Champ retourné

Polwechsel & John Tilbury, « Field » Burkhard Beins, drums, percussion ; Martin Brandlmayr, drums, percussion ; John Butcher, tenor & soprano saxophone ; Werner Dafeldecker, double basse ; Michael Moser, cello ; John Tilbury, piano.

field La force du vent dans les champs n’est pas toujours directement perceptible. C’est tout d’un coup que l’on prend conscience d’être dans un environnement assourdissant. Après un seuil de tolérance franchi ? (Comme la mer, quand elle se révèle intranquillité insondable, inconsolable et oubli total de soi, naufrage dans le bruit.) Dans les champs, le flux de vagues et l’effet de grande marée qui, forcément, finira par tout couvrir, quoi qu’on fasse, sont constitués par la quantité d’éléments agités, entrechoqués, tiges, bouts de bois, herbes, fleurs, feuilles, graines, lianes, brindilles, glands, baies, noisettes, faines, écorces, poils, plumes, poussières, insectes, coquilles, déjections, pollen, cadavres, tout se délite en fragments, est emporté, se liquéfie dans un étrange va-tout sonore. Comme dans certaines scènes de cinéma où les assauts d’une tempête réduisent un hameau de cabanes en planches, tuiles, gouttières, vitres emportées, morceaux, charpies, bribes qui s’envolent, se dispersent et, dans les tourbillons, contribuent au vacarme, en se tordant, croisant sans cesse d’autres débris et projectiles dont les vitesses et trajectoires divergentes, dues à leurs masses, leurs matériaux et l’angle de départ, multiplient et diversifient les timbres des infimes incidents, turbulences, de plus en plus assourdissants au fur et à mesure que le temps et l’espace charrient des quantités plus importantes et disparates de ces particules solides. Hachées de plus en plus menus. Un fabuleux glissement de terrain pixellisé. Soudainement, un déplacement spatial, tout se déplace. Même les racines, tout s’envole. Plus rien ne tient en place. Dans cet embrasement aérien, incendie virtuel du moindre souffle, des voix de sirènes se libèrent, des chants entrelacés de temps en temps font surface, appellent au secours, ou simplement exhalent la volupté hermétique de passer, d’être ainsi transporté, fêtu de paille, devenir autre chose, hersés, mâchés. Ombres d’animaux balayés, beuglements. Puis silence brusque, arrêt. Passage à vide. L’âme scotchée dans ce déluge et qui y a fait son trou (comme un enfant s’adapte à une meute), s’y contemple comme en un miroir, qui y lit et y entend ses écritures tourmentées et jamais fixées, quand tout s’arrête, se fixe sur quelques réverbérations décalées, chancelantes, quelques harmoniques fugitives, précaires qui chantent comme tourne encore une vieille roue tordue, métallique, après l’accident. Le pointillisme frétillant, vrombissant du silence, du vide, qui traverse par intermittence, le corps, l’esprit, la vie et sa chair. Tout reprend, selon des intensités, des vitesses, des textures, des ponctuations qui varient puis tout s’éloigne dans une autre direction. On entend à présent l’envers de la tornade, ses mécanismes se dispersent en une longue traîne. Suspension. Serpentins. Composition de Werner Dafeldecker. (PH) – L’avis du grisli – Discographie de Polwechsel en médiathèqueDiscographie de John Tilbury en médiathèquewww.polwechsel.com

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