Vache qui rit, questions sur le street art

L’art de rue joue des différences d’échelle : le bonhomme qui court, grand, en haut sur la cheminée, on le rencontre aussi en taille minuscule, dans des coins discrets. Courent-ils tous dans la même direction – tournés vers leur Mecque -, ou fuient-ils en tous sens ? A y regarder de plus près il semble courir vers le haut: cherchant une issue de secours ? Il y a aussi des jeux de rémanence : ce papier collé, une femme en tailleur quadrillé, avec de drôles d’oiseaux à bec aplati (bébés ornithorynque ?) posés sur sa manche et son épaule, je l’ai déjà vu là, il y a longtemps. Elle réapparaît sur  ce logis condamné, à l’abandon, est-elle liée à l’histoire du lieu ? Est-ce le fantôme d’une femme anachronique attaquée par des bestioles inclassables ? Une femme au charme sans âge attirant à elle des êtres vivants d’autres dimensions? Et de quoi cette « Vache-qui-rit » bleue est-elle le signe ? D’un inconscient collectif collectionnant les icônes publicitaires ? Que cherche-t-on à faire passer comme message en collant à différents endroits l’image d’une échelle ? Est-ce pour la beauté de l’objet, trait d’union entre bas et haut ? Pour signifier qu’il est temps de grimper si l’on veut garder la tête hors de l’eau ? Pourquoi Mimi Cracra s’est-elle échappée et court-elle dans la rue, une bombe à la main ? Pour arrêter de nous gonfler avec ses airs de fausse chipie éducative ?  Quelle est l’idée, quand on peint au ras du trottoir, une jupe, des jambes, une noceuse qui retire sa culotte, le haut du corps caché par le voile de crépis ? Rappeler et faire scintiller les fantasmes qui rasent les murs ? Et l’aventurière pirate en combinaison noire voisinant un diable rouge chargeant tête baissée, furax, est-ce pour signaler la vocation dangereuse des carrefours ? (Le beau diable est aussi une silhouette ambiguë : évêque ensanglanté, bonnet d’âne qui décampe, figure de bande dessinée…) Un mur fleuri, une page blanche avec la silhouette d’un mannequin des rues décontracté, entre grapheur et golfeur, poisson dans l’eau urbaine : l’instant détente ? « C’est mon mur », allusion à la difficulté de trouver un mur vierge où placer son image, sa signature, où marquer son territoire? Affirmation qu’apposer une oeuvre, sa marque, sur un mur, c’est en prendre possession, transformé en simple support artistique? La petite bombe et son ombre dégoupillée, ça semble clair. (PH)

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4 réponses à “Vache qui rit, questions sur le street art

  1. Bravo genial ca dechirre un ptit article de fraicheur tres bien degoupillé et bi1 deniché

  2. qui est deriière ce site ?

    • Pourquoi cette question? ce n’est pas un site anonyme : en allant dans la rubrique « le qui le pourquoi », vous avez toutes les informations sur la personne « derrière ce site »! Pierre Hemptinne, un type qui travaille dans le milieu culturel (médiathèque) et s’interroge sur les pratiques culturelles, au quotidien, lire, regarder, écouter, sentir, cuisiner, pédaler… !!

  3. infos sur les photos 7 , 8 , et 10 en partant du haut vers le bas…
    le pirate noir et la culotte baissée sont d’une artiste brésilienne, Hana Bi ( voir http://www.flickr.com/photos/urbanhearts/4438730509/) et le mur fleuri d’une artiste Australienne, 2026 (voir http://www.flickr.com/photos/urbanhearts/4362808941/)
    L’ensemble collé dans le cadre de mon projet « street art without borders »
    Merci pour votre excellent blog !

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