Reterritorialisation provisoire (2)

Ce n’est pas la description de tout ce que l’on voit en se déplaçant et écarquillant les yeux sur tout cet inconnu, trop immense à embrasser. Pourtant il faudra trier, retenir, mettre en forme dans la tête, y retrouver les empreintes, le modelage imposer par ces nouvelles choses avalées, qui prennent place, font leur trou, composent avec ce qui se trouvait déjà à l’intérieur. Ce n’est pas ça mais les premières images de ce à quoi l’on s’accroche pour, dans le dépaysement, se relocaliser, se fixer. Les premiers repères qui donnent un rythme, une assise au déséquilibre imposé aux habitudes culturelles. Un passage à vide durant lequel on s’agrippe : aux quelques effets importés permettant de continuer une petite part des habitudes de base, par exemple des livres, une discipline de lecture. Sinon ce qui est immédiatement sous les yeux, « les communs », lieu où l’on habite provisoirement, – cuisine, chambre, salle de séjour -, l’escalier, la façade, la rue où se situe l’habitation. Les moyens de transport. Ce que l’on commence à étiqueter comme « bonnes adresses », parce que l’on y a trouvé de bons produits, des saveurs, restaurant, bar ou épicerie. Des objets emblématiques qui, depuis toujours, font partie des clichés entretenus à propos de l’endroit où l’on se retrouve à présent, et par lesquels on commence à le reconnaître cet endroit. Ça peut être une bagnole, un pick-up Chevrolet par exemple. Des détails dans le paysage urbain qui deviennent familiers. Une bière brassée ici et qui stimule des comparaisons avec les bières du pays d’où l’on vient. Des murs couverts d’inscriptions, graffitis, pochoirs, papiers collés devant lesquels on lit ce qui se passe ici et l’on y pénètre un tout petit peu, on s’y attache. Des présences que l’on ne s’attendait pas à trouver et constitue des retrouvailles : un « space invader » ou l’autre… Des horizons qui sont en train de devenir ceux qui délimitent le champ d’expérience, des paysages urbains la nuit, les masses des immeubles, les lumières, les flux incessants, diffus, dans toutes les directions, qui rendent physiquement perceptible que la ville est un réseau, sans centre, croissant dans toutes les directions… (PH)

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