L’école & la médiathèque

La Médiathèque est – a été – une grande institution. Ce qui est somme toute réjouissant, voire rassurant est que les pistes de renouvellement – de refondation – passent aussi par le bricolage, l’artisanat, le bidouillage, des bouts de ficelle… Que cela puisse se produire, dans ce grand machin en crise, et que ça se passe dans la bonne humeur, avec quelques personnes engagées qui y croient est vraiment un signe de bonne santé. Voilà qu’un studio est improvisé dans un local reculé et que la production d’une parole, de musiques et de commentaires agencés va s’y développer. Parler dans le micro est un exercice toujours surprenant, passionnant et dérangeant. Essayer de dire quelque chose, d’organiser verbalement une pensée, tendre vers quelques idées à emboîter, à fixer dans l’enregistrement. Les idées par nature se dérobent et doivent avant tout prendre forme dans la parole, volatile, instable. J’aime comment ça se tend et l’illusion que, peut-être, entendu d’ailleurs, ça signifie quelque chose. Dans l’écoulement, c’est une matière, brute, abrupte, portée à la répétition (cherchant des assises) et au trébuchement. Il faut surveiller la voix et souvent il vaut mieux la pousser dans ses hésitations, la forcer à se noyer dans son débit, à chercher une planche de salut dans ce qu’elle n’avait pas prévu de dire. Sursaut, recherche. Ça se fait à l’instinct, à l’aveugle, on écope pour que la phrase ne se noie pas, on colmate pour éviter que le sens ne sombre purement et simplement. Je cherche le fil, il se dérobe, il ruse, il rature. Je veux surtout éviter d’être gagné par la langue de bois qui guette le « porte-parole », celui qui parle au nom d’une institution. « Les « langues de bois » ne disent donc plus rien, au moins plus rien qui soit vraiment en rapport avec les situations de parole, comme si, devenues parfaitement autoréférentielles, elles ne pouvaient rien faire d’autre que se dire elles-mêmes. » (Luc Boltanski) La langue de bois se déguise quelques fois, chez les hommes politiques, en « parler vrai » : « Ils s’efforceront alors de modifier légèrement le vocabulaire, la syntaxe et jusqu’à l’hexis corporelle du sujet parlant de faon à rendre la parole institutionnelle plus « naturelle » et plus « vivante » – comme on dit -, comme s’il s’agissait de leur propre parole. » – Forcément, je pense à ça, tendu vers le micro, devant dire deux ou trois choses sur les relations entre médiathèque et école. Ne pas trop tomber dans les choses convenues, démagogiques, flatter l’école et promettre de livrer des produits culturels adaptés au mieux au programme. Il n’y a pas de programme. En tout cas, pas de programme digne de ce nom pour une conjonction efficace et en profondeur entre école et opérateur culturel. Des pis aller. Des alibis. En plus, l’école est tout autant délaissée, sommée de faire avec les moyens du bord, sans ambition de construction, que le secteur culturel. Apprendre et se cultiver deviennent des activités qui auront de moins en moins besoin de l’école et du secteur culturel ! Les cerveaux sont façonnés autrement, ailleurs, par d’autres forces. C’est cela qu’il faut arriver à dire, pour commencer, avant de vraiment parler de collaborations concrètes (que, par ailleurs, la Médiathèque .poursuit avec son service éducatif). – Et dans cette sorte de corps à corps contre la langue de bois – sans en faire une phase héroïque – qui de toute façon marque les contours du propos de son empreinte – la violence qu’exerce l’institution représentée – il y a des échappées, des mélanges surprenants, quelque chose s’installe, se fait entendre qui ressemble à de l’auto-fiction. Dans le direct on se fait doubler par la langue, d’autres voix parlent en nous, d’autres identités, d’autres raisons (quelques heures plus tôt, j’avais été étonné, au micro de Radio Safari, d’entendre Pascal Verhulst évoquer la dimension auto-fiction du blog Comment7; à la réflexion, il n’avait pas tort!) – Quand la médiathèque recherche un nouveau souffle prescripteur, ce n’est pas pour sa survie, c’est pour maintenir, dans la société, un rôle culturel prescripteur qui soit non-marchand. Une possibilité non-marchande de se cultiver, d’acquérir des références, de se constituer. L’école a besoin de retrouver, semblablement, une position prescriptive sur les processus d’éducation, les apprentissages cognitifs et d’accès à la culture. La prescription comprise comme ce qui transmet le désir d’expériences ouvertes et non l’imposition de valeurs (marchandes). C’est en débattant de cette problématique, en l’empoignant à bras le corps, en s’y engageant avec les moyens du bord, que l’on a des chances de réinventer les liaisons entre école et médiathèques. Chercher à dire quelque chose autour de ça, en déconstruisant autant que possible, les évidences, en dérapant et bégayant, en vrac. – Message podcast : les relations écoles – médiathèque, quel enjeu, quelles pistes ?

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