Clins d’yeux sous canicules

paris9Galerie bondée. C’est toujours un choc, quand on ne s’y attend pas, de se lancer dans une galerie et de se trouver nez à nez avec des photos de Nobuyoshi Araki. Frontalement, ça dérange (après, des familiarités troubles se dégagent, des accommodements sexuels influencent le regard). L’obsession ritualisée de la possession, exercée sur le corps on ne peut plus directement, jusqu’à y faire entrer les liens, mais en même temps presque métaphorisée. Virtuelle, travaillée comme une technique artistique, ne touchant presque pas le corps sexué individualisé tellement celui-ci se trouve représenter, figurer un « idéal », un « éternel féminin ».. Une séquence filmée de bonne qualité (il me semble) se trouve en bonus dans le DVD « Destricted ». Pour autant que cela peut donner une image correspondant à la réalité, ce qui frappe est la concentration, le tâtonnement, la complexité progressive, tout le travail de manipulation de la corde et des nœuds sur le corps de la partenaire (souvent des femmes exercées) se présente comme un exercice de sculpture éphémère, une recherche calligraphique. La recherche de la figure qui symbolisera le mieux le démon intérieur de l’officiant ? En même temps, il semble tout autant se regarder, se sonder, comme si les liens noués sur le corps de la femme lui révélaient comment il se trouve enfermé et lui-même torturé dans son propre désir. (C’est une pratique qui reterritorialise dans l’érotisme déviant ou théâtral, des techniques avérées de méthodes d’interrogation.) En tout cas cette ritualisation invraisemblable du désir, glaciale, contraste avec le laisser-aller corporel qui domine dans les rues accablées de chaleur. Intriguant, jamais loin du point de gravité du modèle, un animal chimérique, sorte de dragon, qui n’est pas sans évoquer certaines manières de rapprocher la femme et la bête dans certaine iconologie traitant de la légende de Saint-Georges. –  En face, les dessins colorés et ressemblant à des montages dynamiques, de Joel Shapiro, dégagent une belle impression de fraîcheur, de jeunesse. La pensée conserve et ces formes associées sont bien des images de problèmes et d’idées-solutions qui animent la réflexion de l’artiste.  – Poésie et caravane. On cherche de l’air et de l’espace quand il fait chaud, raison pour laquelle j’étais attiré par l’exposition présentée chez Marian Goodman : « The poetics of space », titre d’un livre de Gaston Bachelard. J’avoue un brin de déception, une difficulté à « rentrer dedans ». Le fil conducteur, entre Bachelard, Rancière et Broodhaerts semble être l’appropriation d’œuvres de tiers pour y imprimer ses propres mots, son espace, sa poésie et, comment, de la sorte, l’espace artistique est en progression infinie ainsi que l’énergie poétique qui s’en dégage, inépuisable. Une curiosité : la transcription de la partition de « 4’33 » (John Cage) par Pierre Huyghe. Voilà, bon. Une vidéo de l’artiste mexicain Mario Garcia Torres, hommage au conceptualiste Michael Asher. Là, dans un film super 8 de 16 minutes, il y a un réel trajet poétique qui conduit une caravane, en tout point semblable à un modèle utilisé par Asher, remorquée par une vieille Mercedes à travers le tissu urbain, l’autoroute, les routes de campagne, les chemins de forêt, jusque dans une clairière où elle va rester comme une sculptureStreet art sous canicule. Il fait de plus en plus chaud dans la rue. Les parapluies sont sortis.  Une figure typique de mendiante, figée comme une sculpture, un « faux », pas loin d’une incrustation d’Invaders (ses fameuses mosaïques maison-personnage-robot). Est-ce un vrai Invaders, une imitation ? En tout cas, son œuvre attire les graphes, autocollants, marques diverses, signes qui veulent se rajouter au signe. Dans une autre rue, dans une concentration de papiers collés et pochoirs, quelque chose ressemble à une vraie imitation d’Invaders, carrés de papiers collés selon un thème qui ressemble à son image. (Et l’on retrouve la même dimension qui fait le sujet de l’exposition chez M. Goodman.) Des appels à l’Iran libre, habilement surcollés sur des affiches « Libres comme l’art ». Un dessin politique sur les pouvoirs de la télé et qui, curieusement, ressemble à un croquis réalisé par Frédéric Deltenre. (Les idées circulent, se ressemblent dans la dénonciation de la même chose). Au fil de la promenade, plusieurs étrons pochés, certains se déplaçant sur skate. Un cas très minimaliste, à même le crépi du mur du Musée du Judaïsme, des points de couleur en séries espacées, des doigts de couleurs, noir, rouge, en ligne ou en visages esquissés, stigmatisés. Ça passe presque inaperçu, c’est comme quelques marques pour se souvenir de quelque chose. L’art situé de Buren, dans la cour de l’Hôtel de Monnaie, ça ne va bouleverser personne, c’est agréable, c’est un peu ainsi que l’on voit la vie, à travers des plexis multicolorés, quand le soleil inonde tout, presque comme un vertige. (PH)

arakiaraki2araki3parisparis2paris3paris4paris5paris6paris10paris11paris14iranlibreparis16paris17paris18paris19paris21paris22paris23

Publicités

3 réponses à “Clins d’yeux sous canicules

  1. Please Take 30 Seconds to Vote for a Film About Iranian Youth

    Millions of young Iranians are marching in the streets demanding their rights. Our film, CIRCUMSTANCE, is about the struggles and triumphs of Iran’s youth. Support Iran’s Amazing Youth, Get their stories told.

    Iran’s Votes were ignored. Make yours count. Vote for CIRCUMSTANCE!

    Please click on the director’s name, MARYAM KESHAVARZ/ CIRCUMSTANCE, and click five stars. The link is http://www.netflixfindyourvoice.com/. And they won’t use your email for evil. The clip is a sample of my work from a short I directed that won the Jury Prize at Berlin. Spread the word . . . Deadline July 4th . . . Thank you!

  2. infos sur photos 13, 14, 15 et 16…il y a là des dessins de Paulo Ito de Sao Paulo (la télé) puis d’artistes Coréens et américains collés dans le cadre de street art without borders.
    J’ai aussi collé l’affiche Iran récupérée lors d’une manif…

    • ça me fait très plaisir de recevoir toutes ces précisions, ça aide à mieux comprendre et ça me rendra certainement encore plus attentif.
      (il manque parfois l’équivalent du « cartel » des expos dans les musées!!!, mais ça ne le ferait pas!!!)
      et merci pour votre travail

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s