Marcher avec La Sélec

De l’air. – Respirer, s’échapper, marcher, la marche comme matrice de pensées non maîtrisables, c’est le ton du N°10 de La Sélec, magazine atypique des médiathécaires belges, disponible en version papier avec poster à collectionner dans toutes nos médiathèques, en numérique avec des articles plus nombreux et des podcast, sur notre site Internet. La bouffée d’oxygène, ce sont quelques films où les territoires forestier et rural jouent à fond le rôle de lignes de fuite, zones libres où se reconstituer, se transformer, trouver le temps de se penser, d’expérimenter l’interdit chassé de partout, lieux aussi de résistances désirantes, sexuelles, politiques, économiques.Films de Kelly Reichardt (« Old Joy ») et Guiraudie dont « Le roi de l’évasion », commenté en son temps sur ce blog même, film scandaleusement ignoré par les Césars. Il n’y a pas de marche sans paysage, et sans cette association de la marche et du paysage, l’effet stimulant de la randonnée sur l’activité cérébrale n’existerait probablement pas. (L’effet de retrouvailles avec quelque chose en nous d’immémorial, d’indéfinissable, excessivement familier mais pouvant basculer dans l’inquiétante étrangeté tisse un maillage sensoriel perturbateur, au gré des pas, hypnotique, comme si le cerveau pouvait se réinventer, passer en revue toutes ses connexions internes et externes, scanner le paysage profond qui le constitue.) – Préparation de médiation. – La Sélec n’est pas que La Sélec. C’est un objet transitionnel entre ce que l’on appelle « les collections », les médiathécaires, les publics et tout l’indicible de ce qui conduit à telle musique ou tel film ! À partir de La Sélec, des dizaines d’histoires peuvent se raconter, un réseau étendu et complexe de parcours et de narrations différentes. C’est un peu à quoi l’on se prépare en organisant, avant que ne soit présentée une Sélec dans les médiathèques, des réunions de travail sur la médiation. Des représentants des médiathèques viennent écouter, regarder des extraits mis en perspective, recontextualisés, accompagnés d’éléments analytiques, des pièces d’un appareil critique qu’il faut continuer ensuite à construire dans chaque médiathèque avec ses propres réflexions, ceux des collègues, ceux des usagers… Cette fois-ci, nous avons présenté la notion de « paysage » comme concept intéressant pour parler des musiques, du cinéma, pour en dire « autre chose », élaborer un rédactionnel et un discours sur les contenus qui se différencient de ce qui se dit et s’écrit en général et qui, souvent, réduit le champ, le caricature, l’enferme dans l’utilitarisme, le segment commercial, rogne l’imagination et banalise la pratique culturelle. Ici, les propos étaient en partie basés sur des textes de Benasayag abordés aussi dans ce blog-ci ! Sur la question de « marcher en forêt », un parcours cinématographique a été expliqué par Catherine de Poortere, associant la connaissance du patrimoine et la dimension subjective, la part d’expérience personnelle : bel exemple du rôle de l’imagination dans la médiation… Le reste de la table des matières. – La marche solitaire peut sombrer quelques fois dans un long ressassement de ses fantômes. Des fantômes, il y en a dans La Sélec 10 : avec le dub de Junior Murvin que Benoît Deuxant relie à deux autres CD (King Midas Sound et Mordant Music) en brossant, au passage, les grandes lignes de concept d’Hauntology (lire sur son blog). Philippe Delvosalle raconte la savoureuse fantaisie de Guiraudie (« Voici venu le temps ») et part ensuite à la rencontre croisée de Denise Glaser (« Discorama ») et Daniel Caux pour évoquer ces temps anciens où télé et radio jouaient leur rôle de défricheurs, de médiateurs culturels ! On rêve ! Il y a aussi de la boule à facette, on croise la trajectoire passionnante, eux aussi cette fois en forêt, sous la plume connaisseuse de Yannick Hustache. La fête se poursuit avec quelques-uns de ces nouveaux surdoués du jazz surfant sur les codes des plus ardus aux plus mainstream, rassemblés sous l’intitulé Empty Cage.Sans oublier les retrouvailles avec la « Voix Humaine » (Catherine de Poortere) et Gil Scott-Héron (Philippe Delvosalle), le cinéma sonore de John Barry (Catherine Thieron), le rhizome des beats balkaniques (Benoît Deuxant) et enfin la musique aquatique de Tomoko Sauvage, bois de porcelaine et goutte-à-goutte qui officiera lors de la prochaine soirée de La Sélec (Liège, le 24 avril)… L’allure. Le look est toujours signé Mr&Mme. Le poster, cartographie imaginaire d’une sélec, est l’œuvre de Pierre Huyghebaert. (PH)

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4 réponses à “Marcher avec La Sélec

  1. « <>Oracle Chaldéen.
    Je ne cache pas que ce savoir /de la marche/ se limite à quelque chose d’aussi défini qu’une surprise grande et nouvelle consistant en la soudaine révélation de l’insuffisance de tout ce que nous appelions savoir auparavant, la découverte qu’il y a plus de choses au ciel et sur terre que dans notre philosophie. C’est l’illumination de la brume par le soleil, l’homme ne peut accéder à un savoir plus élevé que celui-ci, pas plus qu’il ne peut regarder sereinement et sans impunité la face du soleil. »

    (…)

    « <>Mt, 6:28
    Cependant j’ai distingué, quand le vent est tombé et que le bruit s’est calmé, le plus beau, le plus doux et le plus inimaginable bourdonnement musical, comme dans une ruche au loin en mai, qui s’avéra être en fait le son de leur réflexion. Ils n’avaient pas de pensées creuses et personne ne pouvait les voir travailler, car leur activité n’était pas enserrée dans les noeuds et les excroissances »(…) et plus loin
    « Nous avons l’habitude de dire, en Nouvelle-Angleterre, que de moins en moins de pigeons nous visitent chaque année. Nos forêts ne leur fournissent pas assez de juchoirs. Il semble que de moins en moins de pensées visitent l’homme dans son développement, d’année en année, car le bocage dans nos esprits est laissé à l’abandon, vendu pour nourrir les feux inutiles de l’ambition, ou bien envoyé à la scierie, et il reste à peine une branche sur laquelle se percher »…THOREAU, « de la marche (walking) » ce
    petit essai est accessible aux éditions Mille et une Nuits. Je trouve des branches sur ce blog depuis quelques jours. merci, je promets de ne pas y construire un nid!:-)).

  2. l’utilistation des a fait disparaître les citations. donc à replacer dans le texte :

    « Tu ne percevras pas ça comme une chose particulière »Oracle Chaldéen.

    « Observez les lys des champs, comme ils poussent: ils ne peignent ni ne filent »Mt, 6:28

  3. Pingback: Les hommes – Ariane Michel « noreille

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