Les contradictions de Frédéric Mitterrand

Le Monde relaie un billet de l’AFP concernant une déclaration du Ministre de la Culture français sur France2 : selon M. Frédéric Mitterrand, la numérisation du patrimoine (musique, livre, œuvre d’art) doit être gérée par l’Etat et non par une société privée comme Google. « Il ne faut pas que le contenu tombe dans des mains privées ! » Belle déclaration, félicitation, mais monsieur le ministre n’a-t-il pas l’impression de prendre le train de la numérisation en marche ? Pour le livre, certes, certaines bibliothèques refusent de fonctionner avec Google, ce qui n’empêche cette entreprise privée d’avoir déjà numérisé un beau patrimoine de livres. Quant à la musique, comment, aujourd’hui, l’Etat va-t-il réguler, empêcher que la numérisation soit principalement aux mains des privés ?!? Enfin, s’il a l’intention de doubler le privé en constituant le plus grand patrimoine musical numérisé aux mains de l’Etat, la Médiathèque de la Communauté française de Belgique sera son partenaire dévoué ! Cette association peut mettre à sa disposition un des plus importants patrimoines musicaux enregistrés assortis d’une base de données exemplaire. Dans la foulée, il peut combattre pour modifier la directive européenne portant sur la transposition de la notion de prêt public dans l’environnement numérique. Ce serait cohérent, ça structurerait en bien public le marché numérique actuellement instrumentalisé sauvagement. Mais que valent ces belles déclarations du ministre ? Avec quel argent va-t-il financer un plan pour que l’Etat puisse réguler le marché de la numérisation culturelle ? Quel budget, quels moyens pour que les « contenus ne tombent dans des mains privées » ? Peut-on se contenter qu’un ministre en reste aux belles paroles ? Surtout quand on sait ce qui se passe du côté des Musées où la grève continue, en réaction aux restrictions budgétaires, au plan de réduction du personnel. Quel culot, d’évoquer, pour la beauté de la position, la préférence ministérielle pour des solutions coûteuses, irréalistes, tout en étant inflexible, incapable de conduire une négociation et d’avoir une vision courageuse et à long terme pour les musées ! Sur la question de la grève dans les Musées, il faut dire que l’étroitesse syndicaliste est, une fois de plus, criante. Les extraits d’interventions des représentants des organisations dans les articles, même s’ils sont justes quelque part, révèlent une approche caricaturale, inadaptée surtout à l’ampleur de la problématique culturelle. (Mais, du temps où j’étais syndicaliste, j’ai pu mesurer combien les appareils syndicaux n’ont aucune pensée du culturel. Le syndicalisme de la culture n’existe pas.) Le syndicat réagit au cas par cas, alors que, sur cette question fondamentale, levier pour faire bouger un nouveau projet industriel, le travail en amont devrait conduire à une stratégie d’attaque, d’initiative, et non de défense. Dans Le Monde, par contre, les déclarations du directeur du Centre Pompidou , Alain Seban, sont sidérantes : il stigmatise la diminution des moyens et l’exigence de l’Etat d’augmenter les recettes propres, ce qui conduit à « une course éperdue à la recherche d’argent privé ». (Et voilà, Monsieur le Ministre, des contenus aux mains des privés !) Alain Seban évoque un temps où les expositions événementielles rendaient possibles des expositions plus audacieuses, expérimentales, c’est de moins en moins envisageable : tout projet, tout dossier doit répondre à la question « quel potentiel d’entrées ? ». Voilà, les mentalités gestionnaires qui, de l’intérieur, font glisser les contenus dans les mains privées… La réplique syndicale est fragile, dérisoire. Et pourtant ! La difficulté de défendre le secteur culturel est qu’il est morcelé, que le syndicat n’a pas pu faire émerger une unité, une cohérence de secteur ni, surtout, une vision européenne. La culture est la matière, le secteur de travail par excellence à traiter selon une dimension européenne. Il y a dans ce secteur, des opérateurs fragiles qui n’ont aucun poids, d’autres qui représentent quand même pas mal de fric. Une médiathèque qui fait grève, surtout actuellement, n’aura pas beaucoup d’impact ! Par contre, tous les opérateurs, les faibles comme les puissants, bénéficient du travail des uns et des autres : les « effets » d’une médiathèque, pour le dire vite, contribuent à rendre curieux des publics pour des spectacles, des films, des concerts … La rivalité qui consiste à manœuvrer pour attirer à soi la plus grande part possible des subventions est aussi ce qui mine le secteur culturel. Alors, imaginons que par solidarité, parce que ce dont souffrent les musées français se généralise ou va se généraliser, tous les grands musées européens ferment. Mais aussi les bibliothèques, les médiathèques, les théâtres, les opéras… Pas seulement avec des revendications de maintien de statut et de cadres, mais aussi un projet, des revendications pour avoir les moyens de faire plus et mieux, à grande échelle ? Un projet pour que, réellement, vraiment, les Etats ne puissent laisser les « contenus tomber dans des mains privées »… !!?? (PH)

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