Installations fantômes en ville

City Sonics 2009, brefs aperçus.

citysonicsC’est l’entité Théâtre Electronique qui investit la grande salle de la Machine à Eau avec l’ambition d’en faire une vaste halle hantée. Comme si l’on pénétrait dans les flancs d’un navire coulé par le fond, envahi des sons de tous les drames de la terre et de l’eau, comment ils se trament puis se déchaînent, font passer de l’autre côté et hantent l’imaginaire. La scène est occupée par une grande carcasse blanche. Structure d’un vaisseau, squelette d’un monstre marin, la forme peut-être ce que l’on veut, c’est le principe du fantôme. Une pièce musicale, plus exactement théâtrale, est diffusée à fort volume, se déplace, monte et descend dans l’espace, l’action sonore flue et reflue comme le ressac marin, on y entend des voix, des dialogues, des éléments marins, des chocs passionnels, ce que l’on veut, finalement. Ce n’est pas désagréable, l’atmosphère est presque prenante. Il y manque quelque chose, du vibrant, du décoiffant, un peu plus de magie, du frisson ? – Dans une pièce attenante, Lavender Hill propose une projection « installée », « Something in the Air ». Devant l’écran, quelques transats, une lumière relaxante et en principe la diffusion de fragrances, le tout, en lien avec la nature des images, forme un concept complet, une expérience sensorielle pour rentrer autrement dans les images. Le film, en lui-même, est un peu abstrait, un magma, un bouillonnement anarchique, un tourbillon de signes et d’images, une chimie ou alchimie filmée dans les réactions mêmes, là où se forme quelque chose, une réalité qui va émerger. Ça ressemble à un rêve avec des figures universelles, dans des représentations parfois désuètes (comme souvent dans le rêve), le mal, le bien, les anges, les elfes, le corps de mère et d’amante, les fluides de la conception et de l’accouchement, entre imageries scientifiques et organiques, désincarnées et charnelles, empruntant aux images de synthèses et aux traditions fantastiques. Pour un climat qui semble celui qui doit régner dans les couloirs occultes reliant la vie et la mort. Ça peut évoquer aussi comment le travail de l’imaginaire, aux sources de la vie, malaxe les souvenirs, les héritages pour engendrer quelque chose de nouveau… La bande-son est sans surprise, une sorte de new-age parfois angoissant, envahissant. Je reste perplexe. – Jodi Rose présente lui un travail intéressant dans une ancienne chapelle, à l’Institut Supérieur d’Architecture : « Le chant du pont volant ». Les ponts – et toutes leurs symboliques de passage, de lien entre les rives de la vie – sont étudiés pour leurs bruits, leurs musiques intimes de matières inertes, de technologies. Claquements métalliques, vibrations, ressorts des haubans, mis en partitions avec quelques effets bien sentis, libèrent quelque chose qui intrigue, charme. Un alignement de téléviseurs permettent de plonger en profondeur dans le projet de l’artiste par le biais de créations visuelles et sonores. Images de synthèses poétisant les structures techniques des ponts, cartes des ponts sensibles de la planète… Au mur sont collés quelques plans de ponts qui ont servi à les étudier en tant qu’instrument de musique. Plans qui font figure de partition. Intéressant, mais un bon CD/DVD avec livret ferait l’affaire. Mais c’est vrai que circuler dans la ville, s’installer dans ce genre de lieux pour écouter ce type de recherche sonore, ce n’est pas sans intérêt. Dans une autre salle, juste une porte à pousser et on se retrouve dans l’obscurité, chambre mortuaire, avec un hublot mauve blafard empli de mouches sur un bout de fromage décomposé. Le son des bestioles, bien entendu, est capté, amplifié… et ça ressemble bien à une musique malade, musique de survie, musique de fin de vie (Rodolphe Alexis/ Yoko Fukushima). – Sur la grande place, la salle Saint-Georges est occupée par la magie inusable de Pierre Bastien. Deux versions de son Mecanium (instruments traditionnels actionnés par de petits moteurs et des automates réalisés avec des pièces de Mecano et exécutant des morceaux de musique rigoureusement mis au point, une véritable horlogerie.). Des installations aussi où il joue avec de vieux tourne-disques bricolés, transformés, et de très anciens 45t qui tournent en boucle, à l’infini, rayés, le diamant raclant les ornières, crachotant dans les griffes, mais extrayant néanmoins la musique de ses sillons et la claironnant fièrement. De vieilles rengaines noires. Aux sources des musiques populaires, aux frontières de l’Afrique et des fantômes du colonialisme. Ce qui est remarquable est la pensée, la sensibilité, le discours et la rigueur. Le jeu d’ombres est particulièrement impressionnant et constitue la part plastique de ses œuvres. Comment sur l’écran, tout au fond, le plateau du tourne-disque se surimpose à l’image de la statuette, avec le bras qui saute et retombe, effectue un étrange surplace nécromancien, ou drôle de rituel de ranimation de ce qui est enfoui et que l’on ne comprend plus. Même chose avec le petit tourne-disque avec deux bras qui lisent simultanément, installé sur un socle entre deux projections vidéos qui scrutent ce qui se passe à la surface du vinyle ondulant, là où s’obstine la tête de lecture. Les instruments automates, eux aussi, quand ils s’enclenchent, libèrent un ballet d’ombres incroyables, inépuisables, les âmes enfermées dans ces instruments traditionnels, exhibés en véritables objets d’art, en petits orchestres indépendants. – C’est vraiment peu de choses de ce que City Sonics éparpille dans la ville, il faudra y revenir. Il y a d’autres surprises urbaines, comme ce pochoir sur un passage pour piétons : « La crise ? … » (PH) – Discographie de Pierre Bastien en prêt public

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