Centre pâtissier (pao de deus)

pain C’est un petit pain rond de pâte légère, douce et jaune, à la croûte dorée surmontée d’un cratère, crevasse voluptueuse par où s’épanche en éruption pâtissière figée un mélange de sucre, d’œufs et noix de coco, croustillant en surface, moelleux à l’intérieur. Douceur qui se déguste à n’importe quelle heure, idéalement en terrasse ombragée d’une pastellaria et qui a cette propriété d’ouvrir aux pensées une temporalité agréable, fugitivement, tout semble s’espacer, s’estomper, relâcher son étreinte, une sorte de baie lumineuse, dégagée, où les ressacs de l’actualité et les titres de la presse se détachent, se perçoivent comme des échos d’un rivage lointain, à peine dérangeants, sans mordant, détachés. On s’en moque plus aisément, ils sont sur une autre rive ! C’est avec le plaisir de l’indépendance, du libéré, que l’on dévore les signes de son appartenance à quoi que ce soit. – Restes de fête nationale.  J’ai beau avoir changé brutalement de région, de contexte, j’ai encore en tête les articles de la presse belge du 22 juillet soulignant une volonté de conserver la nation intacte, exprimée, soi-disant, par le public nombreux aux festivités bruxelloises. Le 21 juillet, j’ai pédalé un peu plus de 100 kilomètres dans la campagne belge, certains muscles en gardent la mémoire, et je n’ai pratiquement croisé aucune manifestation de patriotisme. Quelques rares drapeaux, une fanfare qui se dissout et s’installe à la terrasse d’un bistrot (Brugelette). À part ça, bouchons sur toutes les routes rurales vers Paradisio et, le seul monument national bien fréquenté que j’ai pu voir, c’est le Mur de Grammont, mais pas plus qu’un autre jour férié ou dimanche. Vélo, Tour de France, arnaque. Je ne ferai pas de vélo, cet été, plutôt de la course à pied dans l’arrière-pays d’Algarve. Si je suis l’actualité du Tour via la presse écrite, c’est plus pour constater la place et le traitement que lui réservent les médias que par réel intérêt sportif. Et c’est invraisemblable l’importance que les journaux auront réservée à ce non-événement. Rétrospectivement, la palme du titre débile revient au Soir commentant la victoire détape de Mikel Astarloza : « prix de l’enthousiasme positif ». Positif, il l’était bien et est le premier coureur déclassé du Tour 2009.  Mais cet enthousiasme du titre journalistique dénote bien l’incapacité de la presse à se positionner face au dopage structurel dans le sport professionnel et son maladif besoin de faire croire à l’exploit pour garantir l’attractivité de ses feuilles imprimées. L’ex-directeur du Tour évoquait dans Le Monde : « il y a moins de tricheurs », manière inconsciente et hypocrite de faire reposer le dopage sur la responsabilité individuelle des coureurs. Or, par les calculs basés sur les capacités pulmonaires des athlètes, on sait qu’il n’y a plus besoin d’effectuer des contrôles de type médicaux pour démasquer les tricheurs. Quel emballement malsain pour ce retour d’Amstrong, fossoyeur du Tour de France ! Quel style emmerdant que le sien , quelle prévisibilité, quel miracle de l’organisme humain ! Mais l’incapacité à s’intéresser au sport tout simplement s’est manifestée de manière éclatante après les Pyrénées :  « d’illustres inconnus » inoffensifs au classement général, ayant remporté les étapes, la déception pouvait se lire sur toutes les gazettes ! Étapes sans reliefs ! Merci pour ces courageux coureurs ! Qu’importent les performances de ces champions, finalement, qu’avons-nous à gagner à les regarder, pourquoi les médias publics nous gavent-ils avec ça ? Détournons-nous de ces impostures, l’important est de s’adonner aux pratiques amateures, de grimper des cols soi-même, des petits ou des grands, d’y « souffrir », de mariner lentement, au fil des lacets pentus, dans ses pensées paysagistes et physiologiques, l’attention à son rythme cardiaque, à la cadence corporelle, l’hypnose du va-et-vient des jambes et l’extase quand le sommet se pointe, se révèle comme une ouverture, une récompense. – Jazz et jazz éthiopien. Dans un entretien au Monde, Hank Jones déclare ceci qui mérite réflexion : « Je le dis souvent, je n’aime pas beaucoup ces étiquettes de « jazz » et de « be bop ». Elles manquent de respect pour l’art qu’elles désignent. Elles ont quelque chose d’avilissant et de destructeur. J’aimerais trouver un mot qui convienne. » Dans les comptes-rendus successifs de la vie des grands festivals musicaux où prévalent souvent les informations sur la fréquentation et une évaluation de la prestation des têtes d’affiches (les stars sont-elles en forme ?), je découvre avec plaisir l’irruption d’un « intrus » : Getatchew Mekurya en concert avec the Ex. Libération, Le Monde ainsi que Le Soir ont craqué et lui consacrent un grand espace. Ça sonne vraiment le coup de cœur surprise, amplifié par l’accueil enthousiaste du public. L’association de ce vétéran du jazz éthiopien et des punks de the Ex date de plusieurs années (au moins 3). Alors que les journalistes couvrent d’éloges la moindre initiative de Damon Alban en terre africaine, ils n’étaient pas là pour couvrir les aventures des hollandais en Ethiopie. Dès la sortie de l’album consacrant cette rencontre de fond (et non pas mijotée pour l’exotisme, pour stimuler le marché du disque), la Médiathèque en faisait un « disque du mois ». Nous avons chaque fois recommandé chaudement ses différents concerts en Belgique via notre agenda (notamment pour les 25 ans du Vooruit, septembre 2007). Ce n’est pas pour être revanchard, mais pour souligner qu’une médiathèque reste un outil d’information performant pour débusquer les talents, les artistes qui viennent avec autre chose à dire, qui gardent la capacité à (nous) surprendre et qu’il faut aller chercher au-delà des dossiers de presse. L’autre artiste éthiopien repéré par la presse à l’occasion de ces festivals, Mulatu Astatqé est dans La Sélec qui sort le 15 août. (Discographie « Ethiopiques » en prêt public) (Ethiopiques: présentation rédactionnelle) (Ethiopie, musiques à télécharger) – Adolescence et genres. Libération publie quelques informations issues d’un rapport réalisé pour l’Observatoire des familles parisiennes. Échantillon : « Les filles sont plus intéressées par les activités culturelles et artistiques. 47% en ont une pratique hebdomadaire, contre 39% des garçons.  Les filles sont plus impliquées dans les consommations culturelles, notamment les plus savantes (pratiques en amateurs, fréquentation des bibliothèques). Cette observation prolonge et accentue les tendances à la féminisation des pratiques culturelles relevées chez les adultes et accrédite l’hypothèse d’un maintien des pratiques savantes, tendanciellement en baisse de génération en génération, grâce aux publics féminins, souligne la sociologue Sylvie Octobre. » Très intéressant développement de l’inégalité sexuelle, cette prise en charge du culturel. Au passage, quand je lis que les « pratiques savantes » sont « tendanciellement en baisse de génération en génération » (dans une grande ville), si cette donnée est valable à grande échelle, je me demande quelle importance accorder au concept de « capitalisme cognitif » (j’y reviendrai). Le Monde publie une instructive série « Masculin/Féminin » : on y rappelle, entre autres, que beaucoup de connaissances scientifiques ont été orientées par le genre (mâle) des observateurs. Au fur et à mesure que les femmes ont pu prendre pied dans la recherche, de nouveaux points de vue, de nouvelles données sont venues détruire pas mal d’idées reçues. Que ça continue. Bio, intelligence, danse. Rififi autour de la nourriture bio. Une étude anglaise (Ecole d’hygiène et de médecine tropicale de Londres) affirme que « le contenu nutritionnel des produits bio ne serait pas supérieur à celui des produits conventionnels » (Le Monde) . L’étude serait commanditée par ceux qui défendent les intérêts de l’agriculture conventionnelle. Il faut dire que l’agriculture biologique commence à faire du chiffre, forcément au détriment d’autres… Une étude française de 2003, cela dit, affirmait déjà la même chose. Mais voilà, il y a un hic à ces études qui se présentent comme venant objectiver des valeurs nutritionnelles : elles ne prennent pas en considération l’impact des pesticides présents dans un type de production et pas dans l’autre. Il n’est pas sûr que la « société de l’intelligence » que d’aucuns prophétisent comme déjà en route (selon un amalgame entre économie « immatérielle » et  utilisation de son cerveau) oubliera de nous prendre pour des cons. L’été et ses chaleurs, saison aussi des étoiles filantes, voient régulièrement s’éteindre de grands artistes, dont les créations nous accompagnent comme depuis toujours. Juillet 2009 : Merce Cunningham. À propos de sa méthode de travail : « La société se disperse tellement. Regardez comme elle se désintègre. Tant de choses s’écroulent, tant de gens ont toutes sortes de problèmes. Il n’y a pas de centre. Or, le centre repose en chacun de nous. Et c’est à chacun de trouver le sien… » Centre parfait. Pour quelques minutes, mon centre aura été la dégustation d’un « pain divin ». Et toutes les informations et réflexions qui auront traversé ce moment ne l’auront pas dérangé, passant au loin, sur la pointe des pieds, juste évoqués, brièvement… (PH)

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2 réponses à “Centre pâtissier (pao de deus)

  1. Damon Albarn a quand même fondé l’excellent label Honest Jon’s !!!

    L’article de J. Briquet dans « Le Soir » à propos de Getatchew est franchement vraiment pas mal.

  2. Je ne critique pas Damon Albarn, je constate une différence de traitement médiatique!
    Les articles dans Libé et Le Monde sont aussi très bien, là n’est pas la question, je souligne le fait, finalement, que ce genre de découvertes musicales de qualité pourraient plus régulièrement apparaître à la surface des médias « grand public » si une association de type « médiathèque » était considérée comme une source d’in formation sérieuse, pas la seule, mais une parmi d’autres à ne pas oublier! Ce qui n’est, actuellement, pas le cas…

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