L’écume aux lèvres jazz

Regarder – s’abîmer dans la contemplation de la mer, courants, vagues, tourbillons, crêtes, écumes, reflets, jusqu’à se sentir magnétiser, déplacer, « déranger » par ses forces motrices magiques – aide autant à « sentir » une musique de jazz immémoriale et à la fois hyper moderne comme celle de Circulasione Totale Orchestra que n’importe quelle chronique ou précis de jazz. Ou sans doute que les deux sont utiles, mais l’un sans l’autre… !? Il y a la somme de toutes les énergies individuelles rassemblées en une masse indistincte, invisible, inaudible en tant que telle, juste la somme fantasmatique de convergences difficiles à dénombrer, une puissance fluide, liquide, qui propulse, monte et descend, ressac et pulsion, une respiration phénoménale. Une surface striée toujours la même et toujours changeante. Des tracés singuliers. Des vagues qui moutonnent ensemble et s’organisent en séries motrices. D’autres qui brisent la régularité et s’évadent vers l’horizon, inaccessibles dans leur singularité. Des instants où toutes les parties fusionnent dans des surfaces aveuglantes, miroirs. Et au gré des forces, apparition de taches, de formes, de géographies mobiles, qui palpitent, matières animées, agitées, frémissantes – écumes qui dessinent des histoires – avant de se disperser, se ramifier en lambeaux, filets de bave que le vent arrache à son environnement naturel et transporte avec les embruns, déterritorialisation, déportation constante de particules… Une grande dynamique faite d’innombrables actions et mouvements en tous sens, qui soulève, emporte, transporte, fait rêver, qui semblent dissocier, obéir à des lois propres et qui fonctionnent ensemble, sans qu’il soit possible de rationnaliser l’identité de cet « ensemble ». C’est le genre de bouleversement écumant, aveuglant, instable, circulation totale de toutes les références jazz, un océan qui se démonte volontiers…  sous une surface musicale aux couleurs changeantes, comme l’incarnat d’une peau sensible, qui intègre à sa structure les reflets du ciel, des nuages, de l’abîme et brasse, dégage l’air du large, l’appel d’air profond du départ… (PH) – En prolongation de l’article « Les revenances du free » sur Circulasione Totale Orchestra…

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