Infusions scientifiques

Un article dans Le Monde de ce vendredi 9 octobre met l’accent sur l’importance de développer le bagage scientifique des citoyens. Il ne s’agit plus simplement de pourvoir des postes vacants, suppléer à une absence de professeurs dans telle ou telle discipline scientifique. Beaucoup plus fondamentalement, la conscience se développe que les citoyens seront de plus en plus appelés, au moment d’effectuer leur devoir civique en choisissant des représentants politiques, de peser sur des options scientifiques cruciales pour l’avenir de la planète. Il vaut donc mieux qu’ils puissent le faire en connaissance de cause, sans se laisser raconter n’importe quoi. Il vaut mieux endiguer les tentations obscurantistes. C’est l’objet de réformes de l’enseignement scientifique en cours dans plusieurs pays : « recréer une sorte de contrat démocratique entre les citoyens et le développement scientifique ».  Dans cet entretien, Florence Robine, « explique l’élan international de rénovation de l’enseignement des sciences ».  Il vaut la peine de se pencher, de faire circuler le positionnement et les arguments de cette approche exemplaire : « Il est nécessaire d’exposer les jeunes le plus tôt possible à la démarche scientifique. J’ai bien dit à la démarche, c’est-à-dire au mode de pensée en sciences, à la façon dont on construit et valide les résultats scientifiques, dont on les utilise pour comprendre un peu mieux le monde qui nous entoure, et non pas à l’assimilation de formules et de principes destinés à résoudre des exercices ou à des fins de sélection scolaire. » L’objectif est clair : « Former des citoyens éclairés aptes à débattre des choix cruciaux qui sont devant nous en matière d’énergie, de biotechnologies, de santé, d’accès à l’eau et à la nourriture au-delà des peurs et des croyances. » Au passage, c’est bien une notion utilitariste de l’école (formater en fonction des besoins des entreprises et d’une rentabilité rapide des ressources humaines) qui en prend un coup : il est plus essentiel de voir plus loin que la « sélection scolaire », éduquer, transmettre des connaissances a une fonction vitale et plus importante pour le vivre ensemble : participer à des débats éclairants sur notre avenir, sur les choix fondamentaux de ce qui va définir les conditions de vie. Un tel souci, une telle attention est possible sur ces domaines scientifiques, portés par une communauté qui peut se rassembler sur de telles urgences et sur des questions dont le lien avec la viabilité de notre système mondial est plus tangible. C’est tant mieux. Mais la même démarche devrait être entreprise en ce qui concerne l’éducation artistique et culturelle. Favoriser l’éclosion de « citoyens éclairés » aptes à faire les bons choix en termes d’environnement culturel, à participer constructivement et en connaissance de cause sur toutes la question des matières culturelles et de leur impact sur les formations mentales, est tout autant crucial. Ni plus, ni moins, ça va de pair. Sur ce créneau, c’est bien plutôt la démission généralisée qui est à l’ordre du jour : l’art, la culture s’éclipse de l’enseignement, de la formation des cerveaux, le champ est laissé libre aux industries de loisirs, de divertissement. L’art, la culture, c’est tellement subjectif, sans aucune perspective objectivable. Bien évidemment que c’est faux : comme pour ce qui est dit dans l’article cité, il n’est pas question d’en revenir à inculquer de forces les notions du beau et du laid, mais de travailler sur les démarches, les pratiques, l’ouverture, la sensibilité et l’intelligence des jugements. Après ça, il reste beaucoup de liberté pour choisir ce que l’on aime ou pas. Comment imaginer former des citoyens éclairés sans accompagner la rénovation de l’enseignement scientifique d’un redéploiement de l’enseignement artistique pour éviter que les sensibilités, que le monde des émotions et des passions soit exclusivement sous l’influence des marchands ? À côté d’une meilleure compréhension des données scientifiques, pour s’impliquer dans un débat public et faire avancer des réflexions importantes, il faut aussi avoir la sensibilité, une « gestion des émotions » appropriée, faite d’attention à l’autre (que la détermination des bons choix scientifiques tend à faire prendre en compte en même temps que soi, dans le même devenir, on voit qu’être sensibilisé à la présence de l’autre n’est pas sans importance). (PH)

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