Le sexe en cavale

Le roi de l’évasion, Alain Guiraudie, 2009, Prix de l’Age d’Or

EvasionC’est un mélange étonnant de fantasme et de réalisme, de fantastique et de terre-à-terre où même les aspects improbables, frisant la poésie joyeusement déjantée, jubilatoire, documentent les vrais sentiments, leurs contextes concrets. Les conditions sociales de désirs sont saisies avec créativité, liberté, mais surtout avec justesse. L’écran opère une ouverture maximale. D’abord les décors, les lieux de tournage : ce n’est pas souvent cette territorialité-là que le cinéma montre, des banlieues sans caractères, cet espace entre ville et campagne, sans caractère, hybride, ni franchement urbain plus tout à fait rural. Ça se passe dans un milieu paysan qui vivote, traditionnellement masculin, où domine une homosexualité débridée, imaginative, un peu « société secrète » mais sans rien d’occulte, juste ce goût pour se retrouver dans des cabanes en bois, au fond du jardin, rémanence de l’enfance… Si ce secret est bien traité pour le charme qu’il dégage, il n’empêche que lui correspond une obligation sociale de se cacher. Être une pédale n’est toujours pas valorisé, bien vu. À certains moments, ça fatigue, le charme s’estompe, les pressions sont bien réelles : les lieux de drague le long de la route sont surveillés, réprimés… Armand, taureau court sur pattes, a quarante ans et plein de doutes. L’identité sexuelle est montrée dans toute sa fragilité, quelque chose construit en grande partie socialement, pouvant fléchir, assaillie de doutes, à la recherche de nouvelles formes, malléable. L’identité, ça travaille. (Alors que la majorité du cinéma fonctionne avec des rôles sexuels bien normés, facilitant les identifications passives.) Comment résiste-t-on à la normalité du « se marier et avoir des enfants », surtout dans un milieu populaire où ça reste le standard de la réussite ! ? Par un concours de circonstance – consistant à afficher sa différence de virilité par son refus de la violence – Armand se trouve amené à nouer une liaison avec une jeune fille de 18 ans. Quelque chose comme une passion inattendue prend doucement feu attisée par les interdits : répression des relations entre adulte et mineure, connivence difficile entre un homo et une jeune hétéro (choc des sexes), couac esthétique entre une gamine sexy et un gaillard massif bien enveloppé (choc des standards)…  La gamine est de plus en plus chaude devant cette aventure qui ne ressemble en rien à la banalité à laquelle elle est promise. Armand est titillé par ce possible qui le remet en cause, peut représenter une issue, lui indiquer une nouvelle vie. Entre temps, on le découvre sportif, cycliste assidu, endurant. Et on apprend l’existence, dans la région, d’une racine spéciale, la « dourougne », sorte de mandragore moderne aux vertus actuelles foudroyantes, croisant les effets d’un aphrodisiaque irrésistible et ceux d’un hyper-dopant sportif. Il n’y a plus de barrières aux désirs, s’ouvrent des champs d’expériences sans limites, incontrôlés. Encore faut-il y accéder, sans servir pour s’évader. Car dans ces espèces de banlieues, tout est quadrillé, surveillé, par les parents, par les flics, par les habitudes, les traditions, les commérages, les liens d’intérêts, par les bracelets électroniques. C’est un espace de surveillance qui empêche Armand de s’ébrouer, de respirer autre chose, de changer, d’expérimenter.  Alors, il va partir en vacances, il va sortir du quadrillage, fausser compagnie aux caméras de police, se faufiler entre les mailles de la loi. Avec l’adolescente Curly.  Lors d’une course folle dans les bois (merci l’entraînement cycliste, merci la dourougne). Magnifique cavale. Soudain l’on redécouvre la forêt, les collines, les vignobles, les rivières comme possibilité de vie sauvage, là tout près. Les battues organisées avec chiens, chasseurs, forces de l’ordre et hélicoptère, malgré quelque rebondissement, seront inefficaces. Quelque chose, dans ce paysage, est indomptable, relève d’une autre loi avec laquelle Armand et Curly sont en phase, animalement. Les deux fugitifs ont pénétré dans un espace vierge, hors contrôle. Un espace avec horizon. Entre taillis profonds, clairières inaccessibles, talus écartés et lisières garnies de maisons abandonnées, secondes résidences inoccupées. Espace de liberté où ils vont vivre leur rut, labourer cette drôle d’attirance entre deux cultures sexuelles très différentes. Pas seulement question d’âge, l’imaginaire érotique d’une adolescente hétérosexuelle rentrant forcément quelques fois en conflits avec les pratiques du jouir aguerries d’un homosexuel expérimenté, sans tabou. Pas seulement en conflit non plus, du reste, intéressée par d’autres possibles. Le cas de figure offre la possibilité de montrer deux corps étrangers qui cherchent à se comprendre, à trouver comment faire jouir l’autre, se faire jouir. Comment ça marche. Qu’est-ce que ça fait. Revenons sur les conventions sexuelles cinématographiques où la grande majorité des scènes de cul sont des pénétrations classiques qui déclenchent en quelques secondes d’irrépressibles vagues de jouissances féminines. C’est à peine l’imposition de l’image dominante des rôles sexuels ! Ici, on en est loin (mais ce cinéma s’évade totalement). Heureusement. Enfin. Contrairement à ce que j’ai pu lire ici ou là, ces scènes ne sont pas crues (le « cinéma hétérosexuel » nous a habitué à flirter de plus en plus avec la pornographie très proche de ses conventions préférées), elles montrent juste cette recherche, ce tâtonnement, ce recouvrement d’un terrain érotique qui surprend les protagonistes, qui les met hors d’eux. Retour à une nature non écrite, balbutiante, antérieure aux fonctions culturellement déterminées. Mais il est explicite que les corps (se) travaillent. Ce moment de liberté n’est possible que parce qu’Armand se révèle avoir le sens de l’évasion. On pourrait craindre (mais c’est mal connaître le réalisateur) s’acheminer vers une « normalisation » :  l’homo qui décide de virer, de fonder une famille (on voit plus souvent l’inverse : un hétéro qui tente une expérience homo avant de revenir à la « normalité »). Mais non, Armand plante là sa jolie compagne de cavale et retourne dans la cabane en bois au fond des jardins pour une belle leçon épicurienne. Au passage, admirons ce courage, pas seulement dans l’épilogue, de faire rayonner la sagesse du plaisir de corps vieux, blancs, flétris. Loin, bien loin des gabarits généralement choisis pour incarner la volupté, mais tellement plus véridique et touchant. C’est comme si là, il y avait vraiment de la chair (proche parfois de ses représentations des peintures de Lucian Freud !) et que les discours sur le sexe en gagnaient une dimension authentique, accessible, ça parle vraiment de ça. Les acteurs sont extraordinaires à commencer par le principal, Ludovic Berthillot, quelle belle force vacillante. Quelle course haletante, quelle intelligence de la fuite. La jeune fille est jouée à merveille par Hafsia Herzi (« La graine et le mulet »). Mais tous les seconds rôles sont soignés, épatants, d’un professionnalisme patiné exceptionnel, on voit qu’ils ont tous un métier formidable. Comment imaginer qu’ils puissent s’agir d’amateurs ? Parce qu’ils ne sont pas connus ? Mais avec le nombre d’acteurs qui sortent tous les ans, qui tirent le diable par la queue au théâtre, il y a plein d’acteurs intéressants à aller chercher au lieu de faire jouer toujours les mêmes, du même petit milieu à succès. Il suffit de faire un vrai travail de casting pour faire du vrai cinéma ! Comme ce « roi de l’évasion ». Un très beau « prix de l’Age d’Or », un prix qui a du sens, une utilité à encourager. (PH) – Interview, extraitAlain Guiraudie en médiathèque

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Une réponse à “Le sexe en cavale

  1. jaime le sexe lui qui ve basséé appel au 0695824171 merci je suis sucese de bite de qui
    je donne ma chatte
    ok les mec je vous aime sucé moi jai 20ans je mapelle elodie

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