Satanisme, robes de bure & goupillon-guitare

Sunn O))), « Monolithes & Dimensions », 2009, (XS932H)

sunn

Une musique que j’éprouve à injonctions contradictoires. Elle m’attire très vivement, de manière palpitante, comme une vague puissante de vibrations métaphysiques, retour de flammes obscures de l’ancestralité primaire, qui chuchoterait « là-bas, là-bas , il se passe quelque chose, enfin, c’est là-bas que ça se passe ! ». Alors, l’envie de cavaler, de trouver son chemin, ne pas se perdre, arriver à temps pour entendre, participer, en être, ne pas rater ça, se trouver au bon endroit au bon moment. Quelque chose qui relève de cette fébrilité. La manière de faire, le savoir faire développé par Sunn O)) me fascine. Quelque chose d’assez barge, au départ, assez restrictif, limitatif, travail sur un spectre sonore sombre et vibratile assez réduit, contraint, obtus même et qui, par le travail du style en ses techniques particulières, maîtrisées, hypertrophiées, ouvre sur des expériences larges, des infinis de sensations labourées lentement, en apesanteur, obsessionnellement, jusqu’à l’extase. La matière sonore que le groupe parvient à constituer, à rassembler, à étaler en sa profondeur énigmatique est fascinante. Ce jeu de crépitements lourdingues, monochromes dépressifs gagnés progressivement par diverses maladies nerveuses et autres démangeaisons mystiques. Leur dernier album, « Monoliths & dimensions » rappelle par son titre les deux mamelles du genre : le côté lourd, impressionnant, d’une seule pièce, référence au poids des monolithes sans explication et ensuite le raffinement, le mystère des calculs, la légèreté des hypothèses spirituelles qui viennent expliquer le sens de ces blocs hermétiques, chus d’un autre monde, d’une autre nuit. Et dont Sunn O))) récupère les ondes brûlantes et étale les nappes d’une célébration insondable. Reconstruire au centre de nos certitudes un large trou noir d’inexpliqué, d’inexplicable, sans commencement ni fin, et avec quoi il faut vivre, sans plus. Pour leur nouveau CD, de nouveaux éléments s’ajoutent à leur atmosphère de prédilection. L’apport d’autres instruments, un souci d’arrangement (Eyvind Kang qui n’en est pas à ses premières emphases), des voix, des références au jazz (de par les esprits convoqués mais aussi les textures sonores construites avec des éléments cuivrés, aériens, volutes free décomposées, irisés)… Une certaine recherche plus complexe de l’agencement, plus ambitieuse, plus intellectuelle aussi (tout en conservant la force de frappe bestiale au ralenti), une savantisation originale. Le résultat est somptueux, l’effet produit est réellement somptueux envoûtant. Il y a quelque chose de réellement neuf, non pas une nouveauté complètement révélée et totalement bouleversante, mais à la manière d’un crépuscule teinté d’une promesse, illuminé par une faille permettant de s’échapper. Ça, en ce qui me concerne, c’est dans la réception du choc premier. Les premières ondes. Puis, ça se lézarde ici ou là. La voix, supposée « satanique-lynchienne » de la première plage, oracle du monde des ombres, excusez-moi, je la trouve risible, ridicule et lors des secondes écoutes, surtout, me distrait de la noirceur diaprée du reste. Envie de rire. Big Church : je ne décèle aucun second degré dans cette célébration religieuse, morceau de messe à moitié païenne. Et le côté cureton, que ce soit chez Sunn 0))) ou tout autre rock chrétien, je ne le cadre pas (sans exclure tout à fait un aspect « apprenti sorcier », un usage de références mal contrôlées ?).  Même si certains amateurs gothiques de rites et mises en scène doivent considérer que nos musiciens en robe de bure n’en font pas assez, personnellement, je le trouve déjà indigeste, penchant du côté de la gonflette péplumesque…  Même chose pour le visuel dans le livret qui orchestre aussi une autre perception contradictoire, à travers une rencontre entre l’insupportable représentation d’un culte et le détournement raffiné d’une iconographie bien sentie (ainsi l’utilisation d’une œuvre de Richard Serra). Oui, la plage « Alice » est globalement pleine de grâce. Elle me rappelle certains fragments de jazz free/rock écouté dans les années 70, mais qui seraient étirés, transformés en nuages. Même si le glissement wagnérien est bébête et les quelques notes de harpe (d’Alice) légèrement nunuches. Mais c’est aussi probablement ce mélange entre le fort, le puissant, le bien senti et ces « fautes de goûts » qui font le poids de cette expérience, c’est l’esthétique contradictoire qui fait qu’il faut compter avec cette musique. (PH) – Un autre avis sur un autre blog. – Discographie de Sunn O))) en prêt public. –

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