Rosier techno

rosierLa lumière réfléchie par les feuilles d’un rosier. Le regard balayant le jardin pour une vue d’ensemble, quand il survole ce point aveuglant, est pris de court, déséquilibré. Manifestation d’anormalité. Quelque chose happe la vue, la possibilité de voir. C’est, reproduite et dispersée dans les feuilles cette ancienne tentation de regarder le soleil en face. Le regard s’abîme alors dans cette zone indistincte, où le jardin bascule, devient essence mobile, quelque chose de changeant, de non fixé, non clôturé, qui échappe au jardinier. Manifestation de l’irregardable. Les petites feuilles semblent très dures et en même temps complètement fondues. Par excès de lumière. Miroirs végétaux. Comme ces éclats scintillants sur les vagues qui obligent à baisser les paupières et à regarder en oblique pour voir pleinement l’âme éblouissante de l’océan qui virevolte en brillants virtuels sur les crêtes immaculées écume. Sur les rosiers, la même chose, en plus sombre. Sous la brise, houle subtile de gouttes de plomb fondu. Lacs microscopiques insondables. Ça m’évoque aussi des musiques, plutôt de brefs instants récurrents à l’intérieur de certaines musiques (comme les feux follets marins). Instants sonores qui aveuglent par l’ouïe. Je pense par exemple à certains paroxysmes dans les enregistrements où John Zorn reprend des thèmes d’Ornette Coleman avec une volonté de les « réduire » à leur essence, d’en saisir le schéma dynamique et spirituel et de le « pousser à bout », tellement loin qu’il semble prêt à s’évanouir, rejoindre le silence, basculer mutique. Comme dans une rare coïncidence absolue, parfaite entre forme et contenu. Point d’aveuglement, de surdité, angle mort. Parfois aussi dans certaines fulgurances spasmodiques de la techno genre Ikeda. Micro flaques volatiles de techno aphone au creux des feuilles. Le temps que l’œil survole ce rosier, il s’est dispersé dans l’étrange, il a vu autre chose, il a plongé dans un réseau agité de correspondances invisibles, il a touché ces flux de spiritualité qui vont et viennent entre les idées, les matières, les substances, les idées, les souvenirs, les temporalités différentes, selon une instabilité plastique qui questionne d’autres dimensions possibles. Une fraction de seconde, l’insondable dans ces miroitements plombés, instables, fugaces (frappent-ils d’autres yeux que les miens ?). (PH)

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Une réponse à “Rosier techno

  1. … si souvent seules les fleurs sont regardées (senties)…

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