La mobilité en râlant

La SNCB étale de grandes banderoles : merci pour la planète d’utiliser les trains, les transports en commun ! Ce qui s’appelle se payer de mots, chercher à positiver son image par un slogan porteur de sens, se voulant préoccupé par le bien commun. Sauf que depuis quelques mois, tout particulièrement depuis les 4 ou 5 dernières semaines, la SNCB s’emploie à démolir consciencieusement le désir de mobilité. En tout cas chez les navetteurs des heures de pointe, particulièrement semble-t-il sur la ligne montoise. On ne compte plus les trains supprimés (plusieurs dizaines depuis le mois d’août) et les retards cumulés (et le formulaire pour obtenir un remboursement est contraignant, pas assez utilisé), la fatigue que cela engrange. L’absence d’explication et de clarification qui pourraient être suivies d’engagement à restaurer un service normal dans un délai déterminé est violente. Les annonces s’égrènent, maladroitement, comme si de rien n’était, pour donner l’impression que tout est normal finalement, simples aléas techniques, inévitables. Les rares excuses sont formelles, les justifications relèvent de la langue de bois. (Comme dans ce métro tout à l’heure, immobilisé à la station Thieffry, portes ouvertes et tout à coup rempli d’ordres aboyés « terminus, veuillez sortir du train », sur le ton de « allez dégagez, vous voyez pas que c’est le terminus, bande de lourds !? » La SNCB invoque des problèmes de matériel, absences de matériel, avanies techniques ("avanie : traitement humiliant, affront public", de l’avarie à l’avanie, traitement humiliant par l’invocation d’une défaillance technique), absence de personnel, la litanie est rôdée. Effectivement, certains trains ne roulent pas faute d’avoir pu mobiliser le personnel accompagnant réglementaire, question de sécurité. Cela donne régulièrement une situation avec deux trains supprimés, la population de trois trains en un, une surpopulation dans les wagons, une quantité de voyageurs compressés sur la plate-forme très au-dessus des normes de sécurité. Bien entendu, aucun accompagnateur n’est à même de faire son travail dans ce train, d’y circuler. Et le voyage s’effectue au mépris des normes de sécurité. N’oublions pas la quantité de voitures inaccessibles (portes bloquées, lumières ou chauffages défaillants) et quelques fois, les trains à « composition modifiée » : deux petites voitures au lieu de 10 à étages. Il est exceptionnel de vivre une journée avec un train à l’heure le matin et le soir. L’arrivée à la gare s’accompagne toujours de l’appréhension : « qu’ont-ils inventé aujourd’hui » ? Dans ces conditions, déployer cette publicité sur la participation au sauvetage de la planète grâce aux services de la SNCB, c’est cynique. Gonflé en tout cas. Cela pose la question de l’utilisation du langage publicitaire par les services publics (ou les institutions culturelles). S’agissant de la publicité commerciale, pas grand monde n’est dupe, tout le monde sait qu’il s’agit de mentir pour séduire. Le jeu est finalement de reconnaître la beauté du mensonge, son habileté, son second degré… Mais quand la publicité provient d’un service public, quelque part de l’Etat, les gens réagissent différemment. Il n’est pas concevable que l’Etat mente. Cela relève de la rupture de confiance. On l’a observé quand la STIB a inauguré son nouveau circuit : la campagne promotionnelle a été agressive, très commerciale, racoleuse, affirmant que tout allait être plus simple, plus rapide, plus gai, plus beau. Résultat, le jour arrive et c’est la chienlit : un mois au moins de galères, des rames plus espacées, des panneaux d’affichages qui ne fonctionnent pas, des trains encore plus boîte à sardines que jamais… Alors, pendant qu’elle poursuit sa compagne contre le désir de mobilité, la SNCB tente de maintenir un peu de désir dans son réseau, mais fallacieusement, par des panneaux publicitaires bien beaufs, manière de détourner l’attention, de masquer les annonces jours sur le tableau d’affichage. Minable. (PH)

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4 réponses à “La mobilité en râlant

  1. Je me suis fait exactement la même réflexion. Mais de qui se moque-t-on? Lorsque j’ai vu ce panneau alors que mon train était une fois de plus en retard.
    La ligne Bruxelles-Genval n’est pas beaucoup mieux. Je ne me souviens pas être arrivée à l’heure à Genval depuis fort longtemps.
    Et lorsqu’on demande une indémnisation pour être resté "coincé" 1h30 dans le train, on reçoit 1,30 euros!
    Quant à la stib, lorsqu’on leur envoi une réclamation, personne ne répond ou à coté de la plaque!
    Bravo le service public.
    Laurence

  2. Idem pour moi… Naveteur au quotidien, sur la ligne BXl – Tournai. Les retards sont tellement fréquents que je me demande pourquoi la SCNB n’adapte pas ses horaires officiels…

    Quoiqu’on fasse, silence radio de la part des responsables de ligne/train/gare qui ne savent jamais rien !

    Alors, vive la mobilité à la sauce SCNB.

  3. Je vois que évidemment tout le monde est d’accord sur ce point ! Vendredi passé j’ai passé la soirée gare centrale à attendre un train fantôme en regardant un homme assis sur une machine qui nettoie le sol ! chouette hein ? Suite à ça, je me suis dit que j’allais me faire une semaine ciné-train. J’ai revu le magnifique Navigators de Ken Loach, et hier soir "O’Horten" – de Bent Hamer, un petit bijou d’humour non sense norvégien. – Horten a été cheminot durant toute sa vie, aujourd’hui à la retraite, il est un peu perdu sans son train train bien-aimé. Il décide alors de prendre sa vie en mains et là il se retrouve dans des situations assez cocasses …suite à l’écran comme on dit. Par le réalisateur de Kitchen Stories qui déjà était hors normes.
    Regardez ces 2 films et quand vous pilerez sur le quai glacé vous pourrez vous les repasser dans votre tête ! tch tch tch

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