chose. C’est puissant, ça dégage de nouveaux horizons et sans jamais fouiller les poubelles parce que ça se penche sur les idées, les enjeux, les réelles perspectives de soin, de soigner. Mais, si à partir de cette lecture, je préfère me considérer comme « anti-oedipien », je n’en continue pas moins à continuer à « travailler » avec Freud. Une proposition et son contraire font rhizome, justement. Deleuze et Guattari auraient-ils écrit l’anti-Œdipe sans l’Œdipe de Freud ? Ce dernier ne les a-t-il pas « aidé » à penser d’autres possibles, d’autres lignes de fuites, d’autres manières de (se)soigner ? Onfray ne s’occupe pas de soigner, c’est philosophe carriériste et ses « universités » sont structurées sur cette conception du savoir et des connaissances, elles doivent plutôt contribuer à entretenir un nouvel obscurantisme dommageable. Car je ne suis pas loin de partager (avec réserves toutefois !) l’avis de Michel Crépu (directeur « Revue des deux mondes ») : « Très peu d’intelligence, beaucoup de muscle, de désir de vengeance, de ressentiment, d’hystérie vitale, solaire, sans la moindre finesse, la moindre jouissance réelle. Néanmoins, et sans doute pour cette raison même, Michel Onfray fait symptôme. De quoi ? On dirait d’une forme moderne d’obscurantisme. Obscurantisme d’une haine pseudo-libertaire de la loi, d’une croyance éperdue dans les pouvoirs de l’organique, tout cela dans un sabir néo-XIXème siècle… ». Beaucoup de bruit pour rien, au fond, comme dans toute gestion médiatique du « scandaleux ». Mais ça vend et l’on peut dès lors présumer que cela fait pas mal de dégâts, comme le succès des rebouteux et charlatans contre le sérieux qu’il conviendrait d’accorder aux pratiques de soins et aux pensées qui doivent les animer. (PH)

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